Il y a quelques semaines, nous vous parlions de l'expérience de Guillaume Centracchio, coproducteur du podcast “93 jours” : suivre sa préparation pour le marathon de Paris tout en adoptant un régime vétarien. Avec un double objectif, démystifier le passage à ce type d’alimentation et démêler le vrai du faux en allant à la rencontre de sportifs et d'experts. Un mois déjà qu'il n'a pas touché à un morceau de viande, et déjà des enseignements intéressants explique-t-il à Outside.
Les régimes végétarien, et encore plus flexitarien - réduire drastiquement sa consommation de viande et poisson plutôt que la supprimer complètement - ne cessent de séduire de plus en plus d’adeptes. Des sportifs, même de haut niveau, semblent eux aussi convaincus, certains expliquant même leurs performances du fait de ce choix alimentaire. Néanmoins, lorsque Guillaume Centracchio a creusé la question, “on se rend compte que dans les faits, il y a très peu d’athlètes vraiment végétariens, notamment au sein des fédérations d’athlétisme. Cela n’est pas un hasard, s’il y avait des résultats en termes de performance, tout le monde passerait à cette alimentation”. Habitudes culturelles ou pragmatisme ? C’est en partie pour cette raison que celui qui est déjà coproducteur du podcast à succès “Dans la tête d’un coureur” s’est lancé dans ce défi.
Six épisodes du podcast sont déjà disponibles, et les thèmes sont variés, comme promis : rencontre avec une nutritionniste spécialiste de ce régime où il est notamment question des moyens de lutter contre les carences potentielles; discussion avec un coach sur l’impact sur l’entraînement et la performance; échange avec une athlète de haut niveau qui a fait le choix de cette alimentation... Chaque vendredi, un nouveau sujet est abordé.
Après un gros mois de préparation, et autant dans la peau d’un végétarien, comment te sens-tu ?
La préparation se passe bien, mais le plus dur va arriver, à la fois en termes d’entraînement que de transition vers ce nouveau régime alimentaire. J’ai passé la phase où j’étais très motivé par ce changement, et suis entré dans celle où je sens un peu de lassitude.
Pierre-Emmanuel (cofondateur du podcast avec Guillaume) nous confiait que tu visais tout de même une bonne performance, cela est toujours d’actualité ?
Je pense sincèrement que dans un marathon, et d’ailleurs de manière générale, ce qui importe c’est le chemin pour arriver à un objectif, donc la préparation, plutôt que la course en elle-même qui n’est que la cerise sur le gâteau. Je suis vraiment dans cet état d’esprit. Je viens de la courte distance, je ne mets aucune pression d’un point de vue chronométrique, il y a tellement de paramètres à gérer, et puis en changeant mes habitudes alimentaires, cela fait un autre élément “perturbateur”, mais c’est une expérience très intéressante en tous les cas.
Lassitude, expérience intéressante, on te sent partagé.
Comme je le disais, je suis un peu dans une phase de lassitude au niveau de l’alimentation. En réalité, je mange de façon beaucoup plus diversifiée qu’auparavant, et pourtant je dois reconnaître que j’en ai un peu “marre”. C’est à mettre entre guillemets bien sûr, mais j’ai pris conscience que manger 100% végétarien demande des efforts particuliers.
Plus précisément, lesquels ?
Être végétarien est chronophage : faire les courses, cuisiner, réfléchir à comment on va s’organiser... il y a tout un tas de petits paramètres qui prennent plus de temps et lorsqu’on les met bout à bout ce n’est pas négligeable. Quand on additionne ça au boulot, et à la préparation pour un marathon qui demande aussi beaucoup de temps, il ne reste plus grand-chose pour le reste.
Quelles sont les autres difficultés que tu rencontres ?
Je dois reconnaître que j’ai plus faim qu’avant, et de ce fait je grignote, un fruit, une tartine de beurre de cacahuète, ce genre de choses. Il n’y a pas de différence lorsqu’on sort d’un repas, on est rassasié, mais l’effet de satiété dure moins longtemps. Le corps réagit à une forme de manque, il compense, je pense que c’est un processus logique. C’est pour cela que je m’entoure d’experts, et notamment d'une nutritionniste, avec qui on va d’ailleurs consacrer un épisode à cette problématique, pour éviter que je grignote en permanence.
Conséquence de cette tendance à manger un peu tout le temps, j’ai un gros problème de poids. Normalement, pendant une préparation marathon, où l’on fait beaucoup de sport, on doit perdre du poids et “s’affûter” naturellement. Or là ça n’est pas du tout le cas, je stagne. C’est un problème, car les trois kilos que je dois perdre feront la différence quand il s’agira de courir 42 km.
Ensuite, j’en ai déjà un peu parlé, mais il y a une fatigue décisionnelle. Logistiquement c’est plus complexe à gérer, cela prend du temps et de l’énergie de toujours réfléchir à l’organisation, à ce qu’on va manger, c’est une donnée à ne pas négliger.
Enfin il y a la problématique des carences. Les gens se focalisent souvent sur l’apport en protéine, mais lorsqu’on est végétarien, cela n’est pas un problème. On trouve des sources de protéine très facilement, notamment dans les oeufs. Par contre la carence en fer est plus complexe et c’est souvent celle qui pose problème, notamment quand on fait du sport de façon intensive. Il faut mettre en place des stratégies pour à la fois trouver du fer en quantité suffisante, mais surtout l’assimiler. C’est là qu’être suivi par un nutritionniste est un vrai atout.
Le tableau que tu dresses n’est pas très réjouissant, il y a quand même des aspects positifs ?
Comme je l’expliquais, je suis un peu dans une phase de lassitude, donc je pense que les mauvais côtés ressortent plus facilement (rire). Mais bien sûr il y a aussi des aspects positifs. C’est bizarre de dire ça après ce que j’ai expliqué, mais le fait de manger de la viande ne me manque pas. Je ne rêve pas d’un steak ou d’une entrecôte, c’est donc plutôt positif, cela prouve qu’on peut s’en défaire assez facilement. Par ailleurs, de manière générale je me sens bien, plus léger, et surtout j’ai vraiment l’impression de mieux récupérer. Sur ce dernier point, cela peut avoir un vrai apport pour un sportif, car si on récupère mieux, on peut potentiellement plus s’entraîner, ou en tous les cas éviter les blessures. Après, en termes de performance pure, je n’ai vu aucun apport en particulier.
Il te reste encore un mois et demi avant le marathon, tu te vois continuer ce régime au-delà de ce défi de 93 jours ?
Si on m’avait posé la question en début de préparation, j’aurais certainement répondu oui. Aujourd’hui, je pense plutôt que j’opterai pour un régime flexitarien qui présente les avantages du régime végétarien tout en étant plus facile d’un point de vue pratique.
Enfin, on verra bien après le marathon, mon point de vue aura peut-être encore changé et j’aurai peut-être trouvé les solutions à mes difficultés du moment.
Pour continuer de suivre le défi de Guillaume en podcast, rendez-vous ici.
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