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Piste de bobsleigh de La Plagne
  • Société

JO 2030 : à la veille de la visite du CIO dans les Alpes, notre enquête sur l’état des installations actuelles

  • 17 avril 2024
  • 15 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

C’est l’un des derniers grands rendez-vous avant l’officialisation (ou non), de la tenue des Jeux Olympiques dans les Alpes françaises. Choisie en novembre dernier dans le processus de dialogue ciblé avec le CIO pour les JO d’hiver de 2030, la candidature française va recevoir les membres de l’instance olympique toute la semaine prochaine, du 22 au 26 avril pour une visite sur les futurs sites, de la Haute-Savoie à Nice en passant par la Savoie et les Hautes-Alpes. L’occasion de se pencher sur l’état des « 95% d’infrastructures existantes », tel que l’affirmait récemment Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Mais respectent-elles les normes olympiques en vigueur ? Renverront-elles l’image « neige et chalet » tant désirée par Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur porteur du projet avec lui ? Afin d’y voir plus clair sur une candidature dont le dossier reste très maigre à ce jour, nous avons fait le point sur l’état actuel des installations pressenties comme sites des futurs Jeux Olympiques alpins.

Plus aucun obstacle ne semble empêcher la tenue des Jeux Olympiques d’hiver dans les Alpes françaises en 2030. Le fruit d’un projet commun porté par les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, Laurent Wauquiez et Renaud Muselier en tête... mais sans aucune consultation citoyenne digne de ce nom ! Aucun site d’accueil dominant n’a pour le moment été identifié, contrairement aux JO de Chamonix (1924), ceux de Grenoble (1968) ou encore d’Albertville (1992).

Ces prochaines olympiades seront étalées dans toute une chaîne de montagnes. Avec un panachage de sites hôtes potentiels allant du Grand-Bornand en Haute-Savoie jusqu’à Nice dans les Alpes-Maritimes. Mais si l’officialisation est attendue courant 2024, cet événement crée déjà la polémique. 

Car à l’image des Jeux parisiens organisés cet été, le projet alpin prévu pour 2030 est bien loin de faire l’unanimité. Depuis des mois, citoyens, militants et ONG dénoncent une candidature aberrante, tant pour son coût financier qu’environnemental et social. Et ce, sans avoir fait l'objet d'une consultation populaire. Est-ce que ces sites auront, comme l’a affirmé Laurent Wauquiez, de la neige en 2030 ? Quelles sont les installations sportives à prévoir ? Sont-elles aux normes ? Répondre à ces questions n'est pas facile. Et ce, malgré trois mois d'enquête auprès du CIO, des fédérations et des stations concernées. Notamment parce qu'on ne connaît pas encore les normes olympiques pour 2030. Des zones d'ombres qui ne semblent pas entacher la candidature des Alpes françaises pour les Jeux d'hiver 2030. Ni beaucoup refroidir le CIO, trop heureux sans doute d'avoir enfin trouvé un pays voulant bien accueillir ses jeux d'hiver. Les candidats ne se bousculant plus au portillon, loin de là.

Quels sites pour les Jeux Olympiques d’hiver 2030 ?

Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes avait affirmé lors d’une conférence de presse que « l’essentiel de la candidature [des Alpes en 2030, ndlr] s’appuyait sur un héritage ». Principalement celui des JO d’hiver d’Albertville de 1992. Ainsi, « 95 % des infrastructures » utilisées pour les JO de 2030 seraient déjà existantes. Les « seuls » travaux (pour les bâtiments sportifs) ? La construction de deux patinoires, à Nice.

Ces Jeux ne devraient donc, sur le papier, pas coûter cher car il n'y aurait rien à construire. Le meilleur moyen d'être « durables », « sobres » et « respectueux de l’environnement » comme l'a présenté le Comité international olympique (CIO). Sauf que la réalité est plus complexe.

Carte des pôle JO 2030
(CNOSF)

Comme on peut le voir sur la carte ci-dessus, publiée par le CNOSF (Comité national olympique sportif français), quatre grands « pôles » régionaux regroupant plusieurs sites ont été privilégiés : 

• Le pôle « Haute-Savoie » avec le biathlon et le ski de fond
• Le pôle « Savoie » avec la piste de bobsleigh, le ski alpin et le saut 
• Le pôle « Briançonnais » avec le snowboard et les épreuves freestyle
• Le pôle « Nice Côte d’Azur » pour les sports en patinoire et les épreuves de cross dans la station d’Isola 2000

Notons toutefois que l’intégration ou non de ces sites officielles aux Jeux Olympiques de 2030 est toujours en discussion.

Comment ont survécu les équipements des Jeux d’Albertville ?

17 octobre 1986. Albertville, en Savoie, est désignée ville hôte des JO d’hiver 1992. Très vite, les chantiers colossaux démarrent : les infrastructures sportives, l’autoroute, etc. Si bien que ces olympiades sont surnommées « les Jeux de l’aménagement ». De nombreux travaux sont entrepris dans les stations accueillant les Jeux et dans les vallées les reliant. L’idée ? Accueillir un événement d’ampleur sans pareille. Mais aussi rendre ces villages de montagne, encore très enclavés, plus accessibles.

Douze des treize sites des JO 1992 sont toujours utilisés pour des sports de glace aujourd’hui. Ce qui n’est pas toujours le cas à l’issue des olympiades. Reste que pour les collectivités, faire fonctionner ces infrastructures pèse parfois lourd dans les finances locales.


Le pôle « Haute-Savoie »


Biathlon : au Grand-Bornand, un recours inévitable à la neige de culture ? 

Au Grand-Bornand a lieu chaque année une manche de la Coupe du monde de biathlon, très appréciée des athlètes. Un choix somme toute logique. Le site est actuellement le seul en France à disposer de la licence A (décernée par la fédération internationale de biathlon), et à répondre à toutes les normes internationales. A savoir, un pas de tir de trente cibles, un anneau de pénalité, des pistes de ski de fond ouvertes et compactes, une zone de départ et d’arrivée ainsi que des zones aménagées pour l’accueil du public. « De plus, au-delà de ses caractéristiques techniques, le stade Sylvie Becaert est unique sur le circuit mondial » précise la station sur son site internet. « De par sa proximité du village qui en fait une sorte de ‘circuit de Monaco’ du biathlon ». 50 millions d’euros vont d'ailleurs être investis en travaux pour accueillir les mondiaux de biathlon en 2028, dont devrait profiter l’épreuve des JO de 2030.

Mais difficile de ne pas se remémorer la polémique soulevée en 2022. À une semaine du lancement de la Coupe du monde, il n’y avait qu’une très fine couche de neige au sol. Il avait alors fallu la chercher plus haut. La moitié de la neige utilisée pour le stade avait été acheminée depuis le Chinaillon, à 1400 m d’altitude grâce à des camions bennes, fonctionnant au diesel. Une pratique que des associations de préservation de l’environnement avaient dénoncé dans un communiqué commun, remettant en cause la pertinence d’organiser un tel évènement lorsque les conditions climatiques ne le permettent pas.

Pour couvrir les pistes de la compétition, 24 000 m3 de neiges avaient été nécessaires. La moitié, 12 000 m3, avaient été amenée par camions depuis la réserve du Chinaillon. Douze véhicules sur trois jours avaient été utilisés pour l’acheminement. Les 12 000 m3 autres étaient issus d’une réserve située au sein du stade, selon Yannick Aujouannet, coordinateur de l’évènement. Il nous expliquait alors qu’en l’état, la quantité de neige était suffisante pour les besoins de la compétition, mais n’excluait pas l’usage de canon à neige pour autant, notamment pour les zones spectateurs, « pour que ce soit plus facile de se mouvoir », avait-il dit. A moins que cela soit plus photogénique pour cet événement très médiatisé ? Résultat : une piste verte, damée, dans un décor parfaitement verdoyant. Un décor qui rappelait celui des Jeux très décriés de Sotchi (2014) et de Pékin (2022), organisés loin de toute station de ski et totalement artificiels.

Les Jeux Olympiques 2030 renverront-ils l’image « neige et chalet » comme s’est récemment réjoui Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ? On peut en douter.

Ski de fond : à La Clusaz, le site des Confins interroge

Le ski de fond se retrouverait sur un site bien connu des spécialistes : celui des Confins de La Clusaz. Organisatrice d’une coupe du monde en 1987, 2004, 2006, 2008, 2010, 2013 et 2016, la station pourrait donc recevoir à nouveau les meilleurs fondeurs de la planète. « J’ai couru des Coupes du monde à La Clusaz » contraste Stéphane Passeron, ex skieur de fond professionnel, porte-parole du collectif No JO. « Je connais bien le site où ils prévoient de faire le ski de fond. Ce n’est pas du tout adapté à des Jeux Olympiques. À des Coupes du monde peut-être, et encore quand il n’y a pas trop de spectateurs. […] Et puis surtout les saisons ont changé. Que ce soit à La Clusaz, au Grand-Bornand, se pose la question de l’enneigement pour les stations qui se situent en moyenne montagne. On a quand-même un gros problème ». Reste à savoir si des aménagements seraient à prévoir à La Clusaz… et si son domaine nordique, situé à 1650 mètres d’altitude, sera enneigé le jour de l’événement. 

Des Jeux financés par les Jeux ? 

Dès 1988, Michel Barnier comme Jean-Claude Killy, coprésidents du comité d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d’Albertville 1992 affirmaient que « les Jeux paieraient les Jeux ». Mais c’était sans compter sur des évaluations de recettes parfois un peu optimistes et surtout sur les inévitables dérapages des dépenses. « L’enveloppe initiale est ainsi passée de 3,176 milliards de francs à près de 4 milliards… pour l’instant » écrivaient Les Echos quelques mois avant le début des olympiades de 92. En sera-t-il de même pour les Jeux 2030 ? Difficile à dire. 

Aujourd’hui, le budget prévisionnel de ces JO 2030 est de l’ordre d’1,5 milliard d’euros, en partie grâce aux infrastructures existantes. Ce qui est loin derrière les 8 milliards de dollars de Vancouver en 2010 ou les 50 milliards de dollars des JO 2014 de Sotchi. Deux olympiades dont le budget initial a généralement été multiplié par cinq. Ce qui inquiète les associations.

« On sait que le CIO contribue à un petit peu moins de 45% du budget des Jeux olympiques » expliquait récemment le président du CNOSF qui prônait le minimum de recours à l’argent public. « On a aussi aux alentours de 350 millions de billetterie, et on sait qu’il faut, en termes de partenariats privés, 500 à 600 millions, avec le merchandising et tout ce qui va avec. On pense que dans un pays comme le nôtre, c’est atteignable ». 


Le pôle « Savoie »


Slalom : feu vert pour Val d’Isère ?

Mecque du ski-alpin, la station de Val d’Isère, un temps exclue de l’organisation des Jeux Olympiques 2030, semble être revenue dans la course. Une évidence pour ce lieu qui organise depuis plusieurs années une étape de la Coupe du monde de slalom. Val d'Isère semble donc être aux normes. Car quand on y regarde de plus près, lors de Jeux Olympiques d’Hiver et de Championnats du Monde de Ski, une piste de slalom doit avoir une pente moyenne comprise entre 33 et 45%. Elle peut aussi être inférieure à 33%, mais ne peut pas dépasser 52% sur de très courtes sections.

Bobsleigh, skeleton, luge : le cas de la piste de bobsleigh la Plagne

La piste de bobsleigh de La Plagne, héritée des Jeux Olympiques d’Albertville (1992), est la seule en France qui permette d’accueillir le grand public. Avec ces 1507 mètres de long, ses 19 virages et 124 mètres de dénivelé, elle semble parfaitement en état pour accueillir des compétitions internationales, mais reste actuellement difficile à rentabiliser du fait de son coût de fonctionnement exorbitant. Véritable « outil d’attractivité pour la station », selon Bruno Thomas, directeur de l’équipement, elle fait chaque année l’objet de subventions publiques, à hauteur de 110 000€. Nous ne pouvons toutefois pas affirmer que cet équipement soit aux normes. Contactée par Outside, la direction ne nous a pas répondus.

Sa construction en versant sud, dans une pente instable et marécageuse s’est avérée difficile et a fait passer ses coûts de construction de 67 millions à 233 millions de francs. Fonctionnant initialement à l’ammoniaque, son stock de 45 tonnes de produit lui a valu un classement en tant qu’installation industrielle « à risque ». Un problème de fuite a failli compromettre la tenue des épreuves de la Coupe du monde en 2003. À la suite de cet incident industriel, des travaux ont été entrepris en 2007, d’un montant de 6 millions d’euros avec un remplacement de l’ammoniac par de l’eau glycolée. D’un coût d’entretien de 500 000 € par an, la piste de bobsleigh de La Plagne est réutilisée depuis 2011 pour des compétitions internationales. Ouverte à des pratiques ludiques pour compenser ses frais de fonctionnement et d’entretien, son exploitation reste néanmoins chaque année déficitaire.

Ski alpin, saut à ski : quid du tremplin de Courchevel ?

Tout comme Val d’Isère, la station de Courchevel est une habituée des événements internationaux de ski-alpin. L’interrogation porte davantage sur le tremplin destiné à accueillir le saut à ski, dont le coût d’entretien est par ailleurs estimé à 350 000€ par an (avec 100 000 € financés par le département de Savoie). Or cette structure est située à 1300 mètres. Une altitude à laquelle la neige se fait de plus en plus rare, à moins de recourir à de la neige artificielle. Nous ne pouvons toutefois pas affirmer que cet équipement soit aux normes. Contactée par Outside, la direction ne nous a pas répondus.


Le Pôle « Briançonnais »


Du côté du Briançonnais, Serre-Chevalier et de Montgenèvre vont respectivement accueillir les épreuves de ski et snowboard freestyle. Des stations habituées à organiser des événements internationaux (tels que les Jeux Olympiques de Turin, en 2006, ou plusieurs récemment les championnats du monde de ski-alpinisme en 2022). Interrogée par Outside, les gestionnaires nous ont affirmé que leurs sites répondaient « à toutes les exigences sportives et extra-sportives du cahier des charges olympiques de ces disciplines ». Tout en précisant que « Serre-Chevalier compte parmi les plus grandes stations françaises de sports d'hiver et est pressenti pour accueillir les épreuves hommes et femmes de ski de bosses, saut acrobatique, half-pipe en ski et snowboard. Le site se trouve à proximité immédiate de celui de Montgenèvre qui accueillerait d'autres disciplines de ski acrobatique et snowboard (slalom parallèle, slope style, big air, para cross, etc.), et d'un village olympique qui trouverait place à Briançon, sous-préfecture des Hautes-Alpes ».

Notons également que ces domaines, compris entre 1500 et 2800 mètres d’altitude, utilisent plus ou moins régulièrement de neige artificielle. Solution qui sera sans doute plus nécessaire que jamais en 2030, considérant l’évolution du niveau d’enneigement dans les Alpes du Sud.

Côté transports, une formidable opportunité, vraiment ?
 
« Pour les Hautes-Alpes, l’accueil de ces Jeux Olympiques en 2030 sont une incroyable source d’espoir et une chance de pouvoir mener à leur terme des projets structurants, attendus depuis des années » se réjouit un quotidien local. « Comment ne pas dresser le parallèle avec le cas d’Albertville, et de la Savoie, il y a plus de 30 ans, qui ont bénéficié de travaux colossaux de désenclavement routier, autoroutier et ferroviaire, de modernisation, d’embellissement. Un héritage, certes coûteux en entretien, mais très utilisé au quotidien. Et une notoriété dont les stations jouissent encore ».

Même discours du côté du maire de Briançon, Arnaud Murgia : « Notre ville et notre territoire vont changer de cap, jouer dans la cour des plus grands, et saisir cette opportunité pour se développer dans le bon sens ». L’élu attend des décisions et des progrès quant au désenclavement routier et ferroviaire. 

Enthousiasme que refroidit Stéphane Passeron, membre du collectif No JO : « Dans les Alpes du Sud, il est envisagé un doublement des voies routières entre la sortie de l’autoroute, au Sud de Gap, jusqu’à Briançon [environ 100 kilomètres, ndlr]. Ce n’est pas une autoroute. Mais une deux fois deux voies. Le président de région a annoncé ça, disant que cela faisait partie du projet 2030 des Jeux Olympiques. Des petits bouts comme ça, à droite et à gauche, il va y en avoir partout. Des problématiques telles que la A69, on va en avoir puissance 10. Car chaque station va avoir besoin d’un nouveau rond-point, d’une nouvelle rocade… Et tout va se justifier à travers cette candidature des JO ».

Autre point à noter : les lois d’exceptions. Adoptées le 26 mars 2018, elles visent à permettre au gouvernement d’accélérer la construction des infrastructures, pour l’organisation des Jeux Olympiques par exemple. Sans cela, des projets ne pourraient pas être achevés dans les délais impartis « si on suivait les procédures » habituelles. Un moyen de minimiser le nombre d’études d’impact environnemental. 


Le Pôle « Nice Côte-d’Azur » 


Curling, patinage artistique, short track, hockey : à Nice, les patinoires de la discorde

À Nice, une des villes qui se réchauffe le plus en France, les organisateurs des Jeux Olympiques 2030 envisagent de construire deux patinoires. Dont une de 13 000 spectateurs « Une catastrophe environnementale » selon Stéphane Passeron. À savoir qu’une patinoire consomme environ 60 000 kilowatts sur un mois, l’équivalent de la consommation de 200 frigos sur une année entière, sans parler de l’impact environnemental de sa construction. 

Mais pourquoi ne pas s’appuyer sur la patinoire des Jeux Olympiques d’Albertville, toujours utilisée aujourd’hui ? Cela permettrait d’éviter la construction de deux gros équipements et réduire le nombre de pôles olympiques (organiser une partie des JO à Nice serait alors évitable). 

« C’est un choix très politique » explique le collectif No JO. « C’est une candidature politique et non pas sportive. On a voulu faire plaisir à tout le monde donc on s’étale. On s’étale de Nice au lac Léman. Et encore, ils ne savent pas où ils vont faire l’anneau de patinage de vitesse [la France ne dispose pas de ce type de structure, ndlr] ». La première patinoire servira pour le tournoi le hockey masculin. Équipée de 12000 places, elle verra le jour près du stade Allianz Riviera. La seconde, d’une capacité de 6000 sièges, sortira de terre le long de la Plaine du Var. Elle sera utilisée pour le hockey féminin et le para-hockey. Ces bâtiments s’inscriraient, selon les organisateurs, dans la durée, puisque la seconde patinoire deviendrait l’antre des Aigles de Nice et des patineurs artistiques. La plus grande se transformera en « Palais des Sports modulable », susceptible d’accueillir les autres clubs de la ville.

Mais pour l’élue écologiste locale Juliette Chesnel-Le Roux, c’est un pas de plus vers la bétonisation de la ville. « On va avoir sept ans de travaux, d’énormes investissements dans la plaine du Var, qui est une plaine fertile et agricole, tout ça pour 15 jours d’événement », déplore-t-elle. « Des investissements qui vont aller à la préparation des JO et sûrement pas dans la construction de logements sociaux, dont la ville manque cruellement en revanche ». S’ajoute enfin le futur centre événementiel, construit d’ici à 2025 sur le quai Infernet, non loin du port. Il accueillera dans un premier temps la conférence des Nations unies pour l’océan, puis sera le centre de presse lors des Jeux olympiques. Des éléments de nature à agrandir l’envergure de l’événement. Ce qui n’est pas cohérent avec les objectifs affichés de la candidature.

Ski/snow cross : le point d’interrogation autour du cas d’Isola

C’est l’une des principales stations des Alpes-Maritimes. Mais le domaine Isola 2000 ne ferait peut-être finalement plus partie des plans pour les Jeux Olympiques d’hiver de 2030. Le skicross et le snowboardcross devaient s’y dérouler, comme le présentait la candidature des Alpes françaises entre les deux régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, la seule en lice désormais. A l’issue des premières discussions, le CIO souhaitant éviter la multiplication des sites pour accueillir les différentes épreuves, l’aurait écartée du projet. En cause ? Des considérations environnementales et une volonté de limiter les déplacements entre les sites. Située à 2610 mètres d’altitude, Isola 2000 a démontré sa capacité à organiser des compétitions internationales en snowboard, tels que certaines étapes de Coupe d’Europe. Mais malgré son altitude, la station est souvent en manque de neige.

Le point sur l’état des sites pressentis pour accueillir les JO d’hiver 2030

Dresser ce tableau n'a pas été tâche facile. Et ce, malgré trois mois d'enquête. Faute de pouvoir s'appuyer sur un dossier de candidature complet et précis, de disposer de réponses des stations concernées et de connaître les normes olympiques pour 2030. De nombreuses zones d'ombres persistent donc (d'où les points d'interrogation figurant dans le tableau ci-dessous). S'ajoute à cela l'incertitude liée à l'enneigement. En sachant que les récentes études sur le sujet, les stations du Sud (Isola 2000) et/ou inférieures à 2000 mètres d'altitude risquent de manquer de neige.

SITESAux normes ?Risque d'un enneigement insuffisant ?
PÔLE HAUTE-SAVOIE
Le Grand-Bornand?Oui
La Clusaz?Oui
PÔLE SAVOIE
Val d'IsèreTrès certainement
La PlagneTrès certainement
CourchevelTrès certainementOui
PÔLE BRIANCONNAIS
Serre-ChevalierOui
MontgenèvreOui
PÔLE NICE-CÔTE-D'AZUR
Isola 2000?Oui

Qu'en conclure ?

À ce stade de l’avancement du dossier de candidature de la France, de gros points d’interrogations persistent quant à la capacité d’accueil des installations actuelles, et non des moindres. Il y a d’abord un flou général autour des normes olympiques. Ce que nous précisé le CIO dans un communiqué : « Le dossier de candidature des Alpes françaises est en cours d'instruction par le Comité International d'Organisation, aussi vous comprendrez aisément que nous ne pouvons pas partager toutes les informations relatives aux sites dès à présent ».

Se pose également la question de la localisation des épreuves de ski-alpinisme, de l’intégration (ou non) de la station Isola 2000. Sans compter la question du site de patinage de vitesse. Les parties prenantes au projet auront toutefois jusqu’à la fin du printemps 2024 pour apporter les solutions appropriées. Soit quelques semaine seulement. C'est peu au regard de la tâche alors que le projet, s'il est effectivement validé, aura des conséquences à long terme sur une partie très importante du territoire français.

Quoiqu’il en soit, entre la mise aux normes des installations et la création d’infrastructures, ces Jeux vont sans doute coûter très cher à la collectivité. Il en va de même pour toutes les olympiades d’hiver, expliquait déjà Le Monde en 2018, bien conscient toutefois qu’obtenir l’information sur le coût des Jeux Olympiques d’hiver était une tâche complexe. « Plus complexe encore que celle relative à l’estimation de la facture des Jeux d’été » détaillait alors le quotidien. 

« Prenons l’exemple des Jeux de Vancouver en 2010. Selon certaines sources, les dépenses d’investissement auraient atteint 1,31 milliards de dollars (US) tandis que les dépenses opérationnelles se seraient élevées à 1,269 milliards de dollars. Selon d’autres sources, le coût total des Jeux aurait atteint 6 milliards de dollars, ou même 7,56 milliards… Comment expliquer une telle disparité ? Il y a tout d’abord un grand écart entre le décompte des seules dépenses d’organisation des épreuves (les dépenses opérationnelles) et un décompte qui intégre, en supplément, la construction des infrastructures (piste de bobsleigh, tremplin de saut à ski, patinoire, …). Il y a en outre une possible prise en compte du coût d’infrastructures routières, ferroviaires ou aéroportuaires ».

Huit ans plus tard, pour les Jeux de 2018, en Corée du Sud, la facture finale était évaluée à 12,9 milliards de dollars, bien plus que le budget prévisionnel annoncé en 2011, soit 7 à 8 milliards de dollars… « Le théorème du doublement de la facture des J.O. est, cette fois encore, vérifié. » concluait Le Monde. 

Au regard des nombreuses incertitudes pesant sur l’état de nos infrastructures actuelles, il y a fort à parier que la facture finale sera donc lourde. Sur le plan financier. Mais aussi sur le plan environnemental.

"95% des structures existantes", vraiment ? Ce qu'il faut retenir en 6 points clés

  • Aucune preuve ne nous permet d'affirmer que certaines infrastructures sont aux normes - exception faite de Serre-Chevalier ou de Montgenèvre
  • Actuellement, les seules infrastructures sportives à construire seraient les patinoires de Nice...
  • ... mais quid de l'anneau de patinage de vitesse ?
  • Les éventuelles remises aux normes olympiques ne sont pas prises en compte dans le budget annoncé
  • La question des villages olympiques et des lieux d'accueil des cérémonies d'ouverture/de cloture n'est pas encore évoquée, ni chiffrée
  • Des investissements en matière de transport routier seront de toute évidence indispensables. Ce qui éloigne d'événement de la promesse de l'utilisation de « 95% des infrastructures » déjà existantes

Le calendrier de la candidature des Jeux Olympiques d’hiver 2030

22-26 avril 2024 : visite des sites par la commission du futur hôte puis rédaction du rapport définitif
12-14 juin 2024 : remise des conclusions de la commission du futur hôte et recommandation pour approbation à la commission exécutive du CIO du choix pour l’organisation des Jeux d’hiver 2030 et 2034
22-24 juillet 2024 : vote à Paris par la 142e session du CIO sur le choix de l’organisateur des JO d’hiver 2030 et 2034 sur proposition de la commission exécutive

Article initialement publié le 22 mars 2024, mis à jour le 17 avril

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