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Funiculaire les Arcs
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  • Environnement

Mobilité en montagne : les ascenseurs valléens, la solution miracle ?

  • 22 avril 2024
  • 6 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Très souvent présentés comme l’avenir de la mobilité en montagne, les ascenseurs valléens, tel que celui, encore à l'état de projet, de la station de ski de l'Alpe du Grand Serre, en Isère, visent à limiter le trafic routier, tout en offrant une alternative rapide et confortable à la voiture. Un moyen de connecter plus facilement stations de ski et vallées, et d’en alléger l’impact carbone. Une révolution selon certains, qui compte pourtant de nombreux détracteurs. Décryptage en cinq points clés. 

« Je veux en faire un projet expérimental » a annoncé jeudi 18 avril, Dominique Faure, ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales et de la Ruralité, à propos du futur ascenseur valléen porté par la station de ski de l'Alpe du Grand Serre, en Isère. « On est sur de la moyenne montagne, ce qu'on a un peu partout en France dans nos massifs ». De quoi permettre « aux skieurs mais aussi à tous les amoureux de la montagne au printemps, à l'été et à l'automne de monter à 1700 mètres pour accéder à tous les loisirs de la montagne ». Un appui très attendu pour le domaine skiable isérois, en difficulté ces derniers hivers, qui espère développer un tourisme « quatre saisons » avec cette remontée mécanique. Mais ce type de projet est loin de faire l'unanimité dans le monde de la montagne. 

Le lendemain, à 160 kilomètres de là, des activistes d’Extinction Rebellion Mont-Blanc installaient en effet des banderoles sur deux chantiers en cours à Saint-Gervais-les-Bains, dont celui de l’ascenseur valléen, actuellement en travaux. Ils dénoncent, entre autres, du « greenwashing ». Et expliquent, sur leur site internet, qu'il existe, dans ce cas, des alternatives, telles que le bus et le Tramway du Mont-Blanc. Le collectif insiste également sur l'absence d'études d’impact complètes, l'impact paysager d'un tel projet, le manque d’intérêt public, le financement public d’un appareil à vocation majoritairement touristique. Tout en soulignant une course à l’équipement des stations ». Une nouvelle fois, deux visions de la montagne de demain semblent se confrontent. Mais sont-elles pour autant diamétralement opposées ? Et que penser de ces fameux ascenseurs valléens ?

1. Un ascenseur valléen, c’est quoi exactement ? 

Un moyen de transport, destiné aussi bien aux personnes qu’aux marchandises, qui relie, par câble, une vallée à une localité en montagne (station de sports d'hiver, villages d'altitude). Cela peut aussi bien être une télécabine, un téléporté, un téléphérique ou un funiculaire. Notons toutefois que ce genre de projet n’a rien de révolutionnaire. Un an avant les Jeux olympiques d'Albertville de 1992, une liaison de ce type, la télécabine de l’Olympe (toujours en activité), avait déjà été créée entre Brides-les-Bains et Méribel. Son objectif ? Offrir une meilleure accessibilité à la station depuis le bas de la vallée. 

« Le plus abouti dans cet ordre d'idées est le funiculaire entre la gare de Bourg-Saint-Maurice et la station des Arcs 1600 » observe Lionel Laslaz, maître de conférences en géographie et directeur du département de géographie et aménagement à l'Université Savoie Mont Blanc. « Il permet un vrai délestage d'une route difficile, surtout avec l'enneigement et les chassé-croisé le weekend ». 

Le transport par câble (ou par funiculaire) n'est pas nouveau. Mais ce qui l'est, c'est l’idée d'éliminer au maximum la charge des routes d'accès et de tendre vers une montagne « zéro voiture ». 

2. Des gains en émission carbone difficiles à chiffrer

Des projets d’ascenseurs valléens fleurissent actuellement en France, notamment dans la vallée de Chamonix, avec un projet permettant de relier Saint-Gervais avec Le Fayet, mais également celui imaginé entre Bozel et Courchevel et, dans la vallée de l’Arve, entre le village de Magland et Flaine, une initiative actuellement mise sur pause, car trop coûteuse pour la collectivité (plus de 100 millions d’euros de budget). Présentés comme un moyen de décarboner le bilan des territoires de montagne à la géographie complexe et difficile d’accès, ils pourraient correspondre aux besoins liés à la transition environnementale, comme alternative à l'automobile.

« Le câble sait passer au-dessus d'un obstacle. Il est ponctuel, marche à l'électricité, ne fait pas de bruit. Ce sont des tas d'atouts dans le monde de demain », affirme Jean Souchal, président du directoire de Poma, entreprise française spécialisée dans la fabrication de systèmes de transport par câble. « Quand on va en station, le déplacement compte énormément sur l'empreinte carbone du séjour [52% en moyenne, selon l’ADEME, ndlr]. Quand on prend le train, la dernière partie passée en télécabine ou en téléphérique rend le déplacement très vertueux ». 

Mais à y regarder de plus près, les gains en émissions de carbone restent difficiles à chiffrer. Car rappelons que le gros des émissions vient du trajet pour arriver au pied des stations. Les derniers kilomètres du trajet, potentiellement assurés par un ascenseur valléen, n’en représentent qu’une infime partie. 

3. Une infrastructure miracle ?

Côté stations, on trouve une multitude d’avantages aux ascenseurs valléens. Car outre le transport de touristes, ces infrastructures peuvent être utilisées pour les marchandises, les habitants ou les saisonniers notamment. Elles sont également susceptibles de générer la création de nouvelles activités économiques, avec le développement de restaurants et services. Tandis qu'au cœur des domaines skiables les plus étendus, une offre de navettes peut ensuite être proposée pour se rendre d'un endroit à l'autre.

Les ascenseurs valléens ne sont toutefois pas une solution miracle. Principalement parce qu’une mobilité réussie, leur raison d’être, n’est pas des plus faciles à atteindre. Leur « efficacité est tributaire des raccords entre la gare de départ et les infrastructures d'accès à cette gare », explique Lionel Laslaz, maître de conférences en géographie et directeur du département de géographie et aménagement à l'Université Savoie Mont Blanc. « Si, dès la sortie d'autoroute [voire même dès la sortie de la gare SNCF la plus proche, ndlr], on peut charger les bagages et monter en station, cela peut être efficace. Cela demande également de réguler les flux à la sortie de l'autoroute et d'avoir les parkings suffisants. Le funiculaire des Arcs est assez loin de la gare, ce qui n'est pas très fonctionnel quand on compare à ce qui se pratique en Suisse [où 16 des 20 grandes stations disposent d'un système de liaison collectif, par câble ou par train, certaines ont même complètement fermé leur route, ndlr] ». 

4. Le défi du modèle économique

« Ce projet n'a pas trouvé pour le moment son modèle économique mais il a du sens » annonçait récemment Dominique Faure, ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales et de la Ruralité, la semaine dernière, à propos de la future création d’un ascenseur valléen de la station de l'Alpe du Grand Serre, en Isère, dont le montant prévisionnel des travaux s’élève actuellement à 24 millions d’euros. L'appui de la collectivité était donc très attendu par le domaine skiable, en grande difficulté financière, qui souhaite tendre vers un tourisme « quatre saisons ». 

« Il ne faut pas se leurrer sur la bi-saisonnalité », prévient toutefois Lionel Laslaz. « La fréquentation restera essentiellement hivernale, avec un ou deux mois l'été, mais ce ne sera pas douze mois par an. Il faut donc être capable de rentabiliser un investissement de 15 à 30 millions d'euros sur quatre à cinq mois ». Au risque de voir ce projet devenir un véritable gouffre financier. Un sacré défi pour les stations !

Seules celles qui ont les reins solides, et qui disposent d'un grand nombre de lits, peuvent donc se permettre de déployer de tels équipements. Aux Orres, station de taille modeste, un ascenseur valléen éviterait certes de parcourir les 14 kilomètres de route pour se rendre à la station. Mais le budget serait conséquent : 85 millions d'euros. Car comme l'explique Pierre Vollaire, maire de la commune, et président de la Commission Cimes Durables à l'Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM): « Cet équipement est inatteignable au niveau financier, même si le confort serait réel pour nos visiteurs ».

5. Quid du tarif des ascenseurs valléens ? 

Outre la faisabilité financière de tels projets, une autre question se pose. Celle de l’acceptation sociale, qu'il s'agisse des usagers ou des habitants qui devront passer de l'automobile individuelle au transport collectif. Sans parler bien sûr de la question des tarifs de telles infrastructures. Ils doivent demeurer incitatifs, et donc ne pas être très élevés. Ce qui est le cas du funiculaire de Bourg-Saint-Maurice-Arcs par exemple (5€ l’aller-retour par personne auxquels s’ajoutent 3,70€ pour le parking de la gare de départ). "Depuis 2020, la ville y a consacré 15 M€" nous expliquait récemment Guillaume Desrues, maire de la commune. "De quoi étendre les horaires d’ouverture et diviser les prix par trois afin d’en faire un vrai transport public, faciliter la mobilité et limiter l’usage de la voiture. Résultat, le trafic y a augmenté de 40% par rapport à 2019". 

Rappelons toutefois que, quelle que soit la taille d'une station, l'avenir de la mobilité ne se résume pas aux ascenseurs valléens. Des navettes électriques pourraient apporter une solution plus réaliste, financièrement parlant. Sans oublier qu'en station, la transition environnementale ne se joue pas uniquement sur les déplacements des touristes, même si elle représente une part importante des émissions. Quid du gasoil pour les engins de damage, très gros consommateurs de fioul ? Ou encore la rénovation thermique des bâtiments, encore trop souvent des passoires thermiques chauffées par des « radiateurs grille-pains », particulièrement énergivores ?

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