Plus de 1800 kilomètres, 40 cols au-dessus de 4000 mètres, 48 000 mètres de dénivelé positif. Les chiffres de la « Peruvian Great Divide », le plus haut tronçon de piste cyclable entre la Sierra Blanca et la vallée des Incas de Cusco au Pérou, sont époustouflants. A l’image des paysages qu’il traverse. C’est sans doute l'un des exploits cyclistes les plus durs qu’entreprend aujourd’hui Axel Carion. Il a 12 jours pour le réussir sur son gravel.
C’est l’histoire d’un échec. Et d’une revanche. En 2018, Axel Carion – cycliste de 34 ans, codétenteur avec le Suédois Andreas Fabricius du record de vitesse de la traversée de l’Amérique du Sud, du nord au sud en 2017, fondateur de la série de courses d'exploration BikingMan - se casse les dents sur la Peruvian Great Divide. Parcours mythique qui doit son nom à l’American Great Divide, la principale chaîne montagneuse des États-Unis courant du nord au sud du pays.

Son défi était de taille, et de toute évidence, sous-évalué. Cette grande ligne de partage des eaux péruviennes qui unit la chaîne de la cordillère Blanche est l’un des plus hauts segments praticables de la Terre. Il réunit tous les sommets péruviens de plus 6000 m, dont le majestueux Huascaran (6 768 m). De quoi faire fantasmer depuis quelques années dans le monde du cyclotourisme. Axel Carion va lui aussi tomber dans le panneau. Il n’est pas un débutant, pourtant. Le Pérou, il connaît bien depuis son premier périple à vélo en 2015. Et il a la forme. Accompagné de cinq cyclistes, dont deux de haut niveau, Rodney Sono (vainqueur de la course d’endurance IncaDivide 2017 & 2018), et Nicolas Meunier (finisher IncaDivide 2018), il se fixe alors un planning « raisonnable » de 150 km par jour.




Ils n'atteindront pas leur but et ne dépasseront pas les 450 km. « En haute altitude", explique Axel Carion, l'effort que vous devez fournir pour parcourir 75 km à vélo est 2,5 fois plus grand que la distance. La plus grande partie du trajet doit être effectuée au-dessus de 4000 m, ce qui transforme l'expérience en une ‘strangulation virtuelle’ si vous souffrez du mal de l'altitude ou si vous n'êtes pas suffisamment acclimaté ». Par ailleurs, c’était sans compter sur le terrain mixte composé de gravier, de roches et de boue auquel leurs gravels super légers équipés de pneus Schwalbe Bites de 40 mm étaient peu habitués, et surtout peu adaptés.
La leçon est rude, mais Axel se remet aussitôt en selle. Mieux, il met la barre plus haut encore et choisit cette fois comme partenaire l’Allemand Jonas Deichmann. Le cycliste qui a parcouru les Amériques et l'Eurasie en un temps record. Celui-là même qui lui a arraché son titre de recordman du monde de cyclisme sur toute l'Amérique du Sud en moins de 50 jours.
Nul doute que les deux athlètes vont viser à réaliser un temps record sur cette itinéraire inexploré qui devrait compléter le segment déjà couvert l’année dernière.
Au-delà de l’exploit, que recherche Axel Carion ? « Trouver un prétexte pour partir », confie celui qui a tout vendu, et ne possède plus que (quelques) vélos, stockés à Nice. « En fait, poursuit-il, il s’agit de justifier ce départ via un défi socialement acceptable. La prise de risque est inconnue. Les facteurs, assemblés, sont dingues. Mais c’est là que je m’éclate le plus. ‘Etre dans la merde’, comme dit Mike Horn. Moi, je me sens bien quand la situation est difficile. C’est quelque chose que j’ai découvert pendant mon premier périple en Amérique latine. Et quand je suis dans le jus, je l’applique dans ma vie quotidienne. Ça permet de relativiser beaucoup de choses ! ».
A quelques heures du départ, revue de détails avec Alex
Comment je me suis préparé ?
"En 2018, j’étais en forme. En 2019 : je suis encore plus en forme. J’ai fait 250 heures de cyclisme. J’ai le foncier. Mais il faut préparer le mental. Pour moi, cela consiste à me plonger dans les cartes, regarder les itinéraires, le nom des villages, des cols. Je m’en nourris. Je cherche des témoignages, visionne des films, recherche des photos. Après tant d’heures sur les blogs, les forums, tu ne pars jamais seul dans ta tête. Et une fois la décision prise, le reste suit. En tête, j’ai aussi les lectures de Sylvain Tesson et d’Alexandre Poussin. « Marche avant », « On a roulé sur la terre ». Mais aussi « Latitude zéro » de Mike Horn. Pas de livre ni de tablette dans mes sacoches en revanche, question de poids. Mais dans mon téléphone une série de citations, des témoignages de voyageurs. C’est ma play list, à moi. »
Comment je me suis équipé ?
« Sur place, très peu de points de ravitaillements ou de logements. Alors en chemin, on va stocker tout ce qu’on pourra trouver, riz, pâtes, pour compléter les lyophilisés. Au total, je transporte 30 kg, vélo compris."
Avec quel vélo ?
"Cette fois, j’ai choisi un gravel de 8 kg. Un Open Wi De. Un gravel extrême avec des pneus de VTT - jusqu’à 60 cm de section pour passer les tronçons de piste les plus défoncés du parcours - et l’esthétique d’un vélo de course, mis au point en trois mois par un ami qui fournit l’équipe de France de VTT. La machine ultime, avec ça, je vais aller faire la guerre !"
Envie d’en savoir plus ?
"Voici quelques spécificités uniques du bike que j’ai construit.
- Transmission (changement de vitesse) entièrement hydraulique (fonctionnant avec un liquide), une innovation d’une entreprise espagnole ROTOR qui promet une fiabilité accrue et un entretien limité.
- Capteur de puissance dans chaque manivelle du pédalier. ROTOR le fabricant pourra récupérer les données de puissance et analyser l’évolution (la chute) de la puissance en fonction de l’altitude où je vais aller pédaler.
- Un développement de « char » avec un plateau avant de 36 dents et des pignons arrière s’étageant de 11 à 52 (à titre d’infos le 52 est normalement le plateau avant qu’utilisent les coureurs pros du tour de France). En langage courant, ça veut dire que je peux grimper aux arbres en forçant le moins possible !
- Freins hydrauliques Magura, pionnier espagnol du freinage hydraulique.
- Cintre « gravel » légèrement évasé permettant d’être très agressif dans les descentes.




Quels sont les risques ?
- Souffrir du mal aigüe des montagnes. 90% du parcours est à plus de 4000. Pas moins de 15 cols à plus de 4500.
- Les chutes.
- L’intoxication alimentaire. Violent, mais tu peux quand même avancer si tu bois beaucoup. Et de l’eau on en trouve sur le parcours, truffé de mines d’or, d’argent, de cuivre et de fer.
- L’accident avec les camions ? Ça on peut anticiper. Mais il faut savoir que quand tu montes sur ton vélo, tu prends le risque de mourir, tous les jours. Le risque principal du vélo, c’est le vélo, pas la nature. Après des milliers de kilomètres sur les routes et les chemins, je n’ai jamais été attaqué par un condor, un puma, ou blessé par un orage. »
Mes recommandations après les galères de 2018
A faire : - S’entrainer en configuration d’expédition avant le grand départ avec le vélo équipé et chargé.
- Toujours tester son réchaud avant de partir pour éviter de te retrouver à changer le joint d’étanchéité à 4900 m d’altitude !
- Toujours emporter une patte de dérailleur de secours pour éviter de grimper à 5800 m d’altitude sans pouvoir changer tes vitesses avec une patte cassée (du vécu en Bolivie !).
- Se former aux bases de mécanique pour faire les petites réparations. Pas savoir réparer une chaîne ou un pneu tubeless et c’est des heures de perdu ou à pousser son vélo
- Utiliser du matos étanche (sacoches) pour éviter de bivouaquer dans un duvet trempé !
- Et à éviter :
- Changer un équipement majeur à la veille du départ (chaussures, cales automatiques, selle), des nouvelles chaussures. Une micro tendinite et c’est peut-être la fin …
- Oublier de dire à ta compagnie aérienne que tu voyages avec un vélo !
- Croire les locaux quand ils disent que c’est le dernier col ou qu’il y a de l’asphalte après (surtout en Amérique du Sud !).
- Croire que, partout dans le monde, les chiens sont des animaux de compagnie.
- Croire que tu ne tomberas jamais malade (prendre des médocs !)
Vous avez l'intention d'explorer la cordillère Blanche?
Allez visiter les sites Web suivants de Harriet et Niel Pike, deux cyclistes passionnés et auteurs de guides cyclistes :
- BlancaHuayhuash.com : pour acheter des guides imprimés pour explorer la Cordillère Blanche.
- Andesbybike.com : pour obtenir des informations précises sur la planification des itinéraires, l'hébergement et la préparation sur l'ensemble de la cordillère des Andes
Pour suivre l’expédition d'Axel et Jonas, c’est ici.
Enfin, deuxième rendez-vous à ne pas manquer, le 14 août : l’IncaDivide de Bikingman.
Le tour de la Cordillère blanche, au nord du Pérou. L’ultra cycliste la plus haute, la plus difficile aussi, elle se déroule entre 4000 m et 5000 m. « L’Everest du cyclisme », selon Axel Carion.
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