Longtemps considérée comme l’un des trails les plus durs de l’Hexagone, la SaintéLyon a été distancée en plus de 70 ans d'existence par des épreuves plus longues affichant bien plus de dénivelé. Reste que cette épreuve nocturne et hivernale de 80 km, mix de sentiers et de route reliant Saint-Étienne à Lyon, voit s’envoler les dossards dès l’ouverture des inscriptions et affiche chaque année complet. Son secret ? Un parcours roulant… où la pire météo vous attend toujours au tournant ! En clair, un mix bien relevé de pluie, neige, verglas et boue qui, loin de rebuter les coureurs, les fascine. Ajoutez un départ de nuit, et les voilà comblés. Surtout quand ils ont la « chance » de tomber sur l’une de ces années apocalyptiques qui ont nourri sa légende, comme nous l’explique Michel Sorine, aux commandes de l’événement attendu ce week-end.
Plus de 70 ans maintenant que des milliers de traileurs se frottent à la SaintéLyon – la plus populaire des courses nature, la plus ancienne aussi – avec toujours le même petit frisson à quelques jours du départ : quel temps fera-t-il ce samedi 29 novembre, à 23 h 30, à Saint-Étienne ? Les quelques flocons tombés ces jours-ci et encore attendus demain, jeudi, pourraient laisser espérer une SaintéLyon blanche… Las, c’est plutôt la pluie qui attend les traileurs ce week-end, et des températures qui ne devraient pas tomber sous les 4 °C. Rien à voir avec certaines éditions glaçantes, se souvient Michel Sorine, interviewé à quelques jours du départ.
1990 : la fameuse édition record
«Je n'ai pas vécu la fameuse édition 90. Je m'occupe de la SaintéLyon depuis 2000, c'est ma 25e. À l'époque, elle se faisait encore en alternance et partait cette année-là de Lyon. Au départ, la neige a commencé à tomber, une neige un peu lourde. Arrivé à Sainte-Catherine, il y en avait 70 centimètres. Compte tenu des moyens de l’époque, les organisateurs ont pris la décision d'arrêter la course. Et malgré ça, un groupe de quatre-vingt coureurs a décidé de poursuivre jusqu’à Saint-Étienne ! »

2003 : l’enfer des inondations
« Avant, je ne peux pas vous dire, mais je me souviens très bien de 2003. On avait eu des pluies torrentielles tout le mois de novembre. Des inondations avaient emporté la moitié de l'autoroute A45 qui va à Saint-Étienne. Il y avait eu des glissements de terrain. C'était un enfer. Beaucoup de bénévoles étaient inondés, coincés chez eux. On avait dû faire des changements de parcours, la seule passerelle qui nous permettait de traverser la rivière avait été emportée. Une énorme galère pour nous.»

2010 : d'énormes congères de neige
« 2010 a aussi marqué les esprits. La neige était tombée en abondance les jours précédents. Et avec le vent en altitude, d'énormes congères s'étaient formées. Les traceurs nous disaient : « On ne s'en sort pas ! On doit marcher dans deux mètres de neige. On n'arrive pas à tracer. » Alors on y est allés carrément à la pelle pour faire des chemins. Puis on a fait appel à des bulldozers et à des scooters des neiges. Bref, ça a été très, très compliqué à organiser. Jusqu'au dernier moment, on se demandait si on n'allait pas être obligés d'annuler, d'autant qu’il faisait extrêmement froid. Résultat : beaucoup de verglas, et beaucoup de chutes, beaucoup de fractures. On avait totalement saturé les urgences de la région. Mais les coureurs en ont des souvenirs encore enchanteurs ! »

2012 : une patinoire !
« Cette année-là, c’est le verglas qui a posé problème. Avec le passage des coureurs, très rapidement, même sur la route, ça crève l'humidité, ça rejette par-dessus quand il fait très froid. Le parcours devient une patinoire. C'est très compliqué de courir sur un parcours qui est quand même très roulant et d'un certain niveau, surtout à partir de la moitié où, finalement, vous ne faites que descendre. Donc, si en plus, vous ne pouvez même pas appuyer sur le bitume parce que c'est glissant, c'est chaud ! »

2019, 2021 et 2022… des chemins défoncés
« On a eu deux-trois années très humides. Il a plu H24, du départ à l’arrivée. Les coureurs ont du mal à se réchauffer, parce qu'ils sont trempés. Même les tenues les plus imperméables, Gore-Tex, ne servent à rien. Et puis, les chemins sont défoncés. Jusqu'à Sainte-Catherine, ça va : aucun coureur n’est passé avant vous. Donc, même les 8 000 personnes qui partent de Saint-Étienne trouvent un terrain relativement vierge, hormis les reconnaissances et ceux qui ont fait de l'aller-retour. Mais ils sont peu nombreux. Par contre, passé Sainte-Catherine, 10 000 personnes sont passées avant vous sur les chemins. Les chemins sont en très mauvais état, surtout en descente.»
Parcours 2025 : les tronçons potentiellement délicats selon Michel Sorine
« On essaie de modifier les parcours un peu chaque année, pour laisser reposer certaines portions : environ 40% par rapport à l’an dernier. Ce ne sont pas forcément des nouveautés, mais quand même 10 km de parcours inédit.
Jusqu’au kilomètre 35, jusqu’à Sainte-Catherine, on l’a vu, les sentiers sont plutôt vierges, il n’y a pas trop de problèmes. Mais après, les coureurs doivent passer derrière beaucoup de monde, des zones compliquées. Cette année, il y a une nouvelle descente après Sainte-Catherine que je qualifierais de plutôt étroite et technique. Là, ils auront encore la chance de la découvrir vierge. Après, traditionnellement, il y a la fameuse descente du bois d’Arfeuille, empierrée, puis surtout, à cette époque de l’année, un tapis de feuilles. On ne sait pas trop où on pose les pieds. On peut avoir, effectivement, pas mal de chevilles tordues, des glissades, des chutes. Il faut avoir le pied sûr. Et puis il y a toutes les descentes, jusqu’à Soucieu, où vous pouvez avoir potentiellement beaucoup de glissades, je pense aussi au bois des Marches, de grosses dalles, avec beaucoup de feuilles. Là, il faudra essayer d’anticiper, ne pas prendre trop de risques. »

Le pire ennemi du traileur (et de l’organisateur) ? La neige
« C’est le plus problématique parce que, hormis le fait que c'est très joli, que ça fait un beau décor et de belles photos, c'est compliqué pour l'acheminement de l'infrastructure sur place et des secours. Pour les chapiteaux, par exemple. Autrefois, on avait de grands chapiteaux de 200 m². On les a supprimés au profit de petites structures 5 × 5, notamment sur les premiers ravitaillements. Parce que dès qu'il y a plus de 10 cm dessus, c'est dangereux, il faut les fermer. Et puis, le problème, c'est que la neige se transforme en verglas, dangereux pour les coureurs. La neige fraîche ne dure pas très longtemps. Et puis, pour les secours, c'est compliqué aussi. Après, il y a un élément qu'on n'a jamais connu : le vent. On a échappé de peu à la grande tempête de 99. Cela dit, il y a rarement de vent la nuit, mais avec les nouveaux phénomènes météorologiques observés avec le réchauffement de la planète, on pourrait très bien avoir une tempête. Or, on a quand même des zones boisées très importantes sur le parcours. Ça pourrait poser problème, je pense. »

Quand décider d'annuler ?
« Cette décision ne repose pas sur un homme seul, c'est vraiment une décision tripartite. Il y a les gens d'Extrasport, il y a les gens du club, le CT Lyon, le créateur de la course, et puis il y a les instances de l'encadrement médical. Il nous est arrivé de changer les parcours, mais pour l'instant, 2010 est la seule année où on s'est posé la question de l’annulation. L'avantage de la SaintéLyon, c'est qu'on est vraiment dans des montagnes modestes ; cette année, on ne doit même pas atteindre les 900 mètres d'altitude, donc ça reste quand même plutôt safe, même pour les concurrents. On peut accéder assez rapidement au parcours en cas d'accidents, on a quand même un gros dispositif, c'est un de nos gros budgets, parce qu'on sait que certaines soirées où ça glisse, où il y a du verglas et des évacuations, c'est monstrueux : ça chauffe au PC toute la nuit.
Mais on a tendance à dire aujourd'hui qu'il y a moins d'accidents qu'avant, car les gens sont plus entraînés, mieux équipés. Rien à voir avec 1984. On avait connu un record de participation : 4 000 personnes sur le grand parcours, qui, à l'époque, faisait 65 km. Et on avait eu 80 % d'abandon : les gens étaient sous-équipés, sous-entraînés. Je pense aussi que nous sommes meilleurs au niveau du ravitaillement. Sans compter que les coureurs peuvent trouver un peu d'abri à partir du 50e kilomètre, il y a quand même des endroits chauffés. Donc il y a plutôt moins d'abandon qu'avant.
Reste que cette année, on risque d'avoir un temps canon, parce que le parcours est quand même plus roulant que d'habitude. On a enlevé certaines difficultés, et le terrain devrait être relativement accueillant.
Donc ça peut aller très vite cette année ! Quant à 2026, on aimerait passer la SaintéLyon sur plusieurs jours, pour créer peut-être un nouveau format : un 30-35 km. Parce qu'il y a une grosse demande. »
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