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Manifestation Tous Migrants
  • Société

Loi immigration : à Briançon, l’association « Tous migrants » dénonce un texte « hypocrite »

  • 21 décembre 2023
  • 6 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

C’est un territoire directement impacté par les questions migratoires. À deux pas de l’Italie, le Briançonnais est concerné depuis plusieurs années par l’accueil des personnes exilées. Il est également témoin d’une répression grandissante aux frontières. Ce qui va encore s’accentuer suite à la loi immigration, adoptée par le Parlement mardi 19 décembre. Le point sur les impacts de ce nouveau texte sur le terrain, aux côtés de Michel Rousseau, l’un des responsables de l’association « Tous Migrants » qui œuvre aux côtés des réfugiés, à Briançon (Hautes-Alpes).  

« Ces exilés, ce sont des vraies personnes, comme vous et moi. Et non pas des personnages fantomatiques qui nourrissent les peurs et les imaginaires » souligne Michel Rousseau, l’un des responsables de l’association « Tous Migrants ». « On pourrait être à leur place. Les premiers membres de nombreuses familles des Hautes-Alpes sont arrivés exactement de la même manière dans le département, dans les mêmes conditions. En franchissant la montagne, sans papiers, dans l’adversité, au péril de leur vie. Et ça a duré jusque dans les années 50, voire 60 ». D’où le nom de « Tous Migrants », une association créée en 2015 sur le territoire du Briançonnais à la suite de l’important mouvement d’indignation suscité par la photo d'Alan Kurdi, un enfant syrien de trois ans, étendu à plat ventre sur une plage de Turquie, mort noyé après avoir tenté de traverser la Méditerranée pour gagner l'Europe avec sa famille. 

« On a progressivement pris conscience de ces problématiques » se souvient Michel Rousseau. « En essayant de les aider. D’abord dans le but de réduire les risques dans la traversée de la montagne [au col de l’Echelle d’abord, puis au col de Montgenèvre ensuite, tous deux situés à la frontière franco-italienne, ndlr]. Des risques pris du fait de la politique de refoulement systématique. Ce que nous dénonçons. On a également mis en place un accueil citoyen, de maraudes, et puis très vite, nous avons essayé d’obtenir un local auprès des collectivités. Ce qui a pu se faire avec certaines difficultés. […] Quelques années plus tard, à l’hostilité de la politique du gouvernement se sont ajoutées les hostilités des autorités locales. Ce qui a rendu l’action encore plus difficile ». 

Voilà plus de huit ans que l’association « Tous Migrants » œuvre dans le Briançonnais. Avez-vous remarqué des évolutions en ce qui concerne la situation migratoire locale ?

Oui. Il y a eu une considérable aggravation de la situation, principalement liée au renforcement de la politique migratoire. Conséquence ? Une énorme militarisation de la frontière [franco-italienne, ndlr]. Les effectifs de la police aux frontières ont d’abord été doublés. En 2018, un escadron de gendarmerie est venu en renfort des forces déjà présentes. Puis un autre en novembre 2021. Et à la fin de cet été, 85 personnes se sont ajoutées, des membres de ce qu’ils ont appelé la border force. Au total, il y a actuellement plus de 300 militaires dans la zone. Chacun coûte 750 € par jour. Tout ça pour refouler les gens en toute illégalité, au prix de grandes souffrances. Dix personnes ont perdu la vie cet été. Des centaines ont été blessées, sans parler des atteintes psychologiques qui s’ajoutent à tous les drames que ces personnes ont fuis et ont malheureusement retrouvés sur la route. […] Outre l’importance des effectifs, il faut souligner les moyens techniques mis à la disposition et les ordres qui conduisent à une plus grande efficacité de cette politique de refoulement systématique. […] Mais dans la plupart des cas, les personnes étrangères ne se découragent pas, et tentent à nouveau de passer. Au prix de souffrances et de drames supplémentaires.

Qu’est-ce que cette loi immigration représente pour vous aujourd’hui ?

Dans le Briançonnais, on voit déjà comment cette politique de refoulement s’exerce avec violence contre des êtres humains, traités comme des animaux, des bêtes sauvages, des nuisibles même. C’est terrible. […] Avec cette nouvelle, l’idée est de décourager encore plus les personnes étrangères, en les maltraitant. On va encore plus loin dans des pratiques contraires aux droits fondamentaux censés animer un état de droit. […] On est en train de faire de la population étrangère, comme ça s’est malheureusement très souvent fait dans l’histoire, un bouc émissaire de tous les problèmes que les politiques sont incapables de résoudre, que ce soit la crise climatique mais aussi tous les problèmes de société, de logement, de travail, d’éducation, de santé. […] D’une certaine manière, le migrant, l’exilé, symbolise les périls qu’il fuit. Je pense à la phrase de Michel Rocard [ancien Premier ministre souhaitant légitimer sa politique de fermeté vis-à-vis de l’immigration, ndlr] : « L’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais elle doit contribuer à prendre sa part ». À l’époque où elle a été prononcée, cette phrase ne nous posait pas de problème. Mais aujourd’hui, on s’est rendus compte à quel point elle est extrêmement insidieuse. Elle fait croire que la misère, ce sont ces personnes exilées. Mais non, ces gens fuient la misère. Ce n’est pas la même chose. 

Quels impacts va concrètement avoir cette loi sur le terrain ?

Ici, dans le Briançonnais, la plupart des personnes exilées ne font que passer. Elles n’ont pas l’intention de s’installer dans les Hautes-Alpes. Mais celles qui restent vont être confrontées, comme toutes les personnes étrangères, aux nouvelles dispositions introduites par cette loi. Par conséquent, pour eux, ça va être plus difficile que ça ne l’était déjà de régulariser leur situation, de trouver du travail, un logement, de faire venir leur famille, d’obtenir la nationalité française… Tout ce qui relève du parcours des personnes étrangères. […] Si on prend l’exemple du travail, on demande désormais aux gens qui seraient arrivés sans visa en France plusieurs années de travail avant que leur situation ne puisse être régularisée. Ça veut dire quoi ? Du travail au noir. […] Mais qu’est-ce que c’est que cette hypocrisie ? Et puis cette régularisation qui elle-même sera encore plus précaire. Le titre de séjour sera complètement lié au contrat de travail qui ne sera accordé que dans le cadre de certains métiers en tension. Et il sera encore plus difficile aux gens de se défendre : les délais de recours par rapport aux décisions admiratives vont être raccourcis. Autre point qui enchante le Front National [Rassemblement National, ndlr] : il faudra rester beaucoup plus longtemps en France pour pouvoir accéder à certaines prestations sociales. 

Votre association va-t-elle être impactée ? 

C’est possible. Parce que dans la loi immigration, il est prévu de renforcer la répression contre les personnes solidaires. Chez nous, parmi celles et ceux qui contribuent à l’accueil dans le Briançonnais, plusieurs centaines de personnes ont été intimidées. Avec des amendes, des gardes à vue, des convocations en audition libre… Et ça continue. Sans compter les 35 personnes de notre association poursuivies en justice. Et dans 33 cas, c’était ce délit d’aide direct ou indirecte à une personne étrangère en situation irrégulière… qui s’appuie sur un décret-loi qui date du 2 mai 1938. [...] C’est un délit scélérat, un délit honteux. Faut-il rappeler ce qui se passait en 38 ? Quel était le gouvernement en place ? Qui est-ce qui a été élu par la suite ? À quoi ça servait tout ça ? Et à quoi ça continue de servir aujourd’hui ? C’est grave. C’est très grave. 

Au vu de la situation climatique, le nombre de réfugiés va être croissant…

Selon moi, il y a un gros problème de désinformation à ce sujet. Il faut bien réfléchir. Dans les Hautes-Alpes, département de 140 000 habitants, nous accueillons plusieurs centaines de milliers de gens [pour le tourisme, ndlr]. Ça ne pose aucun problème. C’est ce que fait vivre le pays. Le tourisme. La France accueille 100 millions de touristes par an. 

Les touristes ont tout de même un certain pouvoir d’achat… 

Oui. Et les personnes exilées sont ceux qui vont ramasser les pommes, qui vont faire la cuisine quand vous venez faire du ski chez nous ou qui vont vous soigner. 40% des médecins à l’hôpital sont des étrangers. Il faut redonner la vraie visibilité à ce que les personnes étrangères sont aujourd’hui, en France. Et il faut arrêter avec ce vocabulaire de flux et compagnie. Il y a des gens qui arrivent. D’autres qui partent. En France, 700 000 personnes meurent en France chaque année. Il faut bien qu’il y ait un renouvellement de population. Le solde migratoire, c’est 200 000 personnes. Et on est 70 millions. De quoi parle-t-on ? […] Si vous raisonnez à l’échelle de la planète, il n’y a pas d’étrangers sur cette Terre, il y a juste des gens qui se déplacent. Et tout le monde se déplace. Mes parents se sont déplacés, mes grands-parents se sont déplacés. […] Si on a un éboulement de terrain, ce qui arrive de plus en plus souvent ici, on va se déplacer. On se déplace tous. En fonction des guerres, etc. Il faut arrêter de dire que tout le monde va venir en France. Quand on a créé la libre circulation de la population en Europe, dans l’espace Schengen, dans les années 80, est-ce que tout le monde, pour des questions de PIB par habitant, est parti au Liechtenstein ? Ou même au Luxembourg ?

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