Les voyages en van ont de la concurrence. Installation en une minute, moins de consommation de carburant et moins de contraintes pour circuler : les tentes de toit ont de sérieux arguments pour détrôner les vans et camping cars. Jean-François Bloyet, pompier à Quimper, a quitté tout son confort pour vivre dans l’une de ces tentes Hussarde - et partira avec en septembre pour un road trip de cinq mois à travers l’Europe. A cinq mois du départ, il explique comment, avec un minimum de moyens, il a monté son expédition.
Transformer sa voiture en duplex : c’est un peu le concept des tentes de toit, qui ont de quoi faire de l’ombre aux vans et autres fourgons aménagés. Plus faciles à installer et à démonter que les tentes au sol de Décathlon, fixées sur les barres de toit de n’importe quelle voiture les acceptant, les tentes de toit semblent cocher toutes les cases pour voyager en toute liberté, le temps d’un simple week-end ou d’un road trip de plusieurs mois.
Ce format a séduit Jean-François Bloyet, « Jeff », pompier professionnel à Quimper, qui a décidé de lâcher son appartement pour vivre dans sa tente, perchée sur le toit de sa Dacia Sandero Stepway. Une manière de tester sa tente Hussarde en toutes conditions, avant de partir pour un road trip de cinq mois à travers l’Europe le 5 septembre prochain.
« J’ai toujours été fasciné par les voyages, le côté sauvage et libre, mais j’avais tendance à tout remettre à plus tard », confie ce Breton de 36 ans. Suite à un problème neurologique en janvier 2020, et au raz-le-bol de l’enchainement des confinements, Jeff a eu le « déclic ». Depuis septembre dernier, sa voiture a été aménagée entièrement pour vivre dedans : plus de sièges arrière, mais des compartiments pour les éléments de cuisine, et stocker l’eau. La « chambre », évidemment, est dans la tente, sur le toit.
Une option économique
« J’avais repéré une tente de toit Hussarde NaïtUp, une quatre place, chez un revendeur à Ploemeur, dans le Morbihan, en août dernier. Avant, je ne connaissais pas plus que ça le concept. J’ai voulu la tester avant d’investir dedans, et première bonne surprise, on peut en louer un peu partout en France avant de passer à l'achat », raconte Jeff. Car effectivement, les tentes de toit ont un certain prix. Comptez 2000€ en moyenne, pour une tente duo neuve, et 3000€ pour une « quatro ». « Mais même d’occasion, ces tentes sont très solides », contre-balance le pompier. « Comparé aux prix des fourgons aménagés, des vans, ou des camping cars, ça reste très économique quand on est déjà équipé d’une voiture », ajoute-t-il.
Niveau consommation de carburant, là aussi le rapport est intéressant. « Quand elle est repliée, la tente de toit n’est pas plus grosse qu’un coffre de toit. On me demande souvent si ça consomme plus quand on roule avec… mais quand on fait un road trip, on n’a pas besoin de rouler à 130 km/h. Jusqu’à 90 km/h, je n’ai remarqué aucune différence de consommation de gasoil avec ma voiture », remarque Jeff. « On consomme clairement moins avec ça qu’avec un van. A cette vitesse, avec la tente, je tourne à 5,5/ 6l au 100 grand max".





S’entraîner à -10°C
Jean-François a conclu un partenariat avec son revendeur Breizh Trotter, qui l’encourage dans son projet de road trip à travers l’Europe. Mais, avant de s’élancer dans ce voyage de cinq mois - dont deux en hiver dans les pays nordiques - le breton a souhaité tester au maximum les capacités de la tente dans des conditions de froid extrême.
« Les températures peuvent descendre jusqu’à -40°C en Scandinavie, alors je suis parti me mettre à l’épreuve pendant 12 jours dans le Doubs, cet hiver », explique Jeff. « Par exemple, j’ai découvert qu’il ne faut pas respirer dans le duvet quand tu dors dedans et qu’il fait -15°C dehors. Sur le coup, j’avais l’impression d’avoir chaud, mais en pleine nuit, je me suis retrouvé avec le duvet gelé à l’intérieur ! », s’exclame-t-il.
« Je m’attendais à trouver la tente gelée, et ne pas pouvoir la replier. Mais bonne surprise, elle résiste aux températures froides extrêmes. Cet entraînement a vraiment été indispensable, il m’a aussi appris à faire attention aux types de liquides à prévoir pour la mécanique de la voiture, à gérer les réserves d’eau - qui ont toutes gelé dès la première nuit - et à bien rester hydraté. On a tendance à l’oublier, mais quand il fait très froid, le corps dépense plus d’énergie pour se réchauffer », explique Jean-François.
Autre élément technique, qui a surpris le pompier : l’autonomie des appareils électroniques. « J’ai appris à me méfier des indications données par les constructeurs de batteries. Quand il fait -15°C, on peut diviser par deux l’autonomie des batteries portables, et multiplier par deux le temps de rechargement des téléphones portables, notamment quand ils sont branchés sur les allume-cigares », précise-t-il.
Côté faune, « je me suis rappelée de l’humilité à adopter face aux animaux sauvages. Il faut faire attention à ne surtout pas laisser trainer de nourriture sur son chemin ou sous la voiture, qui pourrait attirer certains animaux. Dans le Dubs, ce ne sont pas tant les meutes de loups qui me faisaient peur, mais quand je serai à la frontière suédoise, il pourrait y avoir des ours, ou des boeufs musqués. Et ce ne sera pas ma voiture qui pourra les freiner s’ils chargent. »
Plus de 10 pays européens en 5 mois
Le pompier partira donc pour son tour d’Europe en Hussarde le 5 septembre prochain. Pendant cinq mois, il explorera les parcs nationaux de sa check-list déjà bien remplie : départ depuis la Corse, puis direction la Sardaigne, l’Italie, la Croatie, la Slovénie, l’Autriche, la République tchèque, la Pologne, les pays baltes, la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, et enfin l'Islande, en janvier 2022, au coeur de l'hiver le plus sombre du continent.
« J’ai prévu de traverser les pays nordiques en plein hiver pour me confronter aux éléments, voir les aurores boréales, et pouvoir observer les baleines », confie-t-il. A bord de sa Dacia, seule sa peluche Winnie l’Ourson l’accompagnera. « Elle est devenue un peu la mascotte de l’aventure. J’ai passé mon premier confinement avec, et ça faisait marrer les gens quand je la postais en photo sur mes réseaux sociaux, ça donne aussi un peu de légèreté à la chose ».
Les pays au programme seront également d’excellents terrains outdoor pour ce pompier, passionné de pêche à la mouche. « J’ai aussi aiguillé mes choix en fonction des pays où je pourrais en faire, notamment en SUP. Je prévois aussi de faire de la course à pied, du VTT, et de profiter des sports locaux comme le kayak, le canyoning, et pourquoi pas du snowboard aussi. Le but n’est pas de chercher la performance, mais l’endurance », assure-t-il.
10 000€ de budget
« Pour m’entraîner avant de partir, chaque semaine, je fais deux sorties de course à pied, deux séances de VTT, une de natation, et tout ça accompagné de renforcement musculaire ». Presque une routine, quand on est déjà pompier depuis 2003. « Je vais augmenter ma préparation physique jusqu’au départ en septembre, pour être capable de tenir sur la durée. Je me suis rendu compte dans le Doubs qu’avec le froid, on fatigue beaucoup plus. »
Financièrement, Jeff prévoit un budget de 10 000€, tout compris. « Côté route, je programme de rouler entre 30 000 et 35 000 kilomètres, il me faudra donc compter jusqu’à 3000€ de carburant. Pour les repas : environ 300€ par mois. Il faut aussi prendre en compte les traversées en ferry entre les îles et le continent, les taxes routières - comme des péages - dans les pays nordiques, donc 300€ en plus. Et puis le reste sera pour les activités locales, la vie quotidienne ».
Niveau mécanique, le Breton a déjà prévu de consacrer une journée en Finlande - à plus de la moitié du parcours - au « check up de sa Dacia Sandero : changer la batterie, mettre les pneus neige, mettre à niveau les liquides de la voiture et passer sur des huiles adaptées aux températures des pays scandinaves ». Une étape « qu’on a tendance à zapper, mais qui est indispensable. »




Échapper aux restrictions sur le camping sauvage
Le choix de la voiture fait aussi partie de sa préparation. « Les Dacia Sandero sont des voitures low-cost, mais qui permettent à tout le monde de se projeter. Elles ont un rapport qualité-prix imbattable pour un road trip, comparé à un fourgon aménagé (un modèle neuf toutes options est commercialisé autour de 13 000 euros, ndlr). Elle a une basse consommation, et même avec la tente, elle passe en-dessous des barres de parkings limitées à 1 mètres 90. Les Stepways passent partout : en mettant quatre pneus neige, on obtient des capacités de franchissement incroyable, on peut facilement évoluer dans des chemins enneigés », explique Jean-François.
Autre avantage de la tente sur toit, et pas des moindres : ce n’est pas considéré comme du camping sauvage si et seulement si, ses dimensions ne dépassent de celles du véhicule, ni en largeur, ni en longueur. « On peut s’arrêter où on veut pour passer la nuit. Déjà, le fait que la tente ne soit pas au sol est un bon élément pour s’isoler du froid - mais en plus, ça nous arrange quand on fait un road trip puisqu’on échappe aux réglementations pénibles qui restreignent le camping ! » (précisons qu'il faut choisir des lieux où le stationnement est libre et autorisé la nuit et toujours vérifier la règlementation en cours dans chaque pays, ndlr)
Ce mode de voyage est aussi compatible aux règles de couvre-feu. « Tant qu’on est enfermé dans sa tente à 19h - ou toute autre heure de couvre-feu - on respecte la loi. J’ai déjà été contrôlé plusieurs fois, je n’ai jamais eu d’ennui. Il faut jouer le jeu et bien rester à l’intérieur aussi », explique-t-il.
Jumeler son road trip avec un projet associatif
« Je compte m’équiper au minimum », rapporte le pompier. « Quand on part en tente de toit, il faut rester léger. Mais il y a des incontournables à toujours avoir avec soi, comme un réchaud - le mien est un Jetboil, suffisamment performant pour le faire démarrer par toutes les températures, et même en altitude. Ensuite, il y a les gants. J’en ai trois paires : une pour faire de la mécanique sur la voiture ; une autre très fine, avec laquelle je fais à peu près tout - comme allumer le réchaud par exemple - et une dernière que je garde pour les balades dans le grand froid. »
Parmi ses « must have », Jeff prévoit une bouteille d’eau, et veille à ce qu'elle ne gèle pas, quoiqu’il arrive. Enfin, pour faire cuire ses aliments et pour compléter son réchaud, il peut compter sur un appareil à raclette à bougie. « J’ai aménagé l’arrière de la voiture pour y placer les compartiments cuisine, et stocker les casseroles, la vaisselle, etc. J’ai aussi deux jerricanes de 35 litres, sur lesquelles je branche un chauffe-eau mobile - un Kampa Geiser - relié à la douche, et voilà : j’ai une salle de bain ! »
Bien sûr, les trousses à outils et de secours font partie des indispensables.« Avant de partir, je vais prendre des cours avec une infirmière pour apprendre à faire mes propres points de suture et gagner en autonomie. S’il m’arrive un pépin, en plein parc national, ça m’évitera de devoir en partir et de perdre du temps sur place. »
Mais ce que craint le plus Jeff sur ce long voyage dans des conditions de confort plus que sommaire en plein hiver, " c’est l’accumulation de la fatigue, qui risque de s’installer à la fin. C’est pour ça que je travaille surtout sur l’endurance. Avancer, c’est bien, mais arriver au bout, c’est mieux ! », ironise-t-il. « Pour la voiture, je ne me fais aucun soucis. J’ai une assurance qui me permet d’être couvert à 100% dans tous les garages Dacia d’Europe. »
Enfin, pour donner plus de sens à son projet, Jean-François est entré en relation avec l’association « Petits Princes », qui « permet à des enfants en situation difficile de réaliser leur rêve le temps d’un week-end. Mais pour les aider, il faudra trouver un moyen de générer des dons », explique-t-il. « On est encore en train de réfléchir à un moyen de jumeler ça à mon road trip, peut-être imaginer une distance minimum à parcourir à travers un sport dans chaque pays… »
Focus sur l’équipement de Jeff pour ce périple
Cuisiner :
2 réchauds Jetboil, régulé et à cartouche inversée (altitude et froid)
Table et chaise Vango
Douche/ vaisselle : Kampa geyser
Vaisselle, couverts, casserole, cuisine : Sea to summit
S'éclairer :
Petzl gamme Actik rechargeable en usb ×3
Briquet tempête 4 saisons
Se protéger :
Vêtements techniques : Odlo gamme X WARM
Chaussant neige, après ski : Sorel caribou wool
Couchage : Valandré swing 700 néo + un 2ème à venir plus extrême de chez Valandré toujours
Tente Hussarde NaïtUp
Faire du sport :
Paddle "Couine marie fishing" de chez GONG étudié pour les températures extrêmes et la pêche en paddle
VTT BH BIKES distribué par Cy'glon dans le Morbihan
Combinaison néoprène températures extrêmes Billabong
Avancer :
La Sandro Stépan
Chaine à neige frontale "Polaire grip"
Barre de toit Thule 100kg
Pneu hiver " Michelin Alpin 6"
Outillage : Facom automobile
Documenter :
Dji mavic air 2Insta360 one X2 (cam action + live360°)
Fujifilm xt4
Ordi Dell xps dalle 4K
Smartphone Samsung Galaxy S10+
... Et son compagnon de route : Winnie !!
Jeff remercie Breizh-Trotter (56) pour les conseils avisés de Christophe dont l’expérience a été précieuse à l’heure de s’équiper.
Vous aussi, vous souhaitez louer une tente de toit ?
Parmi les marques disponibles sur le marché, Jean-François Bloyet s'est arrêté sur une Hussarde NaïtUp dont il semble plutôt satisfait après test, comme il s'en explique dans notre article. Mais avant tout achat, il recommande d'en essayer un modèle. Pour trouver un revendeur ou un loueur, en France et en Belgique, voir cette carte ».
Retrouvez aussi la progression de Jean-François sur sa page Facebook et Instagram.
Article publié le 8 avril 2021, mis à jour le 9 avril 2021
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