Skier 365 jours par an, quelle que soit la météo, été comme hiver, n’est plus un rêve. Au pied du Mont-Blanc, à Passy, « Ski indoor 4810 », possède une enceinte de 350 mètres carrés munie de deux tapis dont l’un est le plus grand d’Europe. Physique et divertissante, l’activité a de beaux jours devant elle car, des débutants aux professionnels en passant par les clubs de ski, tous les avis sont unanimement positifs. On a voulu le vérifier.
Une piste sans fin, mon rêve d’enfant et celui de tous les skieurs… Pas de queue au remonte-pente ni de bousculade au téléphérique, Denis Dumax et Raphaël Lacoste, les deux co-gérant, ont exaucé mon voeu en créant leur centre « Ski indoor 4810 » qu’ils ont ouvert en fin d’année 2019 à Passy, commune située au pied du Mont-Blanc. Le pari est osé, très osé même, dans un milieu ou l’espace naturel est roi et où les touristes affluent pour la beauté des paysages et la verticalité des montagnes. Si l’un des plus beaux massifs de France incarne ici le produit d’appel, le ski indoor fait office, lui, de complément d’activités parmi les autres déjà existantes et plébiscitées comme la randonnée, la raquette à neige, le VTT, le parapente, l’escalade ou la natation.
« On propose plusieurs séances pour différents publics comme le « ski-fit », sorte de cours de « zumba » alliant le cardio et la musculation tout en skiant et en musique. Nous avons des cours collectifs adulte et enfant, des séances de coaching individuel et un produit « tribu » permettant à une famille ou un groupe d’amis de skier avec les conseils d’un moniteur », nous détaille Denis Dumax, à la fois co-gérant et moniteur polyvalent ayant entrainé à tous les échelons, du débutant aux athlètes du circuit européen. De 20 € la séance d’une heure en collectif - avec l’abonnement annuel de 180 € - à 50 € les trente minutes en formule « tribu » pour quatre personnes, les prix paraissent abordables, sachant que la location des skis et les conseils du moniteur sont inclus. Une formule de 10 cours sans abonnement existe au prix de 350 € soit 35 € la séance. De mon côté, j'ai testé la formule « coaching individuel » d’une heure.
Comme dans un jeu vidéo réel
Clac, clac ! Skis de slalom chaussés ! Sous le son d’une playlist « club » et d’une lumière qui se tamise pour mieux se voir dans l’immense miroir qui me fait face, j’ai l’impression d’entrer dans une boite de nuit branchée. Denis scanne sur le portique d’entrée une des multiples cartes magnétiques qui truffent ces poches. Un énorme logo « Outside » apparait sur le tapis. La sensation de démarrer une partie de jeu vidéo est totale ! « Mets tes mains sur la barre, tes skis parallèles et accroche-toi, je démarre le tapis », me prévient Denis, face à moi, télécommande à la main. Un bruit sourd de Boeing 747 au décollage se fait entendre puis s’estompe. Première sensation et premier « kif », ça glisse tout seul !

Denis me guide dans un panel de mouvements de base, toujours les mains sur les barres, pour m’habituer à l’équilibre particulier à adopter sur cette piste sans fin. Je lève un pied, puis l’autre, je ferme les yeux, je fais de petites flexions de genoux et balance mes jambes doucement d’un côté puis de l’autre. Ça y est ! Je me sens bien, j’ai l’impression d’être capable de lâcher la barre, d’accélérer le tapis et d’incliner la pente pour skier de façon illimitée. Mais mon moniteur tempère mes ardeurs et poursuit son apprentissage par des conseils très pertinents et des exercices progressifs visant à me rendre capable d’évoluer partout sur le tapis sans me prendre les pieds dedans.
Un pur « shot » de ski, puissant et condensé
Ici, pas de tire-fesse. Mais comment remonte-on ? C’est tout bête, il suffit de freiner ce qui va engendrer une vitesse inférieure à celle du tapis et me faire remonter. Génial ! Je peux descendre à droite et remonter à gauche et vice-versa. A ce stade ça devient vraiment amusant et très ludique ! J’ai soudain l’impression que la température monte, j’ai chaud, mes cuisses fument et mes mollets se tendent. « Ça fait déjà plus d’une demi-heure que tu skies non-stop et ton corps n’est pas habitué, tu as fait l’équivalent d’une grosse demi-journée de glisse sur les pistes si l’on enlève les pauses et les remonte-pentes », m’explique Denis, sourire en coin. Je ne dois pas être le premier à me sentir « cuit » après si peu de temps. L’indoor, c’est s’administrer un pur « shot » de ski, puissant et condensé mais surtout qualitatif et récréatif grâce aux exercices variés qu’on ne s’inflige pas en piste extérieure.
Fini de rigoler, Denis passe au chose sérieuse, muni de sa télécommande qu’il ne lâche pas, il accélère la cadence et incline la pente tout en projetant un tracé de slalom directement sur la piste grâce au projecteur vidéo.
Un « Mario Kart » à ski
Plongé dans la peau d’un personnage de « Mario Kart » à ski, j’ai la sensation d’être transporté dans le futur. Le tracé de couleur défile sous mes yeux, reste à moi de placer mes spatules dessus. Gauche, droite, gauche, droite. Les progrès depuis le début de séance sont immenses mais quand je décide de mettre un peu plus d’engagement, la réalité me rattrape. Une faute de carre et la sanction tombe, sans appel : je me retrouve la tête dans le tapis et les skis emmêlés. Denis stoppe la machine, me rassurant : « tu vois, ça ne fait pas mal de tomber ! ». Effectivement, impossible de se blesser sur ce tapis dernière génération produit par la société néerlandaise la plus réputée sur le marché. « De tous les fournisseurs de tapis de ski synthétique, celui-là possède le meilleur rendu en terme de sensation de glisse », explique Denis, rajoutant que son « Ski indoor 4810 » de Passy a acquis « deux tapis, dont l’un est le plus grand d’Europe. 7 mètres de large, 11 mètres de long il peut accueillir jusqu’à 9 personnes en même temps ».
Je t’emmène l’essayer ? Volontiers !


Le tapis « XXL », le plus grand d’Europe
Les courbes sur ce tapis « XXL » s’étendent autant que le plaisir de skier se prolonge. Il faut se pincer pour réaliser que je skie à l’intérieur d’un hangar, tant les sensations se rapprochent de la neige en extérieur. Je me décrispe encore un peu plus tout en regardant mon double dans le grand miroir, véritable amplificateur de défauts. Là mes épaules ne sont pas assez face à la pente, ici mes jambes sont trop écartées. Dehors il pleut, mais dans la salle l'après-midi est radieux quant une dernière chute sur les fesses sonne la fin de la récréation. Ce que je ne savais pas, c’est que mes virages en chasse-neige et mes fesses en arrière ont été filmées sous toutes les coutures ! Le tapis « Mont-Blanc », sur lequel j’ai débuté, possède un système d’analyse vidéo très poussé grâce à un drone (vision en hauteur) et deux autres caméras, l’une latérale et l’autre frontale. On m’invite dans la salle d’analyse vidéo, véritable centre de la NASA du skieur indoor. Tout peut y être décrypté et étudié, ce qui ne manque pas d'intéresser les fédérations internationales dont l’Equipe de France, qui viendra s’y essayer en fin de saison. Quinze ski-clubs de le région sont d’ores et déjà partenaires, ce qui permet aux enfants de poursuivre leur pratique l’été ou les jours de mauvais temps tout en peaufinant leur technique. « On donne les vidéos par clé USB à tous les utilisateurs », rajoute Denis Dumax, qui enregistre de plus en plus d’adhérents.

Progresser en indoor pour être à l’aise à l'extérieur
Justement, un cours de « ski-fit » débute tout en musique. Ballon en main pour certains, barre pour d’autres, ces skieurs nouvelle génération dérapent majestueusement et bougent en rythme comme un ballet de danse contemporaine. Je suis jaloux ! L’activité est si couteuse en énergie qu’une pause est nécessaire toutes les 10 minutes pendant qu’une autre partie du groupe prend place. « Sur un cours d’une heure, on fait trois séries de 10 minutes entrecoupées de pauses de la même durée, ce qui permet aux skieurs de se reposer et de regarder les autres évoluer ». Outre le plaisir immédiat de la discipline, l’amélioration de la technique intrinsèque de ski se ressent dès qu’on retourne sur la piste extérieure. J’en ai été agréablement surpris le lendemain, sur la neige, où mes sensations de glisse étaient amplifiées et mon positionnement dans les virages plus précis.
Franchement, si on m’avait dit qu’un jour je prendrai mon pied en skiant dans un hangar, jamais je ne l'aurais cru ! Malgré mes réticences de skieur primaire, force est de constater que je me suis éclaté sur ce tapis et qu’il est bien dommage que Denis ne m’ait pas gratifié d’une « carte gold VIP » pour un accès illimité. Comme joli souvenir, je garde de belles courbatures, une analyse vidéo de mes prouesses et une envie indéfectible de revenir prendre un shot d’endorphine en musique !
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
