Sur les 21 villes qui, depuis 1924, se sont déjà vu attribuée l’organisation des Jeux d’hiver, 20 ne réuniraient plus en 2100 toutes les conditions indispensables pour que les épreuves se déroulent de manière optimale pour les athlètes et surtout en toute sécurité pour eux, selon une étude publiée par la revue « Current Issues in Tourism » ayant analysé les différentes scénarios d’évolution climatique. Et, à plus courte échéance, les options se réduisent drastiquement.
Les jeux d’été ne se sont pas encore déroulés, que déjà le Comité International Olympique (CIO) planche sur les Jeux d’hiver. Prochaine échéance ? 2030. Timing normal, vu les enjeux, mais plus complexe à gérer que jamais en raison du changement climatique. Aussi le CIO vient-il de se donner un délai supplémentaire pour analyser les (rares) candidatures et se prononcer, repoussant sa décision, prévue initialement à 2023, à 2024.
La Suède, candidate malheureuse face à Milan pour les Jeux olympiques d’hiver 2026, serait à nouveau sur les rangs pour 2030, a-t-elle annoncé en février dernier. Salt Lake City, une des rares villes encore dans la course, exprimerait désormais une préférence pour 2034. Quant à la France, le Président de la Région Sud, Renaud Muselier, y croit dur comme fer et voit déjà les jeux organisés dans les Alpes du Sud, mais son enthousiasme pourrait être sérieusement refroidi. Jean-Michel Arnaud, sénateur (UC) des Hautes-Alpes, interviewé en mars dernier, se montrait plus que prudent sur le sujet.
Et on le comprend, au regard du réchauffement climatique affectant déjà nos montagnes, mais aussi à la lecture d’une étude publiée en janvier 2022, dans la revue Current Issue in Tourism, plus que jamais d’actualité, malheureusement. Elle concluait que « dans un scénario de faibles émissions aligné sur l'Accord de Paris sur le climat, le nombre d'hôtes fiables sur le plan climatique resterait pratiquement inchangé tout au long du XXIe siècle (soit neuf au milieu du siècle, et huit à la fin du siècle).
Mais la géographie des Jeux change radicalement si les émissions mondiales restent sur la trajectoire des deux dernières décennies et aucune réduction radicale des émissions mondiales de gaz à effet de serre n’est faite. A l’horizon 2100, seule une ville sur les 21 ayant déjà accueilli les Jeux d’hiver, pourrait réunir toutes les conditions pour être en être à nouveau l’hôte : Sapporo, au Japon, qui renouvellerait alors son expérience de 1972.
A l’origine de cette étude, coordonnée par le professeur Daniel Scott, chargé de cours au Département de géographie et de gestion de l’environnement, une équipe internationale réunissant des scientifiques canadiens de l’Université de Waterloo, des chercheurs du Programme de dynamique environnementale de l’Université de l’Arkansas et du Département des finances publiques de l’Université d’Innsbruck en Autriche.
Comment ont-ils procédé ? 21 villes où se sont déjà tenus les Jeux Olympiques d’hiver depuis leur lancement en 1924 ont été étudiées et 339 athlètes et entraineurs sportifs de haut-niveau ont été consultés pour savoir quelles seraient, selon eux, les conditions météorologiques les plus adéquates pour performer en toute sécurité. A savoir un niveau d’enneigement suffisant et des températures assez basses pour accueillir l’événement. Car, explique le coordinateur de l’étude le géographe Daniel Scott, entre 1920 et 1950, la température moyenne des villes hôtes était fixée à 0,4°C en février, aujourd’hui elle atteint 6,3°C. Une tendance que l'on voit mal fléchir, si l'on en croit le dernier rapport du GIEC.
Deux scénarios ont été étudiés par les scientifiques à l'origine de l'étude. Si l’Accord de Paris est respecté, la température des villes olympiques au mois de février augmenterait jusqu’à 2.7°C d’ici 2080. Huit des villes hôtes historiques pourraient encore recevoir les JO d’hiver à nouveau en 2080. Mais si nous poursuivons sur notre trajectoire actuelle, c’est +4,4°C qu’il faut imaginer, ce qui réduirait à quatre le nombre de villes envisageables en 2050 (Lack Placid, Lillehammer, Oslo et Sapporo). Dans ces conditions, à l’horizon, 2080, ne resterait alors que Sapporo. Si tant est qu'elle y candidate ! En décembre dernier, la ville japonaise, pourtant partante pour 2030, a mis en pause sa candidature, suite au scandale de corruption qui a touché Tokyo, hôte des Jeux d'été en 2021...
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