S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Dominique Perret Manali
  • Aventure
  • Snow Sports

Sécurité avalanche, les bases : « Le bulletin d’avalanches, ce faux ami qu’on prend pour une vérité »

  • 12 janvier 2026
  • 9 minutes

Dominique Perret Dominique Perret Pionnier du freeride et sacré « meilleur skieur du siècle », Dominique est le fondateur de WEMountain, plateforme dédiée à la culture du risque en montagne.

Six skieurs hors-piste ont trouvé la mort ce week-end dans les Alpes, emportés par une série d’avalanches parmi les plus meurtrières de ces derniers hivers en France. Météo-France classait pourtant la quasi-totalité des massifs savoyards en risque « fort » (4/5). Dans ce contexte de danger généralisé, Outside publie le troisième volet de la chronique de Dominique Perret. Le freerider aux multiples records en connaît un bout sur le sujet et poursuit, via WEMountain, son combat pour une véritable culture du risque. Cette fois, il s’attaque à l’un des angles morts de la pratique : la lecture des terrains favorables — et défavorables — aux avalanches, et tout ce que le Bulletin d’estimation du risque d’avalanche (BERA) ne dit pas.

« La sécurité ne tient pas qu’à un chiffre », répète inlassablement Dominique Perret devant ceux qui, trop confiants dans le BERA, se lancent en montagne. Sacré « meilleur skieur freeride du siècle » en 2000, le Suisse de 63 ans sait de quoi il parle. En 28 saisons, Dominique Perret a perdu 30 potes, et des meilleurs. Aussi garde-t-il toujours une certaine distance face aux estimations fournies par les Bulletins d’estimation du risque d’avalanche (BERA). Certes, ce week-end, les prévisions étaient clairement alarmistes, ce qui n’a malheureusement pas empêché six skieurs de se lancer dans des zones à risques et d’y trouver la mort. Mais quand bien même elles auraient été plus rassurantes, la prudence doit toujours être de mise, insiste-t-il. Car, bien plus que les prévisions ou les applis, notre meilleur outil face au risque d’avalanche reste notre capacité à analyser le terrain, dit-il. Cette vérité, il la tire de 30 ans d’expérience sur les faces les plus engagées de la planète.

« Depuis tout petit déjà, sur les pentes de mon Jura natal, je rêvais d’Himalaya », raconte-t-il. « Mais la première fois que j’ai posé mes skis à Manali, au fond de cette vallée enneigée d’Himachal Pradesh, tendue comme une corde, bordée de forêts qui s’ouvrent sur des faces énormes, et au-dessus, ces sommets de 5 000 à 6 000 mètres qui semblent n’attendre que la première trace, ce n’était plus un rêve de gamin… C’était un choc.

Devant moi, dans cet hiver sauvage, brutal et pourtant terriblement vivant, des pentes qui n’en finissaient pas, des lignes qui se perdaient dans le ciel, des sommets si hauts que même mes descentes en Alaska ou dans les Alpes paraissaient soudain bien modestes. Là-bas, avant de tourner nos premières images, j’ai ressenti que mes repères habituels avaient disparu… Une première pour moi en trente ans de ski "pro". Pas de traces anciennes. Pas de copain qui "connaît le coin". Pas d’infos, ni de bulletin d’avalanches. Juste la montagne, le silence… et ta capacité à interpréter ou non cette immensité qui se dresse devant toi. Et un question inlassante : auras-tu les clefs pour lire ce qui est sous tes yeux ? »

Dominique Perret ManaliDominique Perret ManaliDominique Perret Manali

Le bulletin avalanche n’est pas un feu vert ni un feu rouge

Pendant ma carrière, je dois l’avouer, je n’ai jamais été un grand fan du bulletin d’avalanches. Non pas parce qu’il ne sert à rien - c’est un outil qui peut être utile quand il est disponible - mais surtout parce qu’on lui attribue un rôle qu’il ne peut souvent pas tenir. Le bulletin n’est pas un feu vert ni un feu rouge. Ce n’est pas une autorisation de rider. C’est une information, une moyenne, pensée au départ pour protéger nos routes, nos villages, nos trains, bref, nos infrastructures collectives, et seulement ensuite adaptée, tant bien que mal, au monde des skieurs. On lit degré "2" ou "3" comme on lit la météo. Pourtant, entre un 2–, un 3+ ou un 4–, le danger ne grimpe pas gentiment : il explose. Et, à l’intérieur d’un même niveau — 3 par exemple — on peut avoir des poches de stabilité relative à 4 et d’autres à 2… Des pièges à retardement.

Le bulletin, c’est aussi un peu comme une vue satellite : ce n’est pas suffisant. Imagine un "pixel" de minimum 10 km par 10 km. C’est à peu près l’échelle du bulletin. Maintenant, pense à ce dont tu as vraiment besoin quand tu engages une pente : un pixel de 2 m par 2 m, juste sous tes skis. La décision, elle, se prend dans la pente, ici et maintenant, et surtout avant.

Mon propos n’est bien sûr pas de jeter le BERA aux orties, mais de le remettre à sa juste place : l’utiliser comme une source d’information additionnelle, une fois que tu as déjà posé les bases de ton analyse, à partir de tes propres observations et des infos locales. En le mettant au centre de sa réflexion, il y a, à mes yeux, un risque important de biaiser gravement son jugement.

Et là, en Himalaya, la situation était encore plus claire : il n’y a tout simplement pas de bulletin ! Et même s’il existait, il serait beaucoup trop grossier pour m’aider à décider si je peux rider sur cette face précise, à ce moment précis. Il faut donc développer d’autres méthodes, d’autres stratégies. On ne va pas à la pêche à la crevette avec un filet à thons…

Dominique Perret ManaliDominique Perret ManaliDominique Perret Manali

Apprendre à lire la montagne, pas seulement les chiffres du BERA

C’est précisément cette exigence de qualité d’observation que j’aimerais partager. Je l’ai affinée loin des Alpes, au Canada, avec les guides de Blue River, en Colombie-Britannique. Eux n’ont pas commencé avec des modèles, des cartes et des applis. Ils ont commencé avec un carnet, leurs yeux et leurs erreurs. Pas de bulletin. Pas de réseau social pour demander : "Quelqu’un connaît cette pente ?", "Quelqu’un connaît ce couloir ?". Juste l’obligation d’observer, de nommer, de quantifier, de comparer et de partager.

Au fil des saisons, ils ont mis au point un langage, une méthode commune pour parler de la neige, des pentes et des dangers. Un guide venu de Suisse, un autre du Colorado, un troisième de Norvège : en quelques mots, ils devaient pouvoir se comprendre et anticiper.

Ce qui m’a marqué chez eux, ce n’est pas seulement la précision de leur méthode. C’est leur générosité et leur culture du partage. Dans les Alpes, j’ai trop souvent vu l’inverse : on garde "son" couloir, "son" info, "son" secret spot. Là-bas, en héliski, si tu considères que les guides et leurs clients skient des milliers de mètres quasiment tous les jours entre novembre et avril, dans à peu près toutes les conditions possibles et imaginables, tu comprends vite que si l’info n’est pas de qualité et qu’elle ne circule pas, ta marge de sécurité fond comme neige au mois de mai.

Et quand tu te retrouves un peu perdu dans l’immensité de l’Himalaya, entouré de faces de 1 500 ou 2 000 mètres de dénivelé d’un seul tenant, tu réalises soudain que l’information et la qualité de tes observations sont une question de survie. Merci les amis !

Les bons terrains, les mauvais… et ceux qui ne pardonnent pas

Avec ces guides, j’ai commencé à regarder la montagne différemment, non-plus comme une grande carte blanche, mais comme une succession de terrains spécifiques. Certains t’aident. D’autres te piègent. D’autres encore ne pardonnent rien. Ils m’ont appris les terrains spécifiques favorables, ceux que tu recherches quand tu veux skier en sécurité.

pentes supportéesWEMountainIlots de sécurité WEMountainPentes au vent WEMountain

On trouve d’abord les pentes supportées : de petites pentes qui se terminent sur un replat. Elles sont idéales pour "tester" le manteau neigeux : si ça part, ça ne va pas très loin et tu peux tirer droit et t’échapper. Viennent ensuite les îlots de sécurité : un rocher, un bombement, une arête, un replat au milieu d’une grande pente. Ce sont des abris temporaires où tu peux t’arrêter, reprendre ton souffle et réévaluer calmement la situation. Enfin, les pentes au vent : dures, parfois pas très agréables à skier, mais peu chargées en neige fraîche. Si tu t’es trompé dans ton affaire, ce sont souvent elles qui te permettent de redescendre en limitant les risques quand l’itinéraire n’était pas le bon.

Ensuite, on trouve les terrains spécifiques défavorables. Il est vital de les connaître et de savoir les identifier. On distingue trois grandes familles de terrains à risque : les terrains déclenchants, propices au départ d’une avalanche ; les terrains aggravants, qui en amplifient fortement les conséquences ; et les terrains déclenchants-aggravants, qui cumulent à la fois une forte probabilité de déclenchement et un potentiel de dégâts maximal.

J’ai beaucoup appris avec les guides canadiens à observer ces différents terrains, car souvent les conséquences d’une avalanche sont bien plus importantes que celles que l’on avait imaginées. C’est vrai que cela prend du temps pour savoir identifier et reconnaître tous ces terrains, mais c’est une approche absolument indispensable.

La moindre surcharge peut parfois suffire à faire partir la plaque

Parmi les terrains déclenchants, on trouve d’abord les pentes sommitales, juste sous les crêtes, cols ou arêtes. Ici, le vent travaille sans relâche, accumule, sculpte, fragilise. On y rencontre corniches, plaques à vent et discontinuités dans le manteau neigeux. La moindre surcharge — un groupe qui se forme, un skieur ou un virage un peu trop appuyé — peut suffire à faire partir la plaque. Viennent ensuite les pentes sous le vent, ces zones où la neige transportée par le vent vient se déposer en silence derrière un ressaut, une barre ou une bosse. En surface, tout paraît doux, rond, attirant. En profondeur, une couche fragile attend parfois le moindre signal pour céder. C’est le terrain typique où "tout a l’air parfait"… jusqu’à ce que ça casse.

Pentes sommitales WEMountainPentes sous le vent WEMountainCassures de pentes WEMountain

Il y a aussi les cassures de pente, ces ruptures de profil où l’inclinaison augmente brusquement. On adore les skier, parce que cela donne du rythme, des sauts de terrain, du jeu. Mais c’est aussi là que les contraintes dans le manteau se concentrent. Une plaque qui hésitait plus haut se décide souvent à partir précisément à cet endroit.

Grandes pentes WEMountain

Dans la famille des terrains qui aggravent les conséquences d’une avalanche, il y a les grandes pentes : des versants de 1 500 à 2 000 mètres de dénivelé d’un seul tenant. Elles sont fascinantes… et pourtant extrêmement dangereuses. Dans ce type de terrain, une avalanche a tout l’espace nécessaire pour grossir, accélérer et prendre une ampleur considérable. L’ensevelissement potentiel y est énorme, à la fois en profondeur et en distance. Ces grandes pentes doivent donc être abordées avec une prudence maximale : elles sont magnifiques à skier, mais redoutables en cas de départ.

Dominique Perret Manali
(Dominique Perret / Manali)

Le plus dangereux peut-être en forêt

Quand on skie en Himalaya, on est en très haute altitude et il y a très peu de forêts. C’est un avantage, car on n’y retrouve pas certains risques. Au Canada, comme dans nos Alpes, les arbres peuvent avoir un effet aggravant : en cas d’avalanche, les obstacles naturels causent de graves traumatismes. Il est aussi parfois difficile de skier et d’identifier les souches et les branches, pièges invisibles sous la neige, qui peuvent provoquer une chute voire des lésions importantes. Le plus dangereux peut-être en forêt, ce sont les trous de neige : avec un enneigement abondant, ces cavités cachées sous les branches deviennent des pièges redoutables. Si on tombe dedans, on peut être enseveli sous la neige très rapidement, comme dans des sables mouvants, la tête souvent en bas. Encore une fois, j’aimerais insister à contre-courant d’une croyance bien installée : oui, les avalanches se déclenchent aussi en forêt. Les arbres ne sont pas un ancrage magique.

forets WEMountainPentes raides convexes WEMountain

Dans la famille qui cumule forte probabilité de déclenchement et fort potentiel de dégâts, on trouve les pentes raides convexes, où l’inclinaison augmente progressivement sur une longue distance, en forme de dôme, avec un bas de pente invisible. Le manteau neigeux est en tension, ce qui favorise le déclenchement, et, à l’aveugle, il est impossible d’identifier les dangers éventuels en contrebas.

Il y a aussi les pentes non supportées, qui débouchent sur une falaise ou une portion extrêmement raide. Elles augmentent le risque de déclenchement et sont très défavorables, car le manteau neigeux n’a pas d’appui en aval : même une petite coulée peut nous faucher les skis et nous faire basculer dans le vide.

Pentes non supportées WEMountainConcavités WEMountainGlaciers WEMountain

Autres pentes bien piégeuses et pourtant si amusantes à skier : les concavités. Cuvettes, vallons, dépressions — on les adore. Mais elles combinent souvent risque de déclenchement et risque aggravant : irrégularités marquées, parties latérales plus raides, impossibilité de fuite, ensevelissement potentiellement très profond.

En Himalaya, on trouve aussi d’énormes glaciers. Les crevasses, ouvertes par le mouvement du glacier, sont des pièges aggravants : on peut y tomber directement ou voir un pont de neige céder sous ses skis. Au pied des pentes, les rimayes peuvent devenir de véritables sauts, avec là encore un risque aggravant. Et bien sûr les séracs, toujours à surveiller, car, comme de plus en plus fréquemment dans les Alpes, des blocs de glace peuvent s’effondrer, déclencher une avalanche ou atteindre les membres du groupe.

Dominique Perret ManaliDominique Perret ManaliDominique Perret Manali

Ce que 30 ans de freeride et d’expéditions m’ont appris

Ce que j’ai appris, saison après saison, c’est que souvent ce ne sont pas les avalanches les plus grosses qui font le plus de dégâts, mais celles qui surviennent au mauvais endroit. Aucun bulletin, aucune application, aucun chiffre ne remplacera jamais ce que tu vois, ressens et comprends dans la pente. Un bulletin d’avalanche est une information utile, mais ce n’est pas lui qui décide pour toi. Ta méthode doit être centrée sur le skieur, son itinéraire réel, son groupe, son état du jour — pas sur une moyenne régionale.

La sécurité est une combinaison de facteurs naturels, humains et de la qualité du partage d’informations. Ta première ligne de défense, c’est la qualité de tes observations. La deuxième, c’est ta capacité à renoncer tant que tu as encore des options. Savoir faire demi-tour à temps, savoir dire "pas aujourd’hui". La vraie maturité, c’est accepter que la meilleure trace est parfois celle que tu ne fais pas. La montagne est vivante. Ce qui est acceptable le matin ne l’est plus forcément l’après-midi. Un risque faible sur le papier peut devenir très concret selon l’orientation, l’heure et le groupe.

Mes premiers jours en Inde ont été déroutants. Il a fallu repartir à zéro, accepter des pentes plus douces, résister à l’appel des grandes lignes. Parce que celles qui te font rêver peuvent parfois te réveiller pour de bon.

Dominique Perret Manali
(Dominique Perret / Manali)

Vers une culture commune de la sécurité

Si je raconte tout cela, ce n’est pas pour faire peur, mais parce que je mesure à quel point ma longévité tient aussi à la qualité des gens que j’ai croisés et à leur volonté de partager. Je crois à une montagne de demain où l’on échangera nos méthodes, nos doutes, nos erreurs. Les outils actuels — BERA, modèles, applis — sont utiles mais incomplets. Le vrai progrès viendra quand nous accepterons de standardiser nos approches, d’unifier le langage, de faire circuler l’expérience et de former les pratiquants.

Pour que notre passion soit transmise non avec la peur, mais avec la fierté d’avoir fait notre part pour plus de plaisir et plus de sécurité. C’est l’enjeu : l’avenir de notre sport et de la montagne telle qu’on l’aime.

Beau temps, belle neige et bel hiver à tous, en toute sécurité.

Parce qu’en montagne, se former, c’est la base : bénéficiez de 20 % de réduction sur les formations en ligne WEMountain avec le code SAFEWITHOUTSIDE.

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Formation avalanche
Dominique Perret

« Marre de compter les morts ! Qu’attendons-nous pour mieux former à la sécurité avalanche ? »

Avalanche
La rédaction

Record d’avalanches mortelles dans les Alpes : une saison déjà parmi les plus lourdes

DVA 2026
La rédaction

Secours en avalanche : nos 5 meilleurs DVA 2026

Avalanche FWTQ Serre Chevalier
La rédaction

L’avalanche spectaculaire filmée en direct à Serre Chevalier lors du FWTQ aurait-elle pu être évitée ?

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications