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Route du Rhum 2026 : chavirages, collisions… une édition plus dangereuse que les autres ?

  • 6 novembre 2026
  • 5 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Partis de Saint-Malo le 1er novembre dans des conditions météorologiques pourtant relativement clémentes, les 115 skippers de la Route du Rhum 2026 ont été confrontés à une succession d’incidents dès les premiers jours de course. Chavirages, collisions, démâtages ou avaries techniques : 13 concurrents ont déjà dû renoncer à cette traversée de l’Atlantique en solitaire, entre la Bretagne et la Guadeloupe. Faut-il y voir le prix de la course à la performance ? Ou a-t-on oublié à quel point les précédentes éditions avaient, elles aussi, malmené les marins et leurs bateaux ?

La 13e édition de la Route du Rhum n’avait pourtant pas commencé sous les plus mauvais auspices, dimanche 1er novembre, avec un vent portant. Mais à peine deux heures après le départ, au large de l’île de Bréhat, l’IMOCA de Violette Dorange et le trimaran de Romain Pilliard sont entrés en collision. Si les deux navigateurs s’en sortent indemnes, leurs bateaux sont sérieusement endommagés : foil tribord abîmé et voie d’eau sur Initiatives-Cœur, dommages structurels sur Use It Again. Tous deux restent en course mais ont dû mettre le cap vers Roscoff pour évaluer les réparations nécessaires.

La première nuit en mer se révèle compliquée pour plusieurs skippers. Anthony Marchand, victime d’une avarie sur son safran central, doit se dérouter vers l’Irlande pour sécuriser son bateau. Quelques heures plus tard, en Class40, Quentin Le Nabour démâte et doit renoncer. La journée est également marquée par le chavirage de Francis Joyon, à bord de son trimaran Océans, en catégorie Vintage Multi. Le navigateur de 70 ans, vainqueur de l’édition 2018, est secouru dans la soirée par un cargo dérouté pour lui porter assistance.

Mardi 3 novembre, la série noire se poursuit. Le tenant du titre, Charles Caudrelier, découvre une dégradation importante du foil bâbord de son Ultim, ainsi qu’une avarie du circuit hydraulique. Les réparations étant impossibles en mer, il met le cap sur Lorient et renonce. Armel Tripon doit lui aussi abandonner après une avarie sur l’un de ses safrans. Fabien Delahaye se blesse gravement à la cheville lors d’une manœuvre sur la plage avant de son Class40, tandis qu’une blessure à bord contraint également Jérémie Beyou à mettre un terme à sa course.

Dans la nuit du 3 au 4 novembre, vers 22 heures, Matthieu Perraut, engagé en Ocean Fifty, chavire à bord de son trimaran Elvest, à environ 400 milles au nord des Açores. Le skipper est finalement récupéré sain et sauf. Vers 5 h 30, Armel Le Cléac’h, l’un des grands favoris de la catégorie Ultim, chavire à son tour. Réfugié à l’intérieur de son trimaran Banque Populaire retourné, il doit attendre une dizaine d’heures avant d’être récupéré mercredi après-midi par un cargo. En Class40, Alexis Loison heurte un objet non identifié qui endommage son safran, tandis que Vincent Riou est victime d’une avarie de gréement. Tous deux jettent l’éponge.

Erwan Le Draoulec et Ambrogio Beccaria sont eux aussi victimes d’accidents à bord. Le premier, engagé en Ocean Fifty sur Lazare X Hellio, s’est luxé l’épaule lors d’une manœuvre jeudi 5 novembre. Sur les conseils des médecins de la course, il a dû mettre un terme à sa traversée et faire route vers Horta, aux Açores. Le second, à bord de l’IMOCA Allagrande Mapei, a lourdement chuté dans le cockpit, dans une mer formée. Blessé au dos, le skipper italien a lui aussi été contraint d’abandonner.

Des éditions précédentes déjà marquées par une forte casse 

Si l’accumulation d’incidents donne à cette 13e édition un début de course mouvementé, elle est loin d’être la première à connaître un tel scénario. Lors de la 7e édition, en 2002, seuls 28 bateaux sur les 58 au départ avaient rallié Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Une violente tempête avait alors durement éprouvé la flotte, entraînant notamment l’abandon de 15 des 18 multicoques de 60 pieds engagés, dont six avaient chaviré. Francis Joyon avait déjà vécu un retournement lors de cette édition, passant cinq jours dans son bateau avant son sauvetage. En 2014, quinze skippers avaient déjà abandonné dans les premières 48 heures de course, sur 91 concurrents au départ. Quatre ans plus tard, en 2018, la direction de course recensait, après 72 heures, cinq abandons officiels et 28 incidents matériels.

En 2022, quatre abandons étaient enregistrés dès les premières 24 heures. Dans les cinq premiers jours, Thibaut Vauchel-Camus et Brieuc Maisonneuve avaient chaviré et été secourus, tandis que Fabrice Amedeo avait dû quitter son IMOCA en feu sur un radeau de survie avant d’être récupéré par un cargo. Au terme de cette dernière édition, 35 bateaux sur les 138 engagés n’avaient pas rallié Pointe-à-Pitre. Vendredi 6 novembre au matin, à l’heure de la publication de cet article, 13 abandons ont été recensés sur les 115 bateaux au départ. Si les trois chavirages survenus cette année ont marqué les premiers jours de course, les sauvetages de 2022 rappellent que les marins avaient déjà été sérieusement exposés lors de la précédente édition.

« Parfois, on se demande si on n'est pas un peu à la limite »

L’évolution des bateaux est-elle en cause ? Les Ultim et les IMOCA de dernière génération repoussent sans cesse les limites de la vitesse grâce notamment à leurs foils, mais ces performances rendent aussi leur pilotage plus exigeant et réduisent les marges d’erreur. Avant le départ, Charles Caudrelier s’interrogeait ainsi sur son nouveau trimaran, mis à l’eau quelques mois plus tôt : « Le bateau est performant mais sera-t-il fiable ? »

Sur un sprint océanique comme la Route du Rhum, la recherche de performance peut accentuer cette prise de risque. « L’engagement des marins est total pour la plupart. C’est vraiment une course avec le couteau entre les dents », analysait pour Eurosport Yoann Richomme, double vainqueur de l’épreuve en Class40 (2018 et 2022) et deuxième du Vendée Globe 2024-2025. Même avec 20 à 25 nœuds de vent, rappelle-t-il, les bateaux modernes peuvent se révéler particulièrement violents à mener. Un constat que partage Basile Bourgnon, engagé en Ocean Fifty sur Edenred : « Parfois, on se demande si on n’est pas un peu à la limite. Il faut jouer pour créer l’écart, mais dès qu’on peut, on essaie de se reposer et de moins être sur l’accélérateur. »

Quid des conditions météo ?

« C’est quand même dingue ! Voilà trois jours qu’on avance au portant. Je ne sais pas s’il y a eu beaucoup de débuts de Route du Rhum aussi rapides ! », a souligné Tanguy Caradec, skipper du monocoque Eurvad, engagé dans la catégorie Vintage Mono. Les conditions plutôt favorables rencontrées au départ ont aussi pu inciter les skippers à pousser leurs bateaux davantage. « C’est souvent dans les conditions optimales que les skippers mettent beaucoup de toile. Quand on a beaucoup de toile, on prend un certain risque de se rater », expliquait Jacques Caraës, ancien directeur de course, sur RMC.

Si les conditions clémentes du départ ont rapidement permis aux bateaux d’accélérer — les Ultim ont dépassé les 40 nœuds et certains ont parcouru plus de 700 milles en 24 heures —, elles ont peu à peu laissé place à une mer de plus en plus désordonnée. Une houle venue du nord-ouest s’est croisée avec les vagues levées par le vent d’est, créant une mer courte et cassante, particulièrement éprouvante pour les bateaux lancés à pleine vitesse. Et les difficultés ne devraient pas s’arrêter là. Selon les prévisions de Météo Consult publiées vendredi 6 novembre, les Class40 et les derniers IMOCA devraient notamment affronter des rafales de 40 à 45 nœuds et des vagues pouvant atteindre cinq mètres samedi, à l’approche d’une dépression près des Açores.

Malgré ces conditions, le rythme de la tête de flotte pourrait se traduire par un nouveau record. En tête de la course, Tom Laperche, à bord de SVR-Lazartigue, est en passe de battre le temps de référence établi en 2022 par Charles Caudrelier, en 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes.

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