Aussi à l’aise en ski-alpinisme l’hiver qu’en trail l’été, Rémi Bonnet parcourt la montagne comme personne. Depuis près d’un an, le Suisse de 28 ans est quasiment imbattable, tant dans ses baskets de course que sur ses skis. Sa récente performance ? Décrocher l’or en individuelle, sur les championnats d’Europe qui se déroulent actuellement (jusqu’au 12 janvier) à Flaine. De quoi confirmer avec brio son doublé aux championnats du monde l’année dernière. Des réussites qu'il doit au plaisir de passer ses journées dans les montagnes, le plus souvent dans ses Gastlosen favorites.
Lundi 8 janvier. Parti moins rapidement qu’à son habitude sur l’épreuve individuelle des championnats d’Europe de ski-alpinisme à Flaine, en raison d’un départ moins adapté à ses qualités, Rémi Bonnet a su faire la différence dès les premières montées. Le Suisse s’avèrera intouchable par la suite. Il devance deux Français, Xavier Gachet et Thibault Anselmet, s'offrant ainsi sa première victoire de la saison. Et pas des moindres : un titre européen, son premier en élite.
« C'était une individuelle un peu courte mais au final, ce sont toujours les mêmes qui jouent devant » expliquait le skieur de 28 ans au Dauphiné Libéré. « J'ai attaqué dans les montées sans prendre de risque dans les descentes où la visibilité était réduite, c'était la clef du jour. Les jambes ont bien répondu et je me suis senti de mieux en mieux au fil de la course ».

« Ce qui me fait me lever, c’est d’abord le plaisir d’aller dehors »
Enfant, le jeune Rémi est du genre rebelle. « Je n’aimais pas du tout marcher, aller en montagne » se souvient-il. « Je m'arrêtais au milieu du chemin. Il ne fallait rien me dire, j’avais horreur de cela ». Car son truc à lui, c’est la pêche. Avec les copains, bien-sûr. Il va même jusqu’à participer aux concours locaux. Une pratique idéale pour acquérir une sacré dose de patience. « Je pense que j’en profite aujourd’hui pendant mes courses. Et puis j’ai changé » explique-t-il. « Longtemps, j’ai toujours voulu être devant. Si un rival tentait de s’échapper, je courais derrière. J’ai dû apprendre que cela ne marchait pas ainsi, surtout sur les courses de plus de trois heures ».
Il faudra attendre l’âge de 16 ans pour quelques balades à ski avec un pote et son père lui donnent le goût des sports d’endurance. Été comme hiver, le Suisse commence à s’entraîner dans la région des Gastlosen, une chaîne des Préalpes fribourgeoises. « J’aime aller où je veux quand je veux, sans l’aide de personne » raconte-t-il. « J’apprécie ces moments de solitude, qui permettent de réfléchir sur soi-même, surtout qu’en montagne on s’entraîne dans des endroits magnifiques, ce qui n’est pas le cas de tous les sports ».
L’été, Rémi s’initie au « kilomètre vertical » (KV). L’idée ? Avaler mille mètres de dénivelé sur la distance la plus courte possible. Et il se révèle redoutable sur ce genre d’épreuve. Le jeune traileur remporte à deux reprises Fully en Valais, l’un des KV les plus réputés au monde. On y passe de 500 mètres d’altitude à 1500 mètres en parcourant 1920 mètres sur une pente à plus de 50% de moyenne. Presque de l’escalade. « Cela fait très mal aux jambes » rigole-t-il.
Passer du temps en montagne devient très vite un moyen de fuir son apprentissage de constructeur métallique. « Cette activité ne me plaisait pas. La course est devenue une échappatoire, et même une sorte d’addiction » relate-t-il. « Quand je ne performais pas, je jugeais que c’était parce que je n’en faisais pas assez. Alors je chargeais mon programme, d’autant que j’avais commencé la compétition plus tard que les autres ».
Ainsi, à moins de 20 ans, il s’impose environ mille heures d’entraînement par an. Près de deux cents de plus qu’aujourd’hui. Naturellement, les résultats suivent. Il gagne partout, intègre la très convoitée équipe Red Bull… Si bien que l’on commence à le comparer à l’extraterrestre Kilian Jornet. « J’étais sous la pression. Je ne courais plus pour moi mais pour les autres, pour l’image » confie Rémi.
Le couperet tombe. Sous la forme d’une fracture de fatigue au péroné, en 2018. « Je suis devenu plus mature, je me connais mieux » explique-t-il. « Aujourd’hui, ce qui me fait me lever, c’est d’abord le plaisir d’aller dehors. Gagner des courses c’est juste ce qui me permet de vivre. Je n’aurais d’ailleurs jamais pensé recevoir autant d’argent avec ce sport-là ».

Double champion du monde de ski-alpinisme
Le temps passe. Et Rémi Bonnet grimpe peu à peu dans le top 10 du Golden World Trail Series (GTWS), l’un des circuits de référence du trail mondial. L’hiver 2022 est particulièrement propice pour lui. Outre ses quatre succès sur les étapes de Coupe de monde de ski-alpinisme, le Suisse réalise un grand rêve en remportant le mythe absolu du ski alpinisme, la Patrouille des Glaciers (53 kilomètres reliant Zermatt à Verbier) avec ses deux coéquipiers, le Valaisan Martin Anthamatten et le Bernois Werner Marti. « C’était génial de la gagner » raconte Rémi. « Surtout qu’à 27 ans, je suis beaucoup plus jeune que la majorité des ténors de la discipline ». Ce qui démontre la polyvalence de l’athlète qui va remporter la même année le classement général, haut la main.
Mars 2023. Loin d’être rassasié, le Suisse continue de rêver grand. Son prochain objectif ? Être sacré, la même année, champion du monde dans deux disciplines de ski-alpinisme, la vertical race et l’individuelle. Un doublé que seul deux athlètes ont réalisé jusqu’à présent : le Français Florent Perrier en 2008 et un certain Kilian Jornet en 2015.
Annoncé comme grand favori sur l'épreuve de Vertical Race, une montée d’environ 500 mètres de dénivelé sur 3,4 kilomètres, il assume son statut et domine la course. Trois jours plus tard, le Suisse s’impose aisément sur l'épreuve individuelle pour remporter le titre. Hallucinant !
Rémi conclut sa saison de ski-alpinisme en remportant deux petits globes de la discipline : sur la vertical race et sur l’individuelle. Et l’année est loin d’être finie. Trois mois plus tard, il lâche les skis pour les chaussures de trail. Là-aussi, il est éblouissant.

« Les gens pensaient que c’était impossible mais j’ai réussi à le faire »
Sur la Neirivue-Moléson, un trail organisé le 18 juin sur ses terres, Rémi Bonnet va établir la plus grosse performance de l’histoire du trail, avec une cote ITRA de 970. Après une course stratosphérique, le Suisse efface l’Américain Matt Carpenter et sa cote de 968 établie à Pikes Peak en 1993. À noter que Kilian Jornet a déjà obtenu une cote de 964 (sur Sierre-Zinal en 2019) et de 961 (à Zegama en 2022).
Un exploit qui ne l’empêche pas de s’imposer, une semaine plus tard seulement, sur le marathon du Mont-Blanc (44,5 km ; 2540 D+), en 3 heures et 35 minutes. À cinq minutes seulement du record signé par Kilian Jornet. De là, il part s’entraîner en altitude dans le Colorado. L’idée ? Se préparer spécifiquement à la Pikes Peak, une épreuve démarrant à une altitude d’environ 1900 mètres au-dessus du niveau de la mer, conduisant les coureurs jusqu’au sommet de Pikes Peak, le 30e point le plus élevé parmi les 58 sommets de plus de 14 000 pieds (4267 mètres) du Colorado.
Ce podium, il le voulait très fort. Pas pour les primes (parmi les plus importantes aux USA), « cela ne m’intéresse pas », nous avait-il confié. « Pour moi, il s’agit plutôt d’un record historique, alors essayer d’y inscrire mon nom, voilà mon seul objectif », expliquait l’athlète pro, sponsorisé par Salomon et Red Bull. « Je pense que c’est possible, parce que l’année dernière, la seule partie où j’ai perdu du temps par rapport à Matt Carpenter [l’ancien détenteur du record, ndlr] était la plus haute, entre 12 000 et 14 100 pieds [3657 et 4297 mètres, ndlr]. Maintenant, avec tout l’entraînement que j’ai fait à cette altitude, et quelques essais cette semaine, je pense que je suis prêt ».
Sa stratégie aura été payante : « Les gens pensaient que c’était impossible mais j’ai réussi à le faire et je suis vraiment fier de montrer qui est le meilleur grimpeur au monde ! Il va maintenant falloir revenir pour passer sous les 2h00 ! » a-t-il commenté à son arrivée. Une performance de taille qui permet au Suisse de remporter, pour la deuxième année consécutive le circuit Golden Trail World Series.
On l’aura compris, quand Rémi Bonnet se présente sur une course, c’est pour frapper (très) fort. Reste à voir quelles seront ses performances sur les autres épreuves des championnats d’Europe (qui se déroulent jusqu’au 12 janvier à Flaine). Tout juste sacré hier, le Suisse affirmait en « avoir gardé sous la pédale »...

Suivre les championnats d’Europe de ski-alpinisme
Mercredi 10 janvier
De 9h00 à 16h30. Sprint. L’épreuve la plus courte, la plus spectaculaire aussi. Un concentré de ski-alpinisme. 3 minutes 30 très intenses : glisse, manip’, portage, conversions, descente...
Jeudi 11 janvier
De 9h00 à 12h00. Vertical race. Une course redoutable, une montée pure, droite dans la pente. Le skieur le plus rapide, le plus puissant mais aussi celui qui saura exécuter le geste le plus pur s’en sortira vainqueur au sommet.
Vendredi 12 janvier
De 12h00 à 19h30. Relais mixte. Par équipe mixte de 2, chacun fait 2 fois la boucle.
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