Deuxième round de discussions aujourd’hui sur les conditions d’une éventuelle réouverture des 350 stations de ski françaises. La ministre du Travail, Elisabeth Borne, et le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, avaient déjà reçu vendredi dernier les acteurs économiques et les élus des stations pour les "rassurer". Seule conclusion tangible à ce jour : l’incitation dimanche dernier à embaucher des saisonniers … au cas où. Reste à savoir s’ils pourront effectivement prendre leurs postes, la saison de Noël étant loin d’être acquise à l’heure où l’Europe reste le 2e épicentre de l’épidémie après les États-Unis. Pendant ce temps … on skie en Suisse, pourtant très touchée, mais où l’approche de l’épidémie est totalement différente.
« Malgré les incertitudes qui demeurent, je le dis aux stations de ski : embauchez des saisonniers, l'État sera là pour vous accompagner si l'activité n'était pas au niveau escompté », a encore rappelé hier sur LinkedIn la ministre du travail. Appuyant encore ses déclarations de dimanche dernier : « Cela n'est pas banal de recruter puis de mettre les salariés en activité partielle, mais mon objectif c'est qu'on puisse le faire", pour que les saisonniers des stations (120 000 seraient concernés, ndlr) puissent être recrutés", expliquait alors la ministre sur Radio J. Ajoutant toutefois qu’il était "trop tôt pour prendre une décision" quant à l'ouverture des stations en décembre, sachant qu’en Savoie et Haute Savoie notamment, les services de réanimation "sont déjà au bord de la saturation".
Les plus optimistes attendaient beaucoup de la réunion tenue mardi dernier entre Emmanuel Macron et des responsables du monde sportif. Ils ont été déçus. Aucune annonce concernant les stations de ski. Les principales mesures ont concerné la reprise des activités en club pour les mineurs, prévue pour mi décembre, un renforcement des protocoles en particulier pour les sports en salle et une augmentation du soutien financier au secteur ; des salles de sports aux fédérations, en passant par les associations sportives. Plus de 440 millions d’euros d’aides directes ou indirectes au total.
En stations, partout en France, on continue donc de naviguer à vue, en croisant les doigts pour que la situation sanitaire permette une réouverture dont dépend la survie de toute une économie pour certaines régions.
Mais la France n’est pas la seule. Après quelques brèves tentatives de réouverture, l’Italie comme l’Autriche ont dû se résoudre à fermer leurs domaines skiables, tant les chiffres restent inquiétants : plus de 29 000 décès ont été enregistrés en Europe au cours de la seule semaine dernière, selon l'OMS.
Une "nation du ski" très touchée par l'épidémie
Seule la Suisse, pourtant un hot spot de covid-19, avec des taux d’incidence régionale parmi les plus élevés d’Europe, a gardé ses stations de ski ouvertes. Verbier, Zermatt, Saas-Fee, Arosa-Lenzerheide, Engleberg, Davos-Klosters, Crans-Montana et Andermatt proposant un accès au ski limité en ce début de saison. Surprenant quand on regarde les chiffres.
Nombre de cas de contaminations sur les 7 derniers jours dans les pays ayant des stations de ski, pour 100 000 personnes)
(Data au 19 novembre, source OMS)
Andorre: 581
Austriche: 554
Suisse : 432
Italie: 405
Bulgarie: 332
France: 297
Suède: 287
Royaume-Uni : 261
Espagne: 228
Allemagne: 154
Norvège: 78
Finlande: 29

La Suisse est donc particulièrement touchée par l’épidémie, ce qui ne l’empêche pas d’inciter ses citoyens - à défaut de pouvoir miser sur les visiteurs anglais ou américains - à se rendre dans les stations pour profiter des premières chutes de neige, tout en multipliant les mesures de sécurité, affirme-t-on de Verbier à Zermatt. Mais qu’en est-il vraiment ? Les protocoles sanitaires suisses sont-ils aussi exigeants que les directeurs de stations l’affirment en boucle dans les médias helvètes depuis le début de la saison ? Voire.
Miser sur les skieurs suisses
Face à l’augmentation du nombre de cas d’infection au coronavirus, l’association Remontées Mécaniques Suisses (RMS) a effectivement renforcé son concept de protection, comme elle l’a annoncé le 1er novembre. Conformément aux règles en vigueur pour les transports publics, les amateurs de sports d’hiver doivent en outre désormais porter un masque non seulement dans les salles d’attente fermées, mais aussi dans les files, dans les télécabines, ventilées constamment assure-t-on, ainsi que sur les télésièges. " Le seul endroit où vous pouvez vous débarrasser de votre masque, entre guillemets, c’est pour profiter du grand air, quand vous tirez les courbes sur les pistes », explique Didier Defago, Président des remontées mécaniques du Valais, apparaissant non masqué (!), devant les caméras de l’AFP. Enfin, pour éviter les attroupements, l’association recommande de mettre en place une signalisation claire dans les salles d’attente, d’ériger des barrières et que du personnel soit présent. Au départ des télécabines, la police veille donc au respect des consignes. Enfin, bars, restaurants et discothèques sont bien sûr fermés.

Des mesures strictes certes, mais pas plus, voire moins que celles adoptées en Italie fin octobre. On se souvient que Cervinia suite aux polémiques soulevées samedi 24 octobre à l’ouverture de la station avait dû encore durcir son protocole sanitaire afin de mieux réguler les files d’attente, cependant que les bennes n’étaient plus utilisées qu’à 50 % de leur capacité ( ce que ne fait pas la Suisse). Des mesures qui n’avaient pas empêché pour autant la fermeture de la station au soir du 25 octobre. Fermeture toujours en vigueur à ce jour.
Les stations suisses jouent donc délibérément la carte de « l’optimisme » et semblent pour le moment suivies par les skieurs helvètes. Fin octobre, quelque 110.000 personnes avaient déjà souscrit au "Magic Pass". Un forfait low-cost (749-Swiss franc, environ 693 €) lancé il y a trois ans pour tenter d'enrayer la chute du nombre de skieurs, permettant de skier dans plus de 30 destinations. Des ventes supérieures à celles enregistrées en 2019, si l'on tient compte du départ de Crans-Montana de l'offre.
Les voyages hors frontières étant quasiment exclus actuellement, la Suisse espère donc que la jeune génération, chaque année de moins en moins tentée par le ski, décide de découvrir ou de redécouvrir les joies de la montagne plutôt que de filer à Bali. Un pari sociétal mais surtout sanitaire et économique qu'on suivra forcément de près en France.
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