Leur action a fait barrière à des projets industriels polluants - usines à charbon, extraction pétrolière - ils se sont battus contre l’implantation de cultures OGM ou pour l’interdiction des sacs en plastique à usage unique. Du Mexique au Ghana, en passant par la France, focus sur le parcours de ces six femmes et hommes, lauréats du prix Goldman 2020, considéré comme le «Nobel de l’environnement ». Une lueur d’espoir, à l’heure où en France les propositions de la Convention citoyenne sur le climat sont réduites à peau de chagrin.
Plier face aux géants industriels polluants ? Pas question pour les six lauréats 2020 du prix Goldman, récompensés le 30 novembre par "la plus importante récompense au monde dédiée aux militants engagés pour la protection de l'environnement et de la planète". Répartis entre l’Asie, l’Europe, l’Afrique, l’Amérique du Nord et du Sud, ils sont six cette année. Parmi eux, la Française Lucie Pinson, qui a incité les grandes banques à ne plus investir dans le charbon. En cette Journée mondiale du climat, Outside a souhaité mettre en lumière le combat de ces femmes et ces hommes, preuves vivantes qu'il n'y pas forcément de fatalisme climatique.
Europe : Lucie Pinson, militante anticharbon auprès des banques

Sa fonction : Directrice générale de l’ONG « Reclaim Finance »
Son parcours : Originaire de Nantes, Lucie Pinson est diplômée d’histoire et de sciences politiques de l’université d’Angers et de Rhodes, en Afrique du Sud, où elle a passé deux ans, avant d'obtenir un double master en sciences politiques de l’université de la Sorbonne à Paris. Entre 2013 et 2017, elle est chargée de « campagne finance » pour "Les Amis de la Terre" et s'intéresse à la question des financements climaticides des banques.
Son projet : Depuis sa participation à cette campagne, Lucie Pinson fait pression auprès des plus grandes banques françaises telles que le Crédit Agricole, BNP Paribas ou encore la Société Générale, connues pour leurs investissements dans le secteur des énergies fossiles. À 35 ans, elle obtient de seize groupes financiers de s’engager à sortir du charbon et de ne plus accepter de soutenir de nouveaux projets d’exploitation de ressources fossiles.
Asie : Un « parc de paix » au Myanmar grâce à Paul Sein Twa

Sa fonction : Co-fondateur de l’ONG « Karen Environmental and Social Action Network » (KESAN)
Son parcours : Paul Sein Twa a grandi dans le bassin de la rivière Salween, entre la Thaïlande et le Myanmar - un lieu de conflit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il est issu du peuple indigène Karen, une communauté qui a passé des décennies à fuir entre les deux pays pour échapper à la répression de l’armée birmane. Paul Sein Twa a longtemps éduqué des enfants réfugiés, avant d’entreprendre des études de développement social en Thaïlande et de suivre une formation d’enseignement à l’éducation environnementale. En 2001, il co-fonde l’ONG « Karen Environmental and Social Action Network ».
Son projet : La création du KESAN a permis à l'ONG de collaborer avec des dirigeants locaux et les représentants de quelque 348 villages pour élaborer le « parc de paix Salween », inauguré en 2018. L'objectif : préserver le territoire Karen d’une part des opérations de force politiques, mais aussi des « projets d’exploitation forestière et de centrales hydroélectriques », rapporte le magazine du Sierra Club, l'une des plus anciennes associations de défense de l'environnement. Paul Sein Twa continue d’encourager la collaboration entre « les études scientifiques et le savoir indigène pour faire progresser la connaissance de la biodiversité du bassin », notamment en valorisant le travail de cartographie du territoire.
Amérique du Nord : Interdire les sacs plastiques à usage unique aux Bahamas, la double victoire de Kristal Ambrose

Sa fonction : Biologiste
Son parcours : Il y a 10 ans, cette habitante des Bahamas prend conscience du danger que représente le plastique dans les océans lors d’une opération sauvetage d’une tortue, asphyxiée par ce matériau. Deux ans plus tard, Kristal Ambrose participe à une expédition marine pour étudier le Pacifique, durant laquelle la jeune femme traverse une vaste masse de déchets sur l’eau, plus connue sous le nom de « Western Garbage Patch ». Elle s’attèle ensuite à un travail de sensibilisation, notamment auprès de la communauté noire, à Nassau - un défi pour « une jeune femme noire issue de la classe ouvrière », confie-t-elle dans The Guardian. « Ces dernières années, les campagnes pour la justice environnementale vont de plus en plus de pair avec la lutte pour l'égalité économique et raciale », précise le journal britannique.
Son projet : Kristal Ambrose a créé un programme d’éducation environnementale pour les enfants de la région, constitué de musique, de danse et d'activités artistiques. Pour les adolescents, elle a organisé un « défilé de mode » en utilisant le recyclage. Enfin, elle a participé à la rédaction de la loi interdisant l'utilisation des sacs plastiques à usage unique aux Bahamas, entrée en vigueur cette année. « Elle étudie actuellement les déchets marins en Suède et a l'intention d'utiliser les résultats de ses recherches pour renforcer les organisations et la sensibilisation aux Bahamas », ajoute The Guardian.
Afrique : Chibeze Ezekiel, activiste anticharbon au Ghana

Sa fonction : Coordinateur de l’ONG « 350 Ghana Reducing our Carbon » (350G-ROC)
Son parcours : En 2013, le Ghana dévoile un projet de construction d’une centrale à charbon, en partenariat avec la Chine. La même année, Chibeze Ezekiel participe à la création de « 350 Ghana Reducing our Carbon » - la version ghanéenne du vaste mouvement « 350.org », qui oeuvre pour l’abandon des combustibles fossiles et soutient l’énergie renouvelable à travers le monde. L’ONG se donne pour mission de sensibiliser les habitants de la Région occidentale, au sud du pays, sur le danger que représenterait la construction de cette usine.
Son projet : 350 G-ROC multiplie ses campagnes de sensibilisation qui prennent notamment de l’ampleur sur les réseaux sociaux et via les médias. En janvier 2016, le Ghana lance une consultation publique pour connaître l’opinion des citoyens sur la construction de la centrale. En octobre 2016, le projet est abandonné par le gouvernement ghanéen. En parallèle, Chibeze Ezekiel régit la « Strategic Youth Network for Development » (SYND), une organisation qu’il a créée en 2008. Elle a pour but de donner la parole et de la visibilité aux jeunes Ghanéens investis dans les questions environnementales et climatiques du pays.
Amérique du Nord : Leydey Pech, le bouclier face à Monsanto au Mexique

Sa fonction : Apicultrice
Son parcours : Leydey Pech, 55 ans, surnommée « la gardienne des abeilles », fait partie d’un groupe de femmes apicultrices sur la péninsule du Yucatán, dans le sud du Mexique. Un territoire « fortement touché par la déforestation et la pollution dues à l’agriculture industrielle, particulièrement nocive pour les écosystèmes dont dépend la survie des abeilles », rapporte la BBC Mundo. Leydey Pech se consacre notamment à la préservation de l’abeille « melipona beecheii », une espèce traditionnellement domestiquée par les Mayas depuis des centaines d’années.
Son projet : Leydey Pech a engagé un procès contre Monsanto, géant des produits phytosanitaires et des OGM. En 2015, après 10 ans de lutte à Hopelchén, sur la péninsule du Yucatán, la Cour suprême mexicaine a exigé que le gouvernement devrait désormais mener des « consultations préalables auprès des communautés indigènes avant de planter des semences génétiquement modifiées », indique la BBC Mundo. En 2017, le gouvernement a également révoqué le droit de Monsanto de répandre ses produits dans sept États, dont le Campeche et le Yucatán ; grâce à un rapport des Nations Unies et d’une étude universitaire mexicaine, démontrant des traces de glyphosate dans l’eau destinée à l’irrigation, et une contamination du miel par du pollen de soja modifié génétiquement.
Amérique du Sud : Nemonte Nenquimo, l’obstacle à l’extraction pétrolière en Équateur

Sa fonction : Cheffe autochtone Waorani
Son parcours : À 23 ans, Nemonte Nequimo devient cheffe des Woarani, l’une des treize nationalités indigènes reconnues de l’Équateur, établie dans la partie amazonienne du pays. Elle est à la tête de 400 femmes pour défendre leur territoire, fabriquer des objets artisanaux et protéger leur langue (Wao, ou Wao Terero). « J’ai beaucoup appris de mon grand-père et de ses histoires qu’il me racontait quand j’avais 5 ans. Il était un défenseur de notre territoire. Il l’a protégé. Il ne laissait pas entrer les envahisseurs, mêmes s’ils étaient d’un autre groupe indigène, il les tuait avec sa lance. J'ai aussi beaucoup appris de mon père. Il est né dans la jungle et ça ne fait que 50 ans qu’il est entré en contact avec le reste du monde. Tout cela m'a fait comprendre que je devais poursuivre cet héritage, défendre notre peuple pour nos enfants, pour leur avenir », a-t-elle confiée à la BBC Mundo.
Son projet : Grâce à son statut, Nemonte Nequimo est allée à la rencontre des autres villages et groupes ethniques, afin de se regrouper et lutter contre les compagnies pétrolières, véritable menace en Amazonie. Suite à sa campagne, la Cour constitutionnelle équatorienne a interdit l’extraction de pétrole sur 500 000 hectares de forêt amazonienne - un combat qui lui a valu, à 34 ans, une place dans le classement des 100 personnes les plus influentes du monde, selon le Time magazine.
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