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Ignacio Javier Lucero
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Le tragique destin du guide argentin Ignacio Javier Lucero

  • 7 décembre 2023
  • 3 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

C’était un miraculé. Son histoire avait marqué les esprits en 2011, quand, seul sur le Manaslu, Ignacio Lucero avait survécu à un infarctus puis à un AVC. Laissé sans mobilité et sans l’usage de la parole, il avait pourtant pu récupérer ses capacités et repris son métier de guide. Depuis, il s’était juré de ne pas provoquer le destin. La mort vient de le rattraper sur le Cerro Marmolejo (6108 m), dans les Andes. Son corps a été retrouvé à 5009 mètres d’altitude avec celui de deux de ses clients. Tous trois victimes d’hypothermie. Malgré les mauvaises conditions, le guide semble s’être obstiné à poursuivre vers le sommet.

Disparus depuis une semaine, Ignacio Lucero, Raul Espir et Sergio Berardo ont été retrouvés morts hier par les secours à 5009 mètres d’altitude sur les pentes du Cerro Marmolejo, sommet de 6108 mètres situé à la frontière entre le Chili et l'Argentine. Séparés d'une cinquantaine de mètres les uns des autres, ils étaient apparemment en train de redescendre. On n’avait plus de nouvelles du guide argentin et de ses deux clients depuis le 29 novembre dernier, ils se trouvaient alors à 5800 mètres, 

Que leur est-il arrivé ? L'une des premières théories était que les trois alpinistes argentins auraient pu tomber dans l'une des crevasses du vaste glacier, seule zone vraiment complexe à gérer lorsqu’on entreprend l’ascension via la voie normale. Comme ils étaient encordés ensemble, on pensait que l'un d'entre eux aurait pu tomber et entraîner les deux autres. Mais cette version de l’accident a été écartée et il semble qu’ils soient morts d’hypothermie. Malgré le vent fort et des températures de -15°C, Ignacio Lucero aurait insisté pour continuer, supposent des guides interrogés par le quotidien La Nacion. On sait, en effet qu’à l'origine, le groupe comptait six membres – soit un autre guide avec ses deux clients semble-il -  et que ces derniers ont préféré redescendre. 

Pourquoi ce guide expérimenté a-t-il décidé de poursuivre vers le sommet ?

A ce stade, et dans ces conditions, on comprend mal pourquoi Ignacio Lucero, guide avec plus de 30 ans d’expérience et 60 expéditions à son actif dans le monde entier, des Andes à l’Himalaya, a pu décider de poursuivre sa route vers le sommet. Très attaché à son métier de guide et aux responsabilités qui lui incombent, l’Argentin avait survécu en 2011 à un très grave accident sur le Manaslu (8 163 m). Seul à 7700 m sur la "montagne des esprits" du Népal, l’alpiniste savait que personne ne pourrait l'aider : pendant près de trois jours et en état d'hypoxie cérébrale, il était parvenu à regagner sans aucune assistance le camp de base. Héliporté enfin à Katmandou, opéré en urgence, il avait été victime d'un accident vasculaire cérébral : « J'avais les deux plus grosses blessures qu'un être vivant puisse avoir, à la tête et au cœur. J'ai dû me reconfigurer", devait expliquer le guide lors d'une conférence TEDx en 2012.

Ignacio Javier LuceroIgnacio Javier LuceroIgnacio Javier LuceroIgnacio Javier Lucero

Cette expérience, qui l’a conduit à vivre une longue et pénible rééducation – il a dû réapprendre à parler et à marcher - l’avait complètement changé, racontait-il. Avant, son plaisir était de gravir les montagnes ("là où se trouve la nourriture des dieux", disait-il ), de chercher ses limites, d'explorer son corps et son esprit. "Mes choix de vie étaient narcissiques. Aujourd'hui, mon nouveau chemin, c’est la rencontre avec l'autre, c'est mon défi", concluait le guide qui était également professeur de littérature. Dans ce long parcours personnel, il aimait rappeler qu’il avait à ses côtés, "un ange", son chien Oro, qui était aussi un guide pour lui. Formé au sauvetage, équipé comme son maître d’un sac à dos, de bottes de neige et de crampons, Oro l'avait aidé dans sa rééducation : il lui indiquait quand prendre ses médicaments et lui rappelait en montagne quand il devait faire une pause ou s’hydrater. Ensemble ils avaient gravi plus d’un sommet, dont l'Aconcagua (6961 m). 

"Sans Oro, je serais presque handicapé » devait déclarer Ignacio Lucero en 2017, lors d'une interview télévisée. « Avec lui, je suis surpuissant. J'ai une autre vitesse, une autre force, un autre pouvoir, d'autres sens, parce que j'ai la portée de sa vue et de son odorat. Nous nous renforçons mutuellement. ». Oro est décédé en novembre 2020, et c’est sans lui qu’il y a quelques jours que le guide était parti à l’assaut du Cerro Marmolejo. Mais auparavant, en 2019, l'Argentin était retourné dans l'Himalaya, où il avait atteint le sommet du Gasherbrum II, à 8035 m d'altitude : son plus haut sommet, sans oxygène supplémentaire. Deux ans plus tard, en 2021, il avait effectué une expédition en solitaire sur le Broad Peak (8051 m) et, l'année dernière, il était retourné au Manaslu, au Népal, là où il y avait pour lui "un avant et un après" . Et tout s’était bien passé, cette fois-là...


En 2012, un an après son accident sur le Manaslu où il a failli mourir, Ignacio Lucero a donné un TED talk pour raconter comment il s’en était sorti psychologiquement et physiquement. (En espagnol, sous-titré en français)

https://www.youtube.com/watch?v=TGzTaSMBc5k

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