Après dix ans de collaboration avec Asics, l’ultra-traileur triple vainqueur de l’UTMB, change de partenaire. L’occasion d’un nouveau départ avec son nouveau sponsor, plus en phase avec ses convictions, a-t-il expliqué à Outside.
Ensemble, ils ont grandi. En dix ans de collaboration, le Jurassien - soutenu par Asics depuis quasiment toute sa carrière dans le trail - s’est imposé comme l’un des meilleurs dans sa discipline, engrangeant, notamment, trois victoires de l’UTMB, le Graal de l’ultratrail, cependant qu’Asics décrochait la 2ème place sur le marché français de la chaussure de trail. Une collaboration fructueuse qui vient de prendre fin, comme l’a annoncé le 10 janvier sur Facebook l’équipementier japonais dans une vidéo rendant hommage à ce partenariat, video relayée sur la page de l'athlète. Pour Xavier Thévenard, 32 ans aujourd’hui, ses nouvelles orientations vont bien au-delà d’un changement de sponsor, comme il s’en est expliqué en exclusivité à Outside, dévoilant au passage les premières photos réalisées avec son nouveau partenaire.

Depuis quelques temps déjà, tu avais commencé à prendre quelque distance vis-à-vis d’Asics, pourquoi ?
En 2019, j’ai en effet quitté Fuji Spirit (l’ex Asics Team Trail, ndlr). J’avais envie d’un fonctionnement plus autonome et d’être acteur de mes choix. A 30 ans, on n’est plus l’homme qu’on était à 20 ans. On évolue, vient l’expérience. Je n’ai plus besoin de quelqu’un pour me diriger. Au sein d’Asics, certaines choses ne me correspondaient pas exactement, notamment dans l’organisation des courses, dans l’avant comme dans l’après. J’ai été amené à faire des choses que je ne voulais pas faire et qui ne me semblaient pas cohérentes. Parfois, on a besoin de se poser un peu plus. Au final, il s’agit peut-être d’un manque de communication en amont ? Bref, tout s’est accumulé …
Y a-t-il eu un élément déclencheur ?
C’est sûr que la crise sanitaire y est aussi pour quelque chose. Elle m’a conduit à reconsidérer les enjeux de demain. Tout cela a muri doucement en moi et se traduit notamment par mon engagement aux côtés de la Fondation de Kilian pour l'environnement (Jornet, ndlr).

Qu’as-tu retiré de ces dix ans de collaboration ?
C’est un chemin de vie. En intégrant Asics, j’ai fait de belles rencontres, très humaines. Ça m’a aussi ouvert des portes. Et quand ils m’ont proposé un contrat il y a dix ans, j’ai eu raison de leur dire oui. C’était un contrat pro, quand même ! J’ai eu la chance de pouvoir faire ce choix. Derrière, en dix ans, il y a de l’investissement, des jours plus durs que d’autres, des hauts et des bas, mais au final, j’en ai tiré plus d’avantages que d’inconvénients. Je quitte Asics dans de bonnes relations. On n'a jamais eu de mots plus hauts que d’autres, on se quitte dans l’esprit du trail. Plutôt un bon état d’esprit, "à la loyale".
Quel est le nouveau partenaire que as-tu choisi ?
On Running. Pas mal de marques se sont positionnées quand les rumeurs ont commencé à circuler comme quoi je pourrais ne pas renouveler mon contrat avec Asics. On Running m’a approché, j’ai été sensible à leurs arguments, en corrélation avec mes valeurs. Ils misent sur la durabilité, vise au 100% recyclable. Et puis, c’est une marque suisse, les échanges en sont plus simples, on est sur la même longueur d’ondes. Au final, tout a matché. Je les connaissais depuis 2014 (date de sortie de la On Cloud, best-seller de la marque, ndlr). L’un de mes meilleurs amis y travaille, j’avais de bons échos de l’intérieur. Et puis leurs produits ont de la gueule, c’est la qualité suisse. Tout ça m’a bien botté. Thomas (Thomas Michaud, chargé des collaborations avec ses partenaires, ndlr) et moi on s’est posés autour de la table avec les dirigeants de On, sans intermédiaire, en direct, une communication simple. Quand on travaille ainsi en transparence, c’est nickel ! Maintenant, je suis au courant de ce qui se passe, de ce qu’on peut faire, je suis acteur de ma prise de parole.

Quelles conditions as-tu négociées ?
Je suis assez libre dans le choix de mes courses. Je peux courir celles qui m’intéressent vraiment, des courses avec densité où je peux me comparer. Ça ne m’intéresse pas de faire « les courses à saucisson » ! Je veux me fixer trois objectifs par an, des ultras en Europe, dont l’UTMB, qui me fait encore envie aujourd’hui !
J’ai aussi réaffirmé mon engagement à ne plus prendre l’avion, sauf urgence familiale ou de santé par exemple, je me laisse cette option. Et ça, On Running l’a compris, ça ne pose aucun problème pour eux. En Europe, nous avons les plus belles courses du monde. Et la plus renommée (l’UTMB, ndlr) se trouve à deux heures de chez moi ! Forcément, ça exclut les US et l’Asie, et mon programme sera européen, et en auto ou train. En bannissant l’avion, je peux essayer de contribuer à faire quelque chose pour la planète, à ma manière …
De Asics, géant japonais de l’équipement sportif depuis les années 50, à On Running, jeune marque suisse lancée en 2010 qui a fait une percée fulgurante sur le marché, tu fais le grand saut côté produits …
Oui, et pour avoir testé déjà certains modèles de On Running cet automne, je peux dire qu’ils ont de l’avance. Deux, trois points restent à améliorer, on va y travailler, comme l’accroche par exemple sur la Cloud Flow, avec laquelle ça ne me déplairait vraiment pas de courir. Et si tu me donnes la Cloud Peak, pour un UTMB, j’y vais direct ! J’aime les chaussures qui ont de la sensation, plus légère, de 4 mm de drop max. C’est personnel, bien sûr, tout dépend de chacun.
Je n’ai encore jamais couru d’ultra en ON. Mais j’ai derrière mois de longues sorties de six à sept heures. Ça manque donc d’un peu de vécu, mais j’ai déjà pu constater que le mesh, bien que light, n’est pas détérioré.
Reste l’objectif environnemental ; travailler sur une chaussure 100% recyclable. C’est un objectif qui me tient cœur, et sur lequel j’aimerais travailler avec On.

Si tu regardes dix ans en arrière, qu’est-ce qui a changé entre le Xavier Thévenard de l’époque et celui d’aujourd’hui ?
J’ai la même motivation, le même enthousiasme qu’à mes débuts, mais mon approche est différente. J’ai plus de maturité aujourd’hui, plus de notoriété aussi, mais ce n’est pas ce que je recherchais en faisant du sport. C’est par passion que je m’y suis investi. J’ai cherché à pousser mes limites, à voir jusqu’où je pouvais pousser mon corps. J’ai maintenant une image publique avec laquelle je dois composer, alors que je suis quelqu’un de calme et de discret. Mais je veille à ne pas oublier la base, à garder en tête pourquoi je suis là, pourquoi je cours, qu’est-ce qui m’anime au fond de moi.
Aujourd’hui, je suis super content, je me sens plein d’énergie, et j’ai beaucoup de motivation pour l’année qui arrive. C’est comme si on passait un nouveau cap, une nouvelle étape. Ce changement génère un nouvel élan. J’avais trop de pressions sur les épaules. Avec On - où je vais retrouver Emmanuel Gault, ex Asics lui aussi - il n’y a pas d’équipe avec staff et médecin imposé, chacun fait sa sauce, c’est très différent d’Asics.

Quels sont tes objectifs pour cette saison ?
J’ai au moins deux envies : la Lavaredo en juin et l’ UTMB en août. Et puis varier aussi les plaisirs, avec du vélo ou du ski de fond, j’ai plein d’idées en tête. De la course de route ? Ah non, ce n’est pas pour moi. Pas plus que l’alpinisme, je n’ai pas la technicité, et puis je n’aime pas mettre ma vie en danger, ce n’est pas mon trip !
Je veux aussi me focaliser sur ma vie de famille, me poser, avoir un lieu fixe, construire ma maison dans le Jura, le chantier est en cours. Je veux faire les choses bien, doucement par étapes, à ma façon.

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