C’est à l’un de leurs citoyens les plus prestigieux et surtout les plus médiatisés que les Suisses se sont attaqués il y a quelques jours en diffusant sur la RTS, Radio Télévision Suisse, une enquête très fouillée sur la jeunesse de Mike Horn, alors qu’il servait en Afrique du Sud dans une unité très spéciale. Un passé un peu trouble que l’aventurier dit « assumer parfaitement », mais qui laisse un certain malaise.
Ses très nombreux fans penseront sans doute déjà tout savoir sur Mike Horn, l’aventurier ayant déjà longuement raconté dans ses livres son enfance en Afrique du sud, où il est né en 1966, et surtout ses années d’apprentissage dans l’armée d’un pays alors marqué par l’Apartheid. Mais s’ils ont regardé le jeudi 19 janvier l’émission « Temps Présent », diffusée sur la RTS (Radio Télévision Suisse), peut-être auront-ils été un peu surpris.
Dans cette enquête de 48 minutes dont l’approche et la crédibilité sont comparables à notre « Envoyé Spécial », les journalistes Jacqueline Dubuis, Corinne Portier et Caroline Dumay se sont penchées sur « la face cachée de l’aventurier ». « Star des médias, adulé par les sponsors, Mike Horn sillonne depuis trois décennies la planète en quête d’exploits », expliquent-elles. « Mais qui est vraiment l’aventurier d’origine sud-africaine ? Pourquoi et comment a-t-il atterri mystérieusement en Suisse en 1990 ? Avec quelle unité d’élite a-t-il vraiment combattu pour le régime de l’apartheid sud-africain ? Mike Horn préfère rester discret sur son passé troublant. Notre enquête révèle la face sombre de l’explorateur. »
Un bataillon d'assassins
En 1986, alors qu’il n’a que 18 ans, il effectue son service militaire obligatoire, comme tous les jeunes de sa génération. Mais Mike Horn est engagé dans un bataillon un peu spécial, le bataillon 101, une unité de contre-insurrection réputée pour sa dureté, qualifiée de "bataillon d’assassins" par le premier président de la Namibie Sam Nujoma, comme l’explique un de ses anciens membres interviewé par « Temps Présent ». Rapidement considéré comme un soldat fiable, il accède au rang de lieutenant et dirige une unité, la force de réaction rapide 903. Ce qui le conduira à intervenir à la frontière nord de la Namibie, pays alors occupé par l’Afrique du Sud qui y impose le régime raciste de l’apartheid.
Là, le bataillon 101 traque les insurgés indépendantistes namibiens. L’objectif ? les éliminer, moyennant une tactique s’apparentant à de la chasse à l’homme. "Il faut se souvenir que nous étions en guerre. Et des choses désagréables se passent", explique en effet dans l’émission l’ancien supérieur de Mike Horn, Waal de Waal. « Nous nous tirions dessus, nous nous roulions dessus. En fait, eux ne pouvaient pas nous rouler dessus car ils étaient au sol. Mais nous, nous étions sur des véhicules. Et l'arme du conducteur c’est son véhicule. Donc si un ennemi le visait, il n'avait pas le temps de s'arrêter pour tirer. Il lui roulait dessus. Et c'est tout. C’était la guerre." Des violations graves des droits de l’homme, confirmées par le juge à la Cour suprême de Namibie, Dave Smuts. Avocat à l’époque, il se rendait régulièrement dans la région: "dans cette zone », dit-il, il y a eu un véritable effondrement de l’Etat de droit. Les règles de la loi n’étaient plus appliquées. Les civils étaient traités de manière épouvantable, tués. Tout comme les insurgés capturés qui étaient souvent assassinés." Selon lui le bataillon 101 est directement impliqué dans l’assassinat, le 30 novembre 1986, du leader indépendantiste namibien Immanuel Shifidi, un ancien prisonnier politique incarcéré 18 ans dans la même geôle que Nelson Mandela.
"C'était il y a si longtemps... je dois regarder dans mon agenda"
Mike Horn a-t-il participé à cette opération ? Interviewé lui aussi par les journalistes suisses, l’aventurier affirme qu’il ne s’en souvient plus vraiment, "C'était il y a tellement longtemps... Je dois regarder dans mon agenda... Je ne suis pas sûr que j'étais présent", répond-il en bafouillant, un peu gêné.
Son service de trois ans terminé, Mike Horn rentre à la fac. Années de légèreté où les traumatismes de la guerre tendent à s’effacer. Mais pas complètement semble-t-il, car il sera amené quelque temps plus tard à participer à une opération d’infiltration secrète, dont il ne peut rien dire car "quand j’ai signé quelque chose qui est secret, c’est secret pour toute ma vie", dit-il en souriant. Une mission sans doute très sensible, car curieusement l’ex soldat devenu homme d’affaires prospère décide soudainement en 1990 de réunir tous ses amis chez lui, de leur donner tous ses biens et de quitter l’Afrique du sud avec seulement le minimum. Nelson Mandela et son parti de l’ANC, autrefois interdit, n’était pas encore au pouvoir, cela n’arrivera qu’en 1994, mais son mouvement gagnait du terrain et le régime d’apartheid disparut progressivement dès 1991. Mike Horn est alors en Suisse, pays qui ne lui impose pas de visa, où il a trouvé refuge.
Commence alors une vie de bourlingue, limite SDF, qui conduit le jeune sud-africain jusqu’à Château d’Oex, dans le canton de Vaud, où il vit depuis. Mike qui ne rechigne à aucune tâche sait se rendre utile, il impressionne déjà par sa force et sa bonne humeur. Très apprécié, selon les témoignages de ses amis des premiers jours, il s’intègre rapidement dans la communauté vaudoise. C’est là que ce touche à tout infatigable découvre l’hydrospeed dans un club local et que germera en lui l’idée folle de descendre l’Amazone par ce moyen.
"Ca faisait partie de ma vie comme partir en expédition ou aller acheter des croissants"
On connait la suite, l’aventurier devenu star des médias, l’a longuement racontée dans ses nombreux livres, tous des best sellers. Dans le canton de Vaud, il est désormais une célébrité et ce citoyen helvétique, nationalité acquise en 2011, devient « membre d’honneur » de Vaud Promotion, l’association qui veille à la notoriété et à l’attractivité de la région. Aussi quand Jessica Jaccoud, avocate et députée socialiste au Grand conseil vaudois découvre le document diffusé par le RTS, elle « s’interroge », au point d’interpeller la semaine dernière le gouvernement du canton sur son statut.
Pourquoi tant de bruit, se diront sans doute les lecteurs de Mike Horn, l’aventurier n’ayant jamais fait mystère de son passé militaire, bien au contraire, il évoque systématiquement son appartenance aux "Forces spéciales", tout en entretenant le mystère sur sa véritable affectation. Dans l’interview qu’il a accordée à l’équipe de Temps Présent, Mike Horn estime d'ailleurs que, malgré la violence, son engagement au sein du bataillon 101 est "quelque chose que j’ai pris comme une bonne expérience car cela m’a formé comme aventurier". La guerre l’a-t-il traumatisé ? "Ca faisait partie de ma vie comme partir en expédition ou aller acheter des croissants. C’est-à-dire que dès que tu veux que quelque chose te traumatise, c’est là où cela te traumatise pour toute ta vie." (...). "Je voulais jouer un rôle actif dans la protection de l'Afrique du Sud. Les gens pensent qu'on chassait et qu'on tuait. Moi, je chassais des gens qui voulaient tuer d'autres gens. Comme un policier. Je ne cherchais pas à tuer, mais à empêcher des mauvais éléments de tuer des gens que j'aime."
"Je regrette d’avoir participé à ces opérations, bien que j’assume parfaitement tout ce que j’ai fait dans ma vie"
Soit, si l’on replace l’intervention du jeune soldat dans le contexte de l’époque, mais ce serait omettre que les tâches les plus violentes de l’unité 101 étaient confiées seulement à des volontaires et que, loin de raccrocher une fois son service obligatoire terminée, Mike Horn est resté un élément précieux pour le régime sud-africain de l’époque. Son départ subit interroge : soif d’aventure ou fuite ? L'enquête ne nous en dira pas plus. A l’issue de ce reportage, on découvre un aventurier qui a tendance parfois à réécrire son histoire au grès de ses récits et de ce qui l’arrange, ce qui n’étonnera guère, Mike Horn est aussi un formidable conteur. Mais ce qui trouble surtout, c’est la légèreté avec laquelle il commente ses actions de l’époque.
Bête de scène, champion de la communication, Mike sait toujours jauger son audience et la tenir. Mais pas cette fois semble-t-il. Face aux journalistes incisives de « Temps présent », cet homme désormais dans la maturité (il a 57 ans) n’exprime à l’antenne aucun regret et s’en sort plutôt mal. Certes 48 heures avant la diffusion de l’enquête sur la chaine suisse il s’est senti obligé (sur les conseils de son avocat ?) d’envoyer un message écrit à l’émission afin d’expliquer notamment que sa venue en Suisse était due au hasard et qu’il ne faisait pas partie du bataillon 101 « à qui l’on reproche d’avoir assassiné le dirigeant Imminuel Shifidi en 1986. « Il est clair qu’aujourd’hui je regrette d’avoir participé à ces opérations, bien que j’assume parfaitement tout ce que j’ai fait dans ma vie » conclue-t-il. Message que les journalistes ont inclu à la fin de leur reportage. Mais, sur ce coup-là, on attendait mieux de Mike Horn.
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