Ils sont les uniques panoramistes de France. Avec sa soeur, Frédérique, Arthur Novat a repris le flambeau de l'atelier de leur père Pierre. Diversité des versants, complexités des tracés, ombres… Il établit aujourd’hui les plans des pistes de tous les domaines alpins avec une spécificité : la représentation idéale du paysage de montagne à la française.
Le plan des pistes, soigneusement plié dans la poche du blouson ou affiché au pied des remontées mécaniques, est une représentation fidèle de la topographie d’un domaine skiable. Imprimé en moyenne à 30 000 exemplaires depuis plusieurs dizaines d’années, il porte en France une signature unique, celle de l'Atelier Pierre Novat. « Notre marque est spécifiquement française. Mon père a inventé le concept de déformation des paysages pour coller au plus près de la réalité des domaines, tout en respectant la topographie. Il a même imaginé le nom de son métier en inventant le terme 'panoramiste' », explique son fils Arthur, plasticien de formation.
Ce dernier n’avait jamais pensé à faire carrière dans ce domaine, son choix s’étant naturellement porté sur les arts plutôt que la cartographie. Mais à l’orée des années 90, il s’est formé à la représentation du paysage de montagnes, devenue depuis sa spécialité. Il utilise aujourd’hui moins la gouache et les crayons de couleur, un procédé plus long et moins instantané, que le numérique. "Pour commencer, il faut exploiter des photos aériennes qui n’ont de valeur que si elles sont prises pendant l’hiver, sinon les ombres et les contrastes ne sont pas marqués. Ce qui veut dire qu’une commande passée en mai ne peut être traitée", explique-t-il.
Cartographe, géographe et artiste
Travailler à partir de modèles numériques, comme Google Earth, est possible, mais le rendu n’est pas toujours au rendez-vous. L’artiste avoue apprécier tout particulièrement la lumière rasante de l’aube ou de la fin de journée pour obtenir un maximum de détails sur le relief. « Avec un modèle numérique de terrain, la force des contrastes n’est pas la même ». Vient ensuite le travail à partir des cartes IGN et topographiques, « pour orienter le plan et décider des zones, villages et sommets à faire figurer ».
L’essentiel de son quotidien consiste à remettre à jour les panoramas d’origine, au gré des transformations des stations. Et tout dépend des choix, souvent économiques ou politiques, des directeurs de ces dernières. «Certains préfèrent un plan resserré sur la station. C’était le cas de Val d’Isère, devenu Val d’Isère – Tignes. Il a fallu laisser la place à un paysage très large pour pouvoir situer le domaine dans l’ensemble du massif de Haute-Tarentaise. Quelques années plus tard, le club de sport de Val d’Isère a décidé de supprimer les arrière-plans pour faire simplement apparaître la ligne de crête. Idem pour Courchevel. Avec l’arrivée des 3 vallées, le paysage s’est ouvert horizontalement ».

Les commandes prennent parfois un tour cocasse : ses donneurs d’ordre lui ont déjà demandé de représenter la taille des stations sur le plan au prorata de ce qu’elles payaient au domaine skiable...
Remodeler le paysage
La réalité topographique, ainsi que celle des tailles, est toujours respectée. « Sur un plan des pistes, on se libère de la perspective tout en agissant avec elle. Une remontée de 450 mètres au sommet du domaine et une autre, en bas, de 450 mètres, auront la même longueur, même si l’inclinaison est différente. De même qu’une piste verte va serpenter, comme sur le terrain, alors qu’une noire sera presque verticale ». Mais le cahier des charges est également implicite : « Sur le plan, il doit toujours y avoir de la neige et il doit toujours faire beau pour que les domaines soient magnifiques ». Ces critères de promotion par le dessin font de l’atelier Novat l’unique dessinateur de stations en France.
Arthur Novat travaille également avec des chercheurs en histoire économique et en géographie à l’Université de Grenoble, où il a créé un laboratoire sur la présentation du paysage. « Notre mission est d’inventer une façon de représenter la montagne qui soit accessible aux directeurs de sites afin qu’ils puissent réaliser leurs panoramas en numérique à la façon Novat ».
Avec l’usage du numérique, le plan papier est-il condamné à disparaître ? Si leur nombre d’exemplaires a été divisé par deux avec l’explosion d’internet, sur le terrain, il reste incontournable, affirme Arthur Novat. « Un écran de téléphone est petit. Il risque de geler et en plus, on peut le faire tomber. Ils sont encore 90% d’utilisateurs fidèles au papier. [...] Nous n’avons ni passé, ni présent, ni futur. Je dirais que nous sommes simplement dans le flux du monde ».
A découvrir demain sur Outside à 13h : l'histoire de James Niehues, alter ego américain des fils Novat, qui va sortir un livre de ses plus belles œuvres.
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