C’est une première et une exclusivité pour Outside : l’IGN annonce pour le 2 mars la sortie de sa première carte du GR20, sentier mythique s’il en est. L’occasion de nous rendre au siège du temple de la cartographie française qui, de surcroit, fête ses 80 printemps cette année. Visite guidée pour tout savoir sur la fabrication de votre carte préférée.
Vous voilà émerveillé sur le GR20. Fatigué aussi. Et puis un peu perdu, quand même. Où êtes-vous ? Quel effort vous reste-t-il à fournir ? Existe-t-il un raccourci salvateur ? Pas d'inquiétude. Pour la première fois, l'IGN propose une carte exclusivement tournée autour des plus de 170 kilomètres du sentier aux 15 000 mètres de dénivelé. Un document au 1:50 000 (1 cm = 0,5 km) qui rassemble l'ensemble des infos relatives au chemin mythique : gites, difficultés, itinéraires alternatifs, distances cumulées, profils altimétriques... Posez votre écran. Ouvrez la carte : vous y êtes déjà.
Illustration du savoir-faire de l’illustre Institut national de l'information géographique et forestière, la carte "Traversée de la Corse" est un must have du marcheur. Qui ne peut légitimement pas prendre la route sans connaitre les secrets de fabrication de son parchemin moderne. Alors, suivez le guide.


1968 : sortie de la toute première carte de rando au 1:25 000
L'eau, l'air, la terre : sans attendre l'île de Beauté, les trois éléments se rencontrent aux portes de Paris. À Saint-Mandé exactement, où le Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM), Météo France et l'IGN sont regroupés pour constituer un pôle majeur de géo-science. Pour l'IGN, prendre à droite dans le hall de l'immeuble aux parois de verre et de bois. Et pénétrer dans une histoire débutée en 1940.
Si le général Pétain signe le décret de naissance de l'IGN, en remplacement du Service géographique de l'armée, l'Institut se signale pendant l'Occupation pour son action auprès de la Résistance, entre transmission d'informations et travail de faussaires des cartographes, excellents calligraphes. La France libérée, deux dates à retenir : 1968, année-plaisir, avec la toute première carte de randonnée au 1:25 000, celle de la forêt de Fontainebleau ; 2008, année-avenir, via le lancement d'un immense chantier de dématérialisation. Deux bornes rythmant la vie moderne de l'IGN, dont la production raconte notre pratique de l'outdoor.
Du Chemin de Stevenson aux cartes de la Grande Guerre
Les décors du service cartographie ont bien changé depuis l'après-guerre. Finies, les petites mains penchées sur de grandes planches. Révolu, le temps de la superbe mais unique carte de Cassini (1815), mère de la cartographie française. Désormais tout se fait depuis une base de données : « le travail du cartographe consiste à rendre lisible des éléments, explique Hervé Quinquenel, géomaticien à l'IGN. On ne peut pas tout mettre, chaque carte est un choix. » Une méthode qui permet l'édition de cartes thématiques : outre le GR20, la carte du chemin de Stevenson, celle dédiée aux curiosités géologiques de France ou la collection de cartes autour de la Grande Guerre mettront toutes l'accent sur des éléments bien spécifiques.
Si les 80 000 bornes géodésiques françaises fixent la structure du territoire, son contenu est mouvant. Parce que le monde et ses habitants bougent, la mise à jour de la base de données est permanente. Pour cela, outre les outils automatisés ou collaboratifs, les avions de l'Institut, basés à Beauvais, photographient chaque année un tiers du territoire. Mais pas seulement : « il faut parfois aller à la pêche aux infos, reprend Hervé Quinquenel. Nos agents font des enquêtes de terrain, interrogent la presse ou les contacts locaux. » Une mission fondamentale : l'IGN étant un opérateur de l'Etat, ses documents font foi. Un travail d'orfèvre, aussi : les cartes du massif du Mont-Blanc au 1:10 000 publiées dans les années 50 sont considérées comme des chef-d'œuvres de la cartographie française.
Il faut ensuite plonger dans les entrailles de l'Institut national de l'information géographique et forestière (l'inventaire forestier national a été intégré à l'IGN en 2012 – mais l'acronyme IGN est trop ancré pour laisser place à un INIGF barbare). Direction l'imprimerie et le sous-sol, là où la température et l'hygrométrie sont maîtrisées. Ici, on travaille en offset (de l'anglais to set off, reporter), avec l'application de 4 ou 5 plaques de couleurs différentes et une précision au 1/10e de millimètre. Une production entièrement française (mais le papier, labellisé Imprim'Vert, vient d'Allemagne) aux chiffres vertigineux : 3 000 cartes différentes, 2 500 exemplaires par tirage en moyenne, un stock de trois millions de cartes pour deux millions de ventes annuelles.


14 000 cartes du Mont-Blanc vendues chaque année
Avec l'IGN, les chiffrent parlent. Ils disent le niveau d'engagement de l'Etat dans ses services publics. Avec 60 % des 150 millions d'euros de son budget financé, l'IGN doit multiplier les produits, et les vendre, pour exister. L'Institut produit alors d'autres statistiques, toutes aussi instructives. Les ventes des plans de ville, en chute libre, nous enseignent sans surprise que le GPS a largement pris le dessus dans les zones urbaines. On apprend que cela vaut également pour les sites à proximité : historiquement numéro un des ventes, la carte de Fontainebleau est désormais supplantée par celles du Mont-Blanc, écoulées à hauteur de 14 000 exemplaires annuels – la carte la moins vendue tourne plutôt autour de la cinquantaine. Gerardmer, le cirque de Gavarny ou le Puy de Sancy figurent également au top des charts. Et l'appétit des Français pour le patrimoine et l'histoire de leur pays ne se dément pas.





Les enseignements valent aussi au niveau international. Car le travail de l'IGN ne s'arrête pas aux frontières du pays. À partir de fonds de carte étrangers, l'Institut édite des cartes adaptées à la langue, aux aspirations et... aux présentoirs français. Que dit l'indice touristique estampillé IGN ? Que l'Ecosse, l'Irlande ou l'Islande sont à la mode, du moins chez les outsiders à cartes. Et que le Maroc revient en force. Enfin, en France et ailleurs, il est une chose qui ne bouge pas : dans l'ensemble (hors villes et cartes routières), le papier fait mieux que résister au numérique. Sans doute parce qu'il est complémentaire, et que rien mieux qu'une carte ne permet de se projeter dans le voyage.
Mais si les cartes évoquent l'ailleurs et l'histoire, l'IGN n'en oublie pas son époque. Le chantier de dématérialisation lancé en 2008 a abouti en juillet 2019 au lancement de l'application IGNrando'. Un outil de référence pour qui souhaite marcher local plutôt que de passer par Google. Autre site particulièrement instructif : Remonter le temps, pour comparer des cartes selon les époques. Indispensable pour suivre l'évolution des côtes, de la dune du Pilat ou de la Mer de glace. Et qui rappelle que davantage qu'un simple service de cartographie, l'IGN est un observatoire du territoire.
Pour tout savoir sur l'IGN, découvrir la plus belle collection de cartes possible – dont celle du GR20, à partir de lundi – et se plonger dans les archives de l'Institut, rendez-vous à la Géoroom de l'IGN : 8 Avenue Pasteur, 94160 Saint-Mandé

La carte Traversée de la Corse
Echelle : 1 : 50 000 (1 cm = 0,5 km)
Référence carte : 89027
Prix : 8,95 € TTC
Retrouvez la carte Traversée de la Corse sur ignrando.fr/boutique et dans les points de vente habituels dès lundi 2 mars
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