Le hasard l'a emmenée à la grimpe, où un moniteur de centre aéré la repère alors qu'elle n'a que 8 ans. Depuis, la Française originaire de La Réunion ne cesse d’enchaîner les exploits. En milieu naturel d’abord où, à 12 ans, la grimpeuse est la plus jeune femme à venir à bout d’un 8B+ bloc, une incroyable performance. Puis en compétition. Aujourd’hui âgée de 17 ans, elle vient de décrocher ce week-end son premier titre de championne de France senior. De quoi lui donner une sacrée dose de confiance avant d’entamer sa troisième saison internationale, Jeux Olympiques 2024 en ligne de mire. Son arme secrète ? Son inépuisable envie de grimper. Retour sur un parcours sans faute.
L’année dernière, le titre de championne de France lui avait échappé d’un bloc, la laissant avec une frustrante seconde place. Impressionnant tout de même à 16 ans, surtout au regard du niveau français qui a explosé ces dernières années. Mais ce week-end, à Valence, Oriane Bertone a pris sa revanche, décrochant l’or avec une déconcertante facilité. Les spécialistes n'auront pas manqué de le remarquer : les longs mois passés à combler quelques lacunes physiques aux côtés de son entraîneur, Nicolas Januel, commencent à payer - sur le premier bloc des finales par exemple où Oriane a fait preuve d’un sacré blocage ! De quoi ajouter une nouvelle corde à sa grimpe instinctive, fluide, précise et technique, qu’elle doit à une enfance passée sur les rochers.

La plus jeune grimpeuse dans le 8B+ bloc
C’est à la Réunion que cette jeune prodige découvre l’escalade, à l’âge de huit ans. Totalement par hasard, un moniteur de centre aéré ayant repéré les enfants Bertone, Oriane, sa soeur jumelle Margot, et leur petit frère, Max, âgé de cinq ans. Rapidement, toute la famille se convertit à l’escalade. Ils rejoignent alors le club de l’île, à Saint-Leu, qui a déjà propulsé d’autres grimpeuses en équipe de France, comme Fanny Gibert ou Manon Hily. Et peu à peu, Oriane sort du lot.
Certains se souviennent peut-être des innombrables vidéos postées par son père, Stefano Bertone, son coach de la première heure, pas un grimpeur mais un prof d’EPS passionné de biomécanique, sur YouTube. À huit ans, Oriane enchaîne des blocs dans le sixième degré. Rien de vraiment exceptionnel jusque-là, même si sa technique impressionne déjà. Par ailleurs, on ne peut qu'être frappé par sa timide explosion de joie une fois le sommet atteint. Et son grand sourire permanent.
Quelques mois seulement après avoir débuté l’escalade, Oriane va enchaîner son premier 7B, sur l’île de La Réunion. De quoi laisser bouche-bée de nombreux grimpeurs. À partir de là, elle devient inarrêtable. Premier 8A bloc, à neuf ans, à Rocklands, en Afrique du Sud, premier 8b à dix ans… et premier 8B+ bloc à douze ans ("Golden Shadow" à Rocklands), ce qui en fait la plus jeune grimpeuse à avoir gravi un bloc d’un tel niveau. Une performance tout en grâce, mêlant une grimpe propre et intelligente, entre rapidité, agilité et précision. Le tout avec une aisance impressionnante face à la caméra. "C’est l’amour de la grimpe en naturel qui m’a fait progresser comme ça", se souvient-t-elle. "J’avais juste envie de grimper".
Une première saison internationale couronnée de succès
En parallèle, la jeune grimpeuse commence ses premières compétitions. Là-aussi couronnées de succès. Victoires au Tournoi National Poussines, championne de France benjamine, juste devant sa soeur jumelle Margot avec qui elle partage de nombreux projets, puis minime l’année suivante, en sortant les huit blocs des qualifications et les trois blocs de finale au premier essai. En 2019 vient le moment d’aller se frotter aux meilleures grimpeuses mondiales, toujours en catégorie jeune pour l’instant. Dès ses premiers rendez-vous internationaux, Oriane brille : vainqueure de multiples Coupe d'Europe - deux en bloc et deux en difficulté -, championne du monde de difficulté et de bloc à Arco, championne d'Europe Jeunes de bloc et de difficulté. La même année. La machine est lancée.
S'en suit une année blanche en 2020, Covid oblige. Pas de compétition au programme, à l’exception des championnats de France jeunes, qu’elle remporte à nouveau. Fin décembre, Oriane quitte son île pour le pôle France de Fontainebleau. Surclassée en senior à l’âge de 16 ans, elle décroche sa sélection en équipe de France de bloc l’année dernière. Commence alors la préparation pour la saison de Coupe du Monde senior.

Là encore, elle y fera une entrée fracassante, en remportant l’argent lors de sa toute première apparition sur le circuit, à Meiringen, en Suisse. "Ce n’était pas imaginé, pas imaginable, c’est un peu sorti de nulle part" racontera-t-elle par la suite. Le mois suivant, elle réitère cette performance à l’occasion de sa deuxième Coupe du Monde de bloc, à Salt Lake City, aux Etats-Unis. Une première saison internationale couronnée de succès où elle termine à la troisième place du classement général de la Coupe du Monde de bloc.
Encore irrégulière dans la cour des grands
Des résultats bluffants qui ne la détournent pas du rocher pour autant. Entre deux saisons, en janvier 2022, Oriane signe la première ascension féminine d’un des blocs les plus emblématiques de la forêt de Fontainebleau, "Karma", 8A+.
S’en suit une saison de compétitions plus difficile. Après avoir remporté une autre médaille d'argent lors de l'étape de Séoul, les performances ne sont plus là. La faute au style d’ouverture des blocs, très physique cette année-là, le point faible d’Oriane qu’elle commence seulement à travailler depuis quelques mois aux côtés de son entraîneur au pôle France, Nicolas Januel. Elle parvient tout de même à relancer la machine lors des championnats d’Europe 2022, à Munich, où elle décroche le bronze en bloc - ce qu’aucune française n’avait réussi depuis Mélanie Sandoz, en 2013. Une médaille pourtant loin d’être gagnée d'avance.
"Quinze jours avant de me rendre à Munich, j’ai fait un petit break d’une semaine" explique Oriane. "J’ai décidé de prendre un peu de temps pour moi, car je ne l’avais pas trop fait en début de saison. Ça a été compliqué a accepté au début, mais ça s’est finalement bien goupillé. […] Les saisons sont très longues [de mars à novembre, ndlr]. En fin de saison, c’est difficile de continuer de garder la motivation et d’avoir la volonté de s’entraîner dur, de voyager, de subir les décalages horaires… Beaucoup de choses font qu’on est tous fatigués. Certaines personnes gèrent tout cela mieux que d’autres. J’ai encore un peu de mal à le faire, car c’est ma deuxième année sur le circuit, donc ce n’est pas facile. Mais je suis en train de prendre mes marques, trouver mes repères. Ça vient petit à petit".


Malgré quelques irrégularités cette saison-là, Oriane signe une 6e place au classement général de la Coupe du Monde de bloc. De quoi inspirer son petit frère, Max, 15 ans, récemment médaillé d’or des Championnats du Monde jeune cet été. Et rêver grand, notamment du combiné bloc et difficulté des Jeux Olympiques de Paris 2024. "C’est dans un coin de ma tête, oui. Après, j’ai encore beaucoup à faire pour atteindre le niveau requis pour cette échéance. Pour le moment, j’y pense, mais je me concentre plus sur le fait d’être capable de passer régulièrement en finale [en Coupe du Monde, ndlr]. Il y a beaucoup de Françaises très fortes derrière qui vont pousser. Je vais donc me concentrer sur le fait d’être plus forte, pour progresser, et on verra quand le moment sera venu".
Un film à venir
Un documentaire, "The Ascent : Oriane Bertone", réalisé par Thibault Pailler, retraçant l’histoire de la jeune grimpeuse est prévu pour cet automne. L’occasion de se plonger au sein de l’environnement qui a vu naître la championne, notamment avec sa sœur jumelle Margot et son petit frère Max. Et de suivre en détail son évolution, en passant par les doutes qui s’invitent inévitablement dans toute carrière de haut niveau.
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