S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Mont Blanc Anneaux Olympiques
  • Société

La France a-t-elle les moyens de s’offrir les Jeux Olympiques de 2030 ?

  • 26 septembre 2024
  • 7 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

La France s’apprête à signer un chèque en blanc. Et ce, en pleine période de rigueur budgétaire. Car à l’heure où l’on parle d’effectuer des coupes dans le budget des hôpitaux publics ainsi que dans celui de d’éducation nationale notamment, le gouvernement et les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes vont devoir s’engager, le 1er octobre au plus tard, à éponger les futurs déficits des Jeux Olympiques d’hiver de 2030. C’est désormais l’unique condition pour que ces derniers aient lieu dans l’Hexagone. Mais à combien s’élève la contribution de l’État dans le budget de ces olympiades ? Cet événement va-t-il forcément être déficitaire ? Si oui, pourquoi ? Le point avec Valérie Paumier, présidente et fondatrice de « Résilience Montagne », association en faveur de la transformation de l’économie dans les milieux montagnards et les vallées. 

Concrètement, quelle est la contribution de l’État dans le budget des JO 2030 ? 

C’est complexe parce que le dossier a tellement été monté rapidement, en quelques mois seulement, que pour le moment, tous les chiffres sont donnés à la louche [le dossier de candidature annonçait 2 milliards d’euros, mais un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) publié fin juillet mise plutôt sur un budget global de 2,4 milliards d’euros, ndlr]. Les subventions publiques sont prévues à hauteur de 460 millions d’euros. [Elles pourraient atteindre entre 800 et 900 millions, selon l'IGF, ndlr].

Il n’y a pas eu de réelles études concernant le projet. Donc là, le budget est régulièrement revu à la hausse. C’est le cas pour la plupart des olympiades. On le voit avec Paris 2024 par exemple [les dépenses totales approcheraient les 11 milliards d’euros, contre moins de 4 milliards d’euros initialement, ndlr]. Alors que l’on avait eu beaucoup plus de temps pour construire le dossier. Quoiqu’il en soit, la dérive budgétaire est là. 

Nombreux sont celles et ceux qui partent du principe que l’événement va être déficitaire. Comment peuvent-ils l’affirmer ? 

Déjà, parce que des JO sont toujours structurellement déficitaires [le CIO estime quant à lui 4,1 milliards d’euros en matière de retombées économiques pour les JO 2030, ndlr]. Quand on parle d’Albertville par exemple, qui est montré comme le projet qui a tiré la Savoie vers le haut, on s’aperçoit d’abord que les investissements ont été faits au détriment d’autres choses. […] Au lendemain des Jeux, la taxe d’habitation avait augmenté de 40%. Mais quand on regarde sur le long terme, on peut dire qu’Albertville s’en tire bien maintenant. Oui, il a eu une retombée. Après plusieurs dizaines d’années du moins. 

Sauf que l’on ne peut pas appliquer ce qui s’est passé à Albertville à aujourd’hui. Parce que le modèle du ski est mort [ce que démontre le rapport de la Cour des Comptes, ndlr]. Comment va-t-on pouvoir rentabiliser ces Jeux, et donc attirer beaucoup de personnes en montagne (et est-ce qu’il faut le faire déjà ?), pour essayer de tirer un bilan positif de ces futures olympiades ? Sachant que l’on va vers moins de neige, et que plus d’investissements vont être nécessaires pour skier… On sait donc d’avance qu’il n’y aura pas de rentabilité des JO 2030 à plus ou moins long terme. C’est faux. 

Pour accueillir les JO d’hiver de 2030 en France, le gouvernement et les deux régions concernées vont devoir s’engager, le 1er octobre au plus tard, à éponger les futurs déficits de cet événement. Sauf qu’on ne les connaît pas encore… 

C’est nous qui allons payer ! Les Françaises et les Français. […] On annonce une rigueur budgétaire, avec des coupes financières, notamment dans les hôpitaux, et en même temps, on finance un projet de Jeux d’hiver alors que 93% des Français ne skient pas. Les garanties financières de l’État, c’est un chèque en blanc. Une dette pour la France. Et pas uniquement pour les territoires de montagne. J’ai peur qu’à l’avenir, certaines zones voient leur taxe locale augmenter pour payer un projet [les JO 2030, ndlr] que l’État ne peut plus assumer financièrement. Les Jeux, c’est une dépense, pas un investissement.

Et là, on ne parle que d’argent, mais il y a aussi une dépense sociétale, sociale et environnementale. Car où est le coût environnement dans ce chèque en blanc ? On ne le connaît pas. On ne l’a pas vraiment cherché. Et c’est ça qui est triste. […] Si l’idée, c’est de faire rayonner les Alpes dans le monde entier, pour faire croire qu’il y a de la neige en abondance et que les paysages sont blancs, alors c’est un message mensonger qui va condamner les territoires de montagne.

Pourquoi continuer d’organiser des JO malgré de tels coûts ? 

Quand le nouveau gouvernement a été nommé, j’ai eu l’impression qu’il n’a été formé que pour pousser les JO 2030. On a Michel Barnier, le pape des JO de 1992 [ex-président du comité d’organisation des Jeux olympiques d’hiver d’Albertville, ndlr], le meilleur ami des lobbyistes de la montagne. A son cabinet, on a Michel Cadot, le délégué interministériel des JO de Paris, la première personne que Barnier a nommé à son cabinet. Ensuite, on a Antoine Armand qui connaît parfaitement le sujet puisqu’il a, dans sa circonscription, le Grand Bornand et la Clusaz, deux futurs sites olympiques. […] Puis, on a Marina Ferrari, qui est à l’économie et au tourisme. Bref, on n’a jamais eu autant de ministres, d’attachés et de délégués qui connaissent la situation en montagne. Et on sait tous qu’en montagne aujourd’hui, ce qui tire le modèle du ski, c’est le BTP et l’immobilier. 

À savoir qu’un rapport de l’Inspection générale des finances, datant de juillet 2024 précise que l’on n’a pas les moyens de payer les JO. […] Mais on y va quand-même parce que derrière il y a un modèle économique. En France, on dit toujours : « Lorsque le BTP va bien, tout va bien ». Et aujourd’hui, c’est le BTP et l’immobilier qui vont tirer parti de ces JO. Alors oui, il y aura des retombées économiques pour ces entreprises très sectorielles. Mais en ce qui concerne le reste, non, ce n’est pas vrai. […] On conforte à coup d’argent public un modèle qui est mort. Rien ne remplacera l’économie du ski. Rien. On peut parler tourisme quatre saisons, VTT, tout ce que l’on veut, mais c’est un leurre. Donc on pousse un peu plus loin le modèle parce qu’il fait vivre des gens. Et on fait croire que l’on va le pérenniser grâce à de l’argent public. 

C’est exactement ce qu’avait dit Laurent Wauquiez en octobre 2021 quand il est arrivé pour son plan montagne durable au Grand Bornand : « Ce plan est un plan pour le ski, pour la neige, pour le tourisme d’hiver. Et tant que je serai président de notre région, ça ne sera jamais un gros mot, le ski est une fierté. La neige est une fierté ». Mais on sait que c’est faux. Parce que la neige ne va plus tomber – et que malheureusement, il fera tellement chaud que l’on ne pourra plus la fabriquer. C’est factuel. Mais aujourd’hui, on se dit : « Quitte à ne plus parler d’un modèle économique viable, autant le pousser jusqu’au bout ». Et là, c’est ce qu’ils font. On est face aux derniers soubresauts d’une économie qui va s’arrêter. On injecte de l’argent. Et advienne que pourra. 

J’étais en conférence avec monsieur Liberman, le conseiller sport de Muselier à Sciences Po Aix-en-Provence. Il a dit : « Si ce doit être les derniers JO d’hiver, alors autant que ce soit nous qui les ayons ». Cyniquement, il sait que ça va s’arrêter. Mais par fierté nationale, il faudrait que les derniers soient en France. Quitte à condamner la filière. Quitte à ne pas parler transition. […] Ces milliards [dédiés au JO 2030, ndlr] ne devraient servir qu’à l’adaptation des territoires de montagne. 

Dans tout cela, quid de la valeur symbolique autour des Jeux, et de la fameuse ferveur olympique ? 

Il n’est surtout pas question de s’attaquer aux valeurs de l’olympisme. On les connaît, on sait quel bien être ça procure. […] Oui le sport est porteur. Oui l’olympisme est magnifique. Dans un monde idéal du moins. Sauf que l’on n’en est plus là. Mais attention, l’idée, ce n’est pas de dire « on arrête le sport ». On veut plutôt inviter à repenser un nouveau modèle de l’olympisme. Car au regard des nombreux milliards qui vont être dépensés, on pourrait faire de belles choses pour que tout le monde fasse du sport. Ailleurs que dans des villes et des villages favorisés. […] La question n’est peut-être pas de revoir les JO, mais les grands événements dans leur globalité.

Je me dis que s’il ne devait en rester qu’un, un grand événement, ce serait peut-être les JO qu’il faudrait garder. Parce que c’est planétaire. Parce qu’ils véhiculent des valeurs de paix. On pourrait par exemple en limiter la taille, pour que l’on ait besoin de moins d’infrastructures. Ou limiter le nombre de spectateurs afin de réduire les déplacements internationaux. Ou encore encourager les personnes à venir de manière décarbonnée, en train par exemple. Avec 11 milliards comme il y a eu à Paris, on peut en faire des projets. […] Est-ce que ce n’est pas le moment de se dire « on fait autrement » ? De vraiment réfléchir à organiser des JO sobres et durables. […] Le vrai sujet dans tout ça, c’est la démocratie. Il aurait dû y avoir un referendum national. On aurait eu un vrai débat, construit, avec toutes les parties sur ce projet. Loin du brouhaha et des tacles dans la presse. Un débat construit, avec un vrai argumentaire. Et ça aurait été super. Parce que l’on aurait tous eu le même niveau d’information. Au même moment. […] 

Ces JO vont probablement avoir lieu en 2030. Et bonne nouvelle si c’est le cas. Car cela voudra dire qu’aucune vallée n’aura subi de crue torrentielle comme on a vu La Bérarde. Qu’aucune route n’aura été massacrée par des éboulements massifs, comme il y en a partout. Que tous les fonds de vallée seront encore accessibles. Que les infrastructures qui ont été construites seront toujours debout et n’auront pas été emportées par des éboulements. Et que les nouvelles routes sont toujours accessibles. Car finalement, cela voudra dire que l’on est en capacité de vivre ces JO 2030, qu’il n’y aura pas eu de catastrophe majeure. Et même si ce sera horrible environnementalement et budgétairement, j’essaie de me conforter avec cela parce que les nouvelles ne sont pas très réjouissantes ces derniers temps...  

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Elus JO 2030
Marina Abello Buyle

JO 2030 : 41 engagements environnementaux, entre petits gestes et zones d’ombre

Retour du drapeau olympique à Albertville.
La rédaction

JO 2030 : circulez, il n’y a rien à discuter !

William Bon-Mardion
Marina Abello Buyle

Il est où l’alpinisme ? Avec les Jeux Olympiques, « le ski-alpinisme, c’est devenu du ski fitness ! »

Des militants de Greenpeace manifestent à Milan contre des JO sponsorisés par ENI
La rédaction

« Ennemis de l’Italie » : manifester contre les JO va-t-il devenir un crime ?

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications