« Tout schuss vers la cata économique et écologique », « Ski alpin ou ski nautique ? » ou encore « Les JO écolos c’est du pipeau » pouvait-on lire ce samedi sur les banderoles des manifestants mobilisés dans les Alpes (Chambéry, Grenoble...) contre la candidature de la France aux Jeux Olympiques d’hiver 2030, la seule retenue par le CIO, le 29 novembre dernier. Une autre réclamait : « JO 2030 : Référendum ! ». Car ce projet, porté par Laurent Wauquiez et Renaud Muselier, présidents des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, n’a pas été soumis à l'avis de la population. Certains sondages récents affirment pourtant une opposition populaire de plus de 60%... Dès lors la seule question qui vaut aujourd'hui est : à quand un référendum sur cette candidature d'un autre temps ?
Tenues de ski hautes en couleurs, perruques et nez rouges, courses de ski et de bobsleigh sur goudron ou encore remises de « médailles » au président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, à son homologue de Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, et au président du Comité national olympique sportif français, David Lappartient, pour leur « autoritarisme », leur « malhonnêteté » et leur « corruption »… C’est dans une ambiance de kermesse que près de 250 manifestants, militants d’associations telles qu’Extinction Rebellion, Attac, les Soulèvements de la Terre ou des simples citoyens ayant répondu à l’appel du collectif No JO, se sont rassemblés samedi à Chambéry, à Grenoble et dans les Hautes-Alpes pour protester contre la possible organisation des Jeux Olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises.
« Tous les ingrédients semblent réunis pour faire des Alpes des territoires pionniers des transitions. Plutôt que des Jeux d'hiver en 2030 qui nous entraîneraient sur la mauvaise pente, nous avons besoin de vraies dynamiques audacieuses et partagées » appelle Fiona Mille, présidente de Mountain Wilderness dans un communiqué. « Les citoyens.nes doivent être au centre des décisions concernant l’avenir des territoires de montagne » souligne l’association. « Les habitants des Alpes et les Français sont loin d’être unanimes sur le bien fondé de ces jeux. La transition des territoires ne peut se poursuivre sans leur implication et leurs connaissances des territoires. Une telle décision ne devrait-elle pas s’adosser à un référendum et des débats territoriaux ? »
« 72% de l’opinion régionale favorable » aux Jeux… vraiment ?
Car si les candidatures de la Suisse et la Suède auraient été soumises à des référendum/votations, ce qui a sérieusement refroidi le CIO à l'heure de trancher entre les trois prétendants. Rien de tel en France. Laurent Wauquiez et Renaud Muselier ont fait fi du soutien populaire. Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur se disait, au micro de RMC début décembre, « très content et très heureux » que la France soit la seule candidate retenue par le CIO, affirmant que « 72% de l’opinion régionale » était « favorable aux Jeux ». Des chiffres, basés sur un sondage Ifop, qu'il appartient de nuancer.
Car la question posée n'était pas : « Êtes-vous pour ou contre l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques dans les Alpes ? ». Mais plutôt : « Seriez-vous favorable ou pas favorable à l'organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver de 2030 respectueux de l'environnement de nos Alpes françaises, et compatibles avec les impératifs climatiques ? ». Ce qui biaise forcément les réponses. Qui, sur le principe n'y serait pas favorable ? Aussi, sans surprise, quelque 73% des sondés se disaient alors favorables (et pas 72% comme l’affirmait Renaud Muselier) à des Jeux « écologiques ».
« Nous, nous continuons de réclamer l’organisation d’un référendum avec des débats publics et une question claire", insistait fin octobre Stéphane Passeron, membre du collectif No JO. "Et là je suis sûr que nous gagnerons. Si la région est si sûre du soutien de la population, pourquoi ne pas l’organiser, ce référendum ? » Car si on regarde en détails les résultats, « ils sont seulement 29% à se dire ‘tout à fait favorable’ » a récemment relevé France Info. « Par ailleurs, dans cette même enquête d’opinion, 70% des sondés confient même qu’ils ne sont ‘pas intéressés’ par les compétitions de sports d’hiver ».
Autre point non négligeable : Renaud Muselier évoquait « l’opinion régionale ». Or dans les faits, ce sondage n’a interrogé que des habitants des Hautes-Alpes et des Alpes-Maritimes. Soit deux départements sur les six composant la région. « En tout, 806 personnes ont répondu à un questionnaire auto-administré, du 18 au 26 octobre 2023. Loin de représenter la population » souligne France Info.
Ces Jeux ? « Un désastre écologique » refusé par plus de 60% des sondés
D’autres sondages d’opinion ont depuis été lancés en parallèle sur web. Notamment par Le Figaro, le 30 novembre, qui demande clairement : « Souhaitez-vous que les Alpes françaises accueillent les Jeux olympiques d'hiver 2030 ? ». Au moment où nous publions cet article, près de 94 000 votants y ont participé (bien plus que les 806 personnes du sondage Ifop cité précédemment !). Résultat ? Non à 60,89% des voix.
Une écrasante majorité qui s’observe également dans le quotidien local Nice Matin. À la question « Êtes-vous favorable à l’organisation des JO d’hiver 2030 en région Sud-Paca ? », 63% des votants ont répondu « non », qualifiant cette candidature de « désastre écologique » et « d’idée saugrenue ».
Ces sondages sont tout de même critiqués pour leur valeur relative. Difficile en effet d’avoir un panel représentatif de la population concernée. Il en va de même pour celui lancé par l’Ifop sur lequel s'appuie le duo Wauquiez et Renaud Muselier. Mais ils sont révélateurs d'une tendance forte. Aussi la nécessité d'un véritable référendum s'impose-t-elle. Et pas seulement au niveau régional. Les six départements concernés par ce projet sont en première ligne, c'est évident, mais l'impact environnemental et financier affecterait nécessairement l'ensemble du pays.
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