D’ici à 2030, l’UTMB s’est engagé à réduire de 20 % les émissions générées par son événement autour du Mont-Blanc. Mais un quart des participants, venus en vol long-courrier depuis quatre autres continents, produisent à eux seuls près de 75 % de son bilan carbone. Si l’organisation a déjà engagé des mesures, elle refuse pourtant de limiter leur nombre et mise sur d’autres leviers, qu’elle entend tester puis ajuster en fonction de leurs résultats. Selon Protect Our Winters, les mesures envisagées ne permettraient à ce stade d’atteindre que 16 % de baisse.
« Nous atteindrons notre objectif d’une manière ou d’une autre », assure Fabrice Perrin, directeur des sports et du développement durable de l’UTMB. L’organisation s’est donné six ans pour faire passer son bilan carbone de 25 200 tonnes de CO₂ en 2024 à 20 160 tonnes en 2030. Les premières estimations font état de 24 400 tonnes en 2025, soit une baisse de 800 tonnes et d’environ 3 %. Un premier pas. Sauf que le nouveau plan de mobilité de l’UTMB n’était pas encore entré en vigueur et que cette diminution s’explique surtout par le nombre de personnes présentes sur l’événement.
Une baisse de 3 % liée aux fluctuations de fréquentation
Selon les données examinées par Protect Our Winters, l’édition 2025 aurait accueilli environ 280 personnes de moins, dont près de 250 coureurs. À cela s’ajoutent les accompagnants qui ne sont pas venus avec eux et une diminution du nombre de représentants des médias et des partenaires. « Lorsque vous retirez des gens, les émissions baissent », résume Antoine Pin, directeur de POW France. L’association y voit la démonstration qu’une réduction des effectifs agit immédiatement sur le bilan.
« Mais ce n’était pas volontaire. Chaque année, les effectifs évoluent », explique Fabrice Perrin. Le nombre d’invités des partenaires, de représentants des marques ou d’accompagnants peut fortement varier d’une édition à l’autre, tout comme leur provenance. Le chiffre de 24 400 tonnes reste par ailleurs provisoire. L’UTMB finalise encore son bilan 2025 et prévoit de le publier après l’édition 2026. Fabrice Perrin ne conteste pas la tendance, mais préfère parler de « stabilisation » plutôt que d’une véritable baisse. Il faudra surtout attendre avant de juger les effets du nouveau dispositif. « En 2025, nous étions encore dans la continuité de notre fonctionnement précédent. Le nouveau système commence en 2026 », précise-t-il. Cette première année doit principalement servir à sensibiliser les coureurs et à les familiariser avec les nouvelles règles.
Pourquoi le bilan 2024 a bondi de 18 600 à 25 200 tonnes
Dans son rapport publié en ligne, l’UTMB annonçait initialement 18 600 tonnes de CO₂ pour 2024. Le même bilan atteint désormais environ 25 200 tonnes, soit une réévaluation de plus de 35 %. Cette différence ne correspond pas à une hausse réelle des émissions. L’organisation a changé d’agence et d’outil de calcul. Après avoir travaillé avec le cabinet Utopies, elle s’appuie désormais sur Sami, dont la méthode doit progressivement être déployée sur les autres courses des UTMB World Series. Certains postes auparavant absents ont été ajoutés et les facteurs d’émission liés aux transports ont été réévalués, notamment pour mieux intégrer l’impact de l’aviation. L’UTMB a donc recalculé l’année 2024 avec le nouvel outil afin de pouvoir la comparer à 2025. « Si nous avions réalisé le bilan 2024 avec l’outil Sami, nous serions arrivés à 25 000 ou 26 000 tonnes », explique Fabrice Perrin. Cette base doit désormais rester la même jusqu’en 2030.
« Nous ne mettons pas en doute leur méthode, souligne Antoine Pin. Nous connaissons l’agence qui réalise ce travail. Le bilan augmente, mais cela ne change pas leur objectif de réduction de 20 %. Nous considérons même que ce total plus élevé constitue une motivation supplémentaire. » Le nouvel outil permet donc de repartir sur une base plus cohérente, mais il rend aussi la marche plus haute. Pour tenir son engagement, l’UTMB devra désormais économiser un peu plus de 5 000 tonnes de CO₂ par rapport au bilan recalculé de 2024.
Six coureurs sur dix ont accepté de modifier leur trajet
La première mesure visible repose sur UTMB Go, l’outil utilisé pour recueillir les itinéraires des participants. Les coureurs qui s’engagent à choisir le trajet le moins carboné bénéficient d’un avantage lors de la loterie. Environ 60 % des inscrits ont rejoint le dispositif en 2026. Pour les participants européens, cela signifie privilégier le train, le covoiturage ou les transports collectifs. Un coureur transcontinental peut toujours rejoindre l’Europe en avion, mais doit ensuite renoncer aux correspondances aériennes et rallier Chamonix en train ou en navette s’il souhaite profiter du bonus.
« Nous avons beaucoup insisté cette année sur les alternatives aux vols moyen-courriers et, plus largement, aux vols courts », explique Fabrice Perrin. Il n’était pas possible de prendre un vol court-courrier tout en bénéficiant du bonus. » L’organisation espère notamment éviter les itinéraires qui cumulent un vol intérieur, un long-courrier jusqu’en Europe, puis une ou plusieurs correspondances aériennes avant un dernier trajet en voiture. Elle veut également réduire le nombre de véhicules présents dans la vallée grâce aux trains et aux navettes depuis Genève et les autres points d’arrivée.
Ces changements produiront nécessairement des économies, mais leur ampleur n’a pas encore été évaluée. Interrogé sur le nombre de tonnes que le bonus doit permettre d’éviter, Fabrice Perrin ne donne pas de chiffre. D’autres mesures sont à l’étude, mais l’organisation souhaite les modéliser avant de les annoncer. Le calendrier commence pourtant à se resserrer. Après deux années consacrées à mesurer, recalculer et installer son dispositif, l’UTMB devra obtenir ses premières baisses significatives à partir de 2027. « Il nous faudra gagner quatre à cinq points par an pour atteindre notre objectif », reconnaît Fabrice Perrin.
Le plan pour 2027 doit être dévoilé à l’automne. Il ne s’agira pas encore d’une feuille de route complète attribuant à chaque mesure un gain précis. L’organisation veut conserver la possibilité de tester ses solutions, de mesurer leur efficacité et de les modifier au fil des années. « Je mentirais si j’affirmais savoir exactement ce que je ferai dans trois ans pour piloter cette baisse », admet Fabrice.
75 % des émissions générées par 25 % des participants
Les transports représentent 89 % du bilan carbone de l’UTMB. Et 84 % des émissions liées aux transports sont produites par les déplacements des participants transcontinentaux. En croisant ces deux données, 25 % des coureurs génèrent donc près de 75 % des émissions totales de l’événement. Les trains, les navettes et la suppression des dernières correspondances aériennes peuvent faire baisser le bilan. Mais l’essentiel des émissions est produit bien avant l’arrivée à Chamonix, lors du vol long-courrier qui permet de rejoindre l’Europe.
Selon les projections examinées par POW, les mesures actuellement envisagées ne suffiront pas. « Même dans le scénario le plus favorable, avec le bonus à la loterie et tous les autres dispositifs, la réduction atteindrait au mieux 16 %, affirme Antoine Pin. Pour nous, l’objectif de 20 % n’est donc pas tenable sans action sur les vols long-courriers. » Une estimation que Fabrice Perrin ne conteste pas directement. « Nous aurions pu nous en tenir dès le départ à une baisse de 16 % et nous contenter d’annoncer ce que nous savions déjà faire. Mais nous sommes convaincus que nous disposons d’autres pistes et que nous pourrons les activer. » Ces pistes n’ont toutefois pas encore été rendues publiques et leur potentiel de réduction n’a pas été chiffré. À ce stade, quatre points séparent donc la baisse attendue des mesures connues de l’objectif fixé pour 2030 selon Protect Our Winter.
Limiter les coureurs transcontinentaux, une ligne rouge
Pour POW, la solution la plus directe consisterait à plafonner le nombre de participants arrivant en vol long-courrier. Ce quota ne serait pas fixé selon leur nationalité, mais selon le mode de transport utilisé. Un nombre défini de places pourrait rester accessible aux coureurs transcontinentaux, avec une répartition entre les différentes régions du monde. L’association ne considère pas qu’un tel système rendrait nécessairement la course moins inclusive. L’accès à l’UTMB est déjà limité par la loterie, l’obligation d’accumuler des Running Stones et le coût du voyage. « Venir à Chamonix en avion n’est pas un droit inaliénable », estime Antoine Pin. Le réseau mondial développé par l’UTMB pourrait justement servir à proposer sur chaque continent des courses possédant suffisamment de prestige pour que Chamonix ne soit plus l’unique objectif des amateurs et des professionnels. « Il devient possible de créer un système sportif qui permet aux gens de vivre du trail sans avoir besoin de venir à Chamonix, tout en restant cohérent avec les objectifs d’inclusion et d’ouverture. »
« Nous ne voulons pas travailler sur cette option, répond Fabrice Perrin. Depuis le début, l’esprit de l’événement consiste à réunir les gens et à favoriser la communion. Fermer la porte à certaines personnes n’est pas dans l’ADN de l’entreprise. » Il distingue aussi le participant qui effectue un aller-retour uniquement pour courir de celui qui intègre l’UTMB à un voyage plus long. Dans le second cas, la découverte d’un pays et les rencontres entre différentes cultures produisent, selon lui, quelque chose d’une « valeur inestimable ». Pour Fabrice Perrin, limiter ces participants reviendrait donc à remettre en cause l’identité même de l’UTMB et sa vocation à réunir des coureurs du monde entier autour du Mont-Blanc.
Convaincre plutôt qu’interdire
L’organisation n’exclut pourtant pas de voir diminuer le nombre de coureurs internationaux présents à Chamonix. Elle veut y parvenir sans les limiter, en rendant les autres épreuves du circuit suffisamment attractives pour qu’ils choisissent de courir plus près de chez eux. « Si une offre de course proche de chez soi devient réellement comparable à l’UTMB Mont-Blanc et donne vraiment envie d’y participer, elle peut réduire le nombre de participants internationaux qui viennent à Chamonix, avance Fabrice Perrin. Même une diminution progressive de ce nombre peut déjà produire un effet. » L’UTMB refuse d’imposer une baisse du nombre de participants transcontinentaux, mais espère l’obtenir progressivement grâce aux World Series. Le circuit ne serait plus seulement un système permettant de se qualifier pour Chamonix. Il deviendrait aussi un moyen de contenir les déplacements internationaux.
Reste que la finale du Mont-Blanc demeure de loin l’épreuve la plus prestigieuse du circuit. Un coureur ayant obtenu sa qualification aura donc peu de raisons de renoncer à la course dont il rêve. Et rien ne dit qu’un participant qui renonce à Chamonix ne prendra pas l’avion pour courir ailleurs. Réduire le bilan d’un événement ne garantit pas automatiquement une baisse des émissions à l’échelle de l’ensemble du trail. L’association cite toutefois le Marathon du Mont-Blanc, où seuls 6 % des participants arriveraient désormais en avion. Même si les deux événements ne possèdent ni le même rayonnement ni le même modèle, cet exemple montre qu’une course internationale peut réduire très fortement la place de l’avion sans perdre son attractivité.
« 2030 ne marquera pas la fin de l’histoire »
Dès 2027, l’organisation devra enregistrer des baisses significatives et montrer comment elle compte combler les quatre points que POW juge aujourd’hui inatteignables sans agir sur les vols long-courriers. Elle a toutefois choisi d’associer l’association à ce travail. POW participe aux réunions, accède à une partie des données et échange directement avec les équipes de l’UTMB et les cabinets chargés du bilan. « Nous ne les ménageons pas, mais ils nous donnent accès à leurs données et à leurs partenaires », reconnaît Antoine Pin.
Cette transparence expose davantage l’UTMB que les événements qui ne publient aucun chiffre. Elle ne dispense pas pour autant l’organisation de résoudre le problème qu’elle a elle-même posé en s’engageant sur une baisse de 20 %. Fabrice Perrin affirme que l’objectif sera atteint, tout en reconnaissant qu’une partie de la feuille de route reste à écrire. L’UTMB a désormais quatre ans pour tenir sa promesse. Une échéance qui marquera l’aboutissement d’une première étape, mais pas la fin du travail, conclut-il.
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