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Naila Kiani
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Naila Kiani, l’alpiniste qui secoue la société pakistanaise

  • 16 juillet 2025
  • 8 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Voici une femme qui n’a pas peur de rien et surtout pas de faire tomber tous les clichés. Naila Kiani pourrait se contenter de faire partie de la liste des participantes à la course de 14 x 8 000. A 39 ans, elle déjà 12 sommets derrière elle - dernier en date, le Kanchenjunga, le 23 mai dernier – mais ce serait presque banal et pas vraiment passionnant. Car elle est bien plus que ça. Ex banquière devenue alpiniste pro en trois ans, elle n’est pas née avec une petite cuillère en argent dans la bouche, entend bien redorer l’image du Pakistan et donner des ailes aux femmes de son pays. Jamais la dernière pour s’insurger contre les conditions de vie et de travail des porteurs et des guides pakistanais, elle ne s’est pas fait que des amis dans le milieu de l’alpinisme commercial. Et ce n’est qu’un début semble-t-il : elle vient tout juste de lancer sa propre agence d'expédition !

Il suffit de se plonger dans le compte Instagram de Naila Kiani pour savoir à qui on a affaire. Ou plutôt, pour comprendre très vite que cette Pakistanaise de 39 ans, vraie célébrité dans son pays, est toujours là où on ne l’attend pas. 

Sa photo de profil sur Instagram ? Elle, en train de boxer

Elle a beau se présenter comme alpiniste professionnelle, celle qui il y a deux ans a quitté son poste de banquière chez HSBC pour faire de la montagne son métier, affiche en médaillon un portrait d'elle sur le ring, gangs de boxe bien haut, le regard droit. Le genre de femme qu’on n’a pas trop envie d'aller chercher. Car cette ingénieure aéronautique pakistanaise, poussée à 17 ans par sa mère à aller étudier à Londres – où elle a payé ses études en travaillant à temps plein – n’hésite pas à monter au front. A donner des coups et à les rendre très fort. Il faut dire qu’elle a été à rude école.

Au Pakistan, où elle est née, rien n’est acquis pour une fille. Enfant, elle n’est pas autorisée à s'éloigner de sa maison et doit regarder de loin la petite forêt tout près où elle serait bien allée faire un tour. Pas pour elle ! Elle rêve d'équitation, d'arts martiaux et de boxe. Rien de tout cela dans son école bien sûr, pas plus que dans son quartier. Résultat, elle se concentre sur ses études et performe au point d'être acceptée à l’université de Londres, section ingénierie aérospatiale. Des années où elle dormira peu entre ses études et son job de nuit, mais elle trouvera le temps et les moyens d'assouvir enfin sa passion pour le sport et l'aventure. Elle pilote des avions biplaces, fait de la plongée et de l'équitation, mais c'est dans la boxe qu'elle trouve en quelque sorte sa voie et devient boxeuse amateur, participant à quelques combats. C’est bien plus tard que la boxe sera supplantée par l’alpinisme. Sur un malentendu.

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K2, Lhotsé, Everest… à 35 ans, elle enchaîne les 8 000 suite à un malentendu

Niala Kiani aime les réseaux sociaux. Du temps où elle travaillait chez HSBC, à Dubaï, où, curieusement, elle est recrutée après ses études d'ingénieur, on la voyait plutôt sur LinkedIn. Mais, depuis quelques années, c’est sur Instagram qu’elle poste essentiellement ses photos et commentaires. Majoritairement des ascensions. Avec 12 sommets de 8 000 m déjà à son actif, gravis en un temps record, elle est en passe de devenir la première Pakistanaise à avoir atteint les fameux 14 x 8000. De quoi faire la fierté de son pays, et lui valoir la plus haute distinction accordée un civil, le Sitara-e-Imtiaz.

Pourtant, il y a sept ans, rien ne l’y prédestinait. En 2018, Niala Kiani et son futur mari décident de faire une séance photo de mariage au camp de base du K2, l’aboutissement d'un long trek, une passion commune. Publiées sur leurs réseaux, leurs photos deviennent virales. Certains pensent qu’ils ont gravi le sommet. Niala Kiani dément, bien sûr. Mais l’idée fera son chemin dans sa tête. Pourquoi pas elle ? D'autant que les alpinistes et les porteurs locaux, qui les ont aidés à organiser le tout, sont devenus sa source d'inspiration. « Tout a commencé par une aventure, qui s'est ensuite transformée en passion », raconte-t-elle volontiers. Trois ans et deux grossesses plus tard, elle fait l’ascension de son premier sommet de plus de 8 000 mètres, le Gasherbrum II (8 035 mètres), dans la région septentrionale du Gilgit-Baltistan. Elle a alors 35 ans, deux jeunes enfants, et un mari (pakistanais) très compréhensif.

Son mentor ? Le légendaire Ali Raza Sadpara

L’alpiniste, mère de deux enfants ne passe pas inaperçue au Pakistan. Très vite son chemin croise celui d'Ali Raza Sadpara. Une légende dans la communauté des alpinistes : 17 fois l'ascension des cinq sommets pakistanais de plus de 8 000 mètres, un record. Tragiquement décédé en mai 2022 à l'âge de 56 ans lors des préparatifs d'une ascension du K2, il était devenu son mentor. « C'est Ali Raza Sadpara qui a fait de moi une alpiniste professionnelle », explique-t-elle. A sa mort, elle sera bouleversée. Elle restera très proche de son fils, Sajid.

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Sécurité, secours en montagne, elle fait plier l’armée pakistanaise

Elever la voix quand c’est nécessaire, en douceur, mais fermement et toujours avec élégance, Niala Kiani, sait le faire. La preuve, il y a quelques jours, elle publiait : « GRANDE NOUVELLE concernant les coûts d'évacuation par hélicoptère (...) L'année dernière, j'ai dénoncé les prix extrêmement élevés que les alpinistes malades et blessés devaient payer pour les évacuations par hélicoptère. Beaucoup m'ont dit de me taire et que personne ne m'écouterait. Un aller-retour au camp de base du K2 coûtait en moyenne 26 000 USD. Aujourd'hui, la politique vieille de plusieurs décennies consistant à envoyer deux hélicoptères au Baltoro en raison de la sensibilité de la région a finalement été modifiée. Un seul hélicoptère est envoyé pour les sauvetages, ce qui ramène le coût à moins de 9 900 USD en moyenne, soit près d'un tiers de ce que les alpinistes payaient auparavant. Cela aidera également les compagnies d'assurance, car le processus d'approbation pourrait prendre plus de temps en raison des coûts élevés. Cela signifie également que le deuxième hélicoptère peut être déployé pour une autre urgence en même temps si cela s'avère nécessaire. »

Et l’alpiniste, toujours très diplomate, de remercier chaleureusement l'armée pakistanaise. « C'est la preuve qu'un véritable changement est possible lorsque les bonnes personnes agissent avec intégrité et détermination. », écrit-elle, en prenant soin de n’oublier personne parmi les généraux. 

Dispensaire gratuit pour les porteurs, formation premiers secours : ses deux gros chantiers du moment 

Depuis son premier trekking au Baltoro et au camp de base du K2, l’alpiniste a vu trop de porteurs et d'alpinistes tomber gravement malades ou se blesser, certains de façon permanente, d'autres perdant même la vie, explique-t-elle. « En l'absence d'un soutien médical approprié, les porteurs faisaient la queue pour demander à des psychologues et même à quelqu'un comme moi 🥹 de leur prodiguer un traitement de base.»

« J'ai toujours rêvé de mettre en place un centre médical gratuit semi-permanent près du K2 », écrit-elle. Chose faite depuis quelques jours : « Honnêtement, j'ai un peu les larmes aux yeux en voyant ces photos du nouveau dispensaire (gratuit) au camp Urdukas, ainsi que la formation aux premiers secours dispensée aux guides d'altitude pour les problèmes liés à l'altitude. (…) Lorsque j'ai fait part de cette idée au général @irfan.arshad.khan, le nouveau président du Club alpin du Pakistan, il l'a tout de suite soutenue. Grâce à son aide, deux igloos médicaux ont été mis en place par l'armée, ainsi que des fournitures médicales de la @naurang_foundation. Il enverra des fournitures médicales tous les mois. Il a également aidé à organiser une formation aux premiers secours pour l'infirmière et les guides du CMH de Skardu ». Niala Kiani prenant personnellement en charge le salaire de l'infirmière et les frais de fonctionnement courants. A terme, un deuxième dispensaire similaire est prévu à Concordia ainsi que la formation de base aux premiers secours en haute altitude et un cours d'anglais pour les porteurs.

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Et maintenant, sa propre agence d'expédition 

Le 15 mars, Niala Kiani postait un message qui a fait beaucoup de bruit dans le milieu de l’alpinisme pakistanais : elle créait sa propre agence d'expédition : Naila Kiani Adventures. Une première dans un milieu très masculin où la concurrence est rude.

« Je suis ravie de lancer @nailakiani.adventures, une plateforme permettant d'explorer les montagnes pakistanaises tout en soutenant les personnes incroyables qui rendent ces aventures possibles. », écrivait-elle. « J'ai organisé quelques-unes des plus grandes expéditions pakistanaises, notamment le nettoyage de la montagne K2 et la récupération d'un corps [celui d'Hassan Shigri ] sur le K2, et je suis ravie de mettre cette expérience au service de ma propre entreprise. Si vous souhaitez faire du trekking ou de l'alpinisme au Pakistan, envoyez un message sur ma page professionnelle @nailakiani.adventures pour réserver votre aventure. Merci de me soutenir en suivant la page et en faisant passer le mot. Le mois prochain, nos guides d'expédition commenceront à suivre des cours d'anglais et une formation aux premiers secours en haute altitude ! J'ai à cœur d'améliorer les compétences de nos travailleurs locaux en haute altitude afin qu'ils puissent offrir des expériences de classe mondiale ».

Depuis, son site a vu le jour. Elle s’y présente comme une alpiniste pakistanaise basée à Dubaï, « symbole de résilience, d'ambition et de force. Conciliant maternité, carrière professionnelle et alpinisme extrême, elle prouve qu'aucun rêve n'est hors de portée. »

Et elle y déroule son long CV : « En juillet 2021, elle est devenue la première femme pakistanaise à atteindre le sommet du Gasherbrum II (8 035 m). Un an plus tard, elle a rejoint un club d'élite en atteignant le sommet du K2 (8 611 m), le deuxième plus haut sommet du monde, puis celui du Gasherbrum I (8 080 m). En 2023, elle est devenue la première femme pakistanaise à conquérir l'Annapurna (8 091 m), le Lhotse (8 516 m), le Nanga Parbat (8 125 m), le Broad Peak (8 051 m), le Manaslu (8 163 m) et le Cho Oyu (8 188 m), brisant les barrières à chaque ascension. En mai 2024, elle a ajouté le Makalu (8 485 m) à la liste de ses exploits. »

A ses côtés dans l’affaire : une autre femme, Sadia Maqbool « Adventure Leader », 5 ans d'expérience au Pakistan sur des 5 000 et de 6 000. Et un homme, Imran Shigri, responsable de la logistique, depuis 15 ans dans le métier. L’équipe est encore très légère, et leur catalogue d'alpinisme et de trekking demande a été étoffé. Mais on peut faire confiance à Niala Kiani pour remédier rapidement à tout ça. 

La voix des porteurs et guide pakistanais 

Sûr que la concurrence l’attend au tournant sur ce coup-là. Elle qui n’a jamais été tendre avec les agences commerciales. Personne n’a oublié qu’elle a notamment dénoncé publiquement l’abandon d’Ali Akbar Sakhi, alpiniste afghan, à proximité du camp 3 du K2, pointant du doigt l’agence responsable, s’attirant menaces et pressions. Sur le Shishapangma, en 2023, on la voit aussi témoigner des circonstances ayant conduit à la mort de deux alpinistes américaines – en pleine course pour devenir la première Américaine à boucler les 14×8000 – ainsi que de leurs Sherpas. Enfin, Lorsque le porteur Ali Muhammad Hassan est mort dans le passage du Bottleneck, sur le K2, et que plus de cent alpinistes ont poursuivi leur ascension sans s’arrêter, c’est elle qui a coordonné l’opération de récupération de son corps. Tout récemment, on l’a vue aussi monter au créneau pour prendre la défense d'un groupe de porteurs locaux que leur agence n’avait pas payés. 

Mais si on l’attaque, on la trouvera. Elle peut compter sur des soutiens clés, comme le Club Alpin du Pakistan ou encore Green Tourism, institution privée proche du gouvernement. Et puis, après tout, ce ne serait jamais que du déjà-vu. Il y a quelques années encore, elle a subi l’attaque de trolls qui la qualifiaient d'alpiniste de pacotille, doutant qu'elle ait jamais gravi le moindre sommet. Elle a su l’éteindre rapidement : ses ascensions parlaient pour elle. Et quand on lui reproche de grimper avec oxygène, elle a une réponse : grimper ainsi lui a permis de vivre sa passion sans trop risquer sa vie, elle qui est mère de deux très jeunes enfants, et lui a offert une vitrine pour faire avancer les causes qu’elle défend. Que demander de plus pour celle qui est devenue une figure de référence pour de nombreuses jeunes Pakistanaises ? La preuve, en mai 2024 le gouvernement pakistanais l'a nommée ambassadrice de bonne volonté chargée de l’éducation des filles. Connaissant son parcours, on peut compter sur elle pour faire avancer les choses. Pas pour faire de la figuration.

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