En remportant ce mardi 8 février une première médaille d’or au clan français, sur l’individuel, deux jours après avoir décroché l’argent sur le relais mixte, le biathlète, leader de la Coupe du monde cette saison, s'impose d'ores et déjà comme l'un des athlètes les plus en vue de ces Jeux. C'est clair : à 30 ans, Quentin n’est définitivement plus un outsider, un statut qu'il a eu du mal à accepter tout au long d'une carrière longtemps marquée par l'hégémonie de Martin Fourcade, comme il l’explique longuement dans un podcast enregistré alors qu’il s’entraînait pour Pékin, à découvrir dans cet article.
Depuis le début de la saison 2021-2022, Quentin Fillon Maillet cumule les podiums – sept au total, dont cinq victoires – et il est bien parti pour décrocher le globe de cristal. Longtemps contraint de jouer les figurants parmi les grands, il est depuis mardi champion olympique de l’individuel. Un superbe parcours depuis sa terre du Jura jusqu'au sommet du podium olympique. « J’ai l’impression de vivre l’âge d’or du biathlon, avec une super médiatisation [...] Les résultats de mes prédécesseurs ont lancé la machine laborieusement dans ce sport quasiment anonyme au début” expliquait-il au micro du podcast « Vestiaires ». Or Quentin n’a pas dit son dernier mot : le Français sera à nouveau sur les pistes olympiques, les 12, 13 et 18 février. Tous les espoirs sont permis pour ce skieur besogneux et passionné, dont le parcours a été semé de doute, raconte-t-il.
Le ski nordique : "chez nous, c'était la tradition du samedi"
Dans la famille Fillon Maillet, qu’il s’agisse des parents, des frères et même des cousins, tout le monde est très sportif. « En habitant dans le Haut-Jura, on n’avait pas de grands musées, de gros concerts ou d’autres activités culturelles. C’est pourquoi, on s’est tournés très facilement vers le sport d’extérieur. Dès tout petit, j’ai fait des grandes marches, du vélo, de la course à pied et bien entendu du ski […]. J’ai toujours pris plaisir à être dans la nature, à profiter ». Mais Quentin a aussi un côté compétiteur qui s’exprime lorsqu'il enfile divers dossards passant du rugby au triathlon, sans oublier le ski de fond. « Les résultats sont arrivés, c’est vite devenu addictif ».
En 2002, c’est le coup de foudre. Aux moments des Jeux Olympiques d’hiver à Salt Lake City, aux États-Unis, devant sa télévision, le jeune Quentin découvre le biathlon : « Le portage de la carabine m’intriguait, elle ressemblait vraiment à une arbalète. Quand j’étais petit, on passait énormément de temps dans les bois à faire des cabanes. On se faisait la guerre avec des pistolets à bille, des arcs, des sarbacanes et des arbalètes que j’aimais fabriquer » confie-t-il au micro du podcast. Quelques temps plus tard, avec son cousin Boris qui vient de commencer le biathlon, Quentin fait ses premiers tirs, dans la carrière située derrière l’entreprise familiale : « Je me rappelle de l’odeur de la poudre ».
« J’ai besoin de montrer ma valeur aux autres »
En catégorie jeunes, Quentin n’est pas le meilleur de sa génération, oscillant souvent entre les 3e et 4e places, ce qui génère chez lui un sentiment d’infériorité qui le suivra longtemps : « J’ai une nécessité de croire en moi plus forte que les autres » explique-t-il avant d’avouer avoir mis du temps à envisager la possibilité de gagner. Ainsi, pendant des années, Quentin travaille dans l’ombre des grands. Et c’est un besogneux ! « J’ai besoin de montrer ma valeur aux autres - via mes résultats et par l’implication que je mets à l’entraînement » confie l’athlète.
Il lui faudra attendre janvier 2015 pour que les efforts commencent à payer. Totalement outsider, Quentin signe son premier podium en Coupe du monde, il a alors 23 ans. « Je me souviens encore d’être dans la zone de départ, impressionné par les athlètes qui m’entouraient dont j’avais encore le poster au-dessus de mon lit. […] Les coachs me disaient d’arrêter d’être distrait par ce que faisaient les autres ». Décomplexé, il croit désormais un peu plus fort à ses rêves de victoires : « Ça m’a vraiment ouvert les yeux : j’étais capable de faire un podium en Coupe du monde ! ».
Sa crosse faite maison : "des heures et des heures de travail"
En parallèle de sa passion pour le biathlon, Quentin aime construire « tout sorte de système » et ce, dès l’enfance, dans l’ancien atelier de l’entreprise familiale, où trainent quantité de vieux outils. Quelques années plus tard, un BTS de conception industrielle en poche, il crée sa propre crosse. « En Coupe du monde, après les courses, à l’hôtel, je prenais ma carabine en main, je réfléchissais à ce que je pouvais faire, je faisais des croquis dans un petit calepin. J’avais envie d’un produit design et fonctionnel […] J’ai commencé par quelques plans, avec un logiciel débutant de conception sur ordinateur » détaille Quentin. Après quelques erreurs, sa crosse unique, signée Quentin Fillon Maillet, l’accompagne désormais sur chaque compétition. « C’est des heures et des heures de travail. J’en prends très soin et ne la prête pas à tout le monde ».
Sotchi : « Le plus gros échec de ma carrière"
Après une première expérience olympique, à Sotchi (2014) - en tant que remplaçant où il n’est pas convoqué - les Jeux de Pyeongchang (2018) représentent une « grosse déception, le plus gros échec de [sa] carrière, assaisonné de tristesse et d’incompréhension » avoue-t-il. Mentalement, il n'est pas là - sa compagne et son beau-père rencontrent des problèmes de santé. Au-delà de places décevantes – 48e en sprint, 44e sur la poursuite et 29e sur la mass start – Quentin repart de ces Jeux « avec un côté revanchard ».
S’en suit alors une grosse progression. Un an plus tard, en janvier 2019, il remporte sa première victoire en Coupe du monde. Près de trois ans plus tard, Quentin porte aujourd'hui le fameux dossard jaune de leader de la Coupe du monde après un début de saison 2021-2022 couronné de médailles. Cependant, lors des dernières manches avant les Jeux Olympiques, la fatigue mentale s’installe avec à la clé des 20e et 8e places, désormais inhabituelles pour lui. Quentin part alors recharger ses batteries dans son Jura natal, quelques jours avant son départ pour la Chine.
"Il est le plus fort, et ce n'est pas fini", selon Martin Fourcade
À Pékin, Quentin a tenu son rôle de leader, décrochant le titre olympique en individuel. « C’était du grand, grand Quentin. Il n’a jamais été le plus doué mais il ne lâche jamais rien et il croit toujours en lui. C’est la victoire du travail qu’il a mis en place depuis des années », devait commenter mardi dernier Vincent Vittoz, l’entraîneur des biathlètes tricolores. Après cette consécration, Quentin semble s’être libéré du lourd héritage des pionniers, faisant, lui aussi, sa place dans l’histoire du biathlon français. « Il est le plus fort et ce n’est pas fini » a récemment prédit Martin Fourcade lui-même. Sur les Jeux Olympiques de Pékin, d'autres épreuves l'attendent : le sprint le 12 février, la poursuite le 13 et la mass start du 18. On n’a très certainement pas fini d’entendre parler de lui.
Pour suivre Quentin Fillon Maillet sur les Jeux Olympiques, rendez-vous les 12, 13 et 18 février, en direct sur Eurosport ou sur France Télévisions.
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