Cette histoire a fait le tour du monde en 1972. Elle a déjà donné matière à plusieurs livres et à deux adaptations au cinéma. Fallait-il revenir sur le crash de l'avion militaire affrété pour amener à Santiago du Chili une équipe de rugby amateur de Montevideo : 45 passagers dont seuls 16 survivront après avoir été contraints de manger leurs défunts ? Oui, mille fois oui. Car le producteur de cette nouvelle version du drame, Netflix, a eu l’intelligence de donner carte blanche au réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona qui en a tiré un long métrage bouleversant et d’une grande pudeur. Un récit qui pour la première fois s’intéresse à l’ensemble de la communauté humaine enfermée dans l’habitacle, le « cercle des neiges », et non plus seulement aux valeureux survivants. Ovationné à la Mostra de Venise, primé au prestigieux Festival international de San Sebastian, ce très long métrage (2h24) est en lice pour les Oscars cette année sous les couleurs de l’Espagne. Une œuvre à découvrir dès aujourd'hui, jeudi 4 janvier, sur Netflix.
Le 13 octobre 1972 disparait des radars l’avion militaire transportant à Santiago du Chili une équipe de rugby amateur de Montevideo et quelques proches. Il s’écrase dans les Andes, à plus de 3500 mètres d'altitude. A bord, 45 passagers. 12 vont mourir sous le choc. 17 ont succombé de leurs blessures ou sous l’effet du froid extrême quand ce n’est pas une avalanche qui les achève. Malgré les recherches intensives, l’avion restera introuvable. Il faudra l’incroyable courage et le sens de l’entraide des survivants - pour la plupart des rugbymen d’une vingtaine d’années - pour garder espoir et se résoudre à l’indicible, manger la chair des survivants, leurs proches, pour rester en vie eux même. Comprenant enfin que les secours ne viendraient pas du ciel, deux d’entre eux parviendront à traverser les Andes à pied dans des conditions épouvantables pour trouver de l’aide au Chili. Au final, de cette odyssée, 16 seulement survivront après avoir enduré 72 jours dans le froid, torturés par la faim et le désespoir.
De ce drame, on connaissait la version cinématographique du Mexicain René Cardona « Survivre » (1976) et de l’Américain Frank Marsall « les Survivants » (1993). Deux longs-métrages qui s’étaient attachés à suivre le destin des survivants. L’Espagnol Antonio Bayona, auquel on doit déjà «Jurassic World : Fallen Kingdom » et "The impossible", a opté pour un angle différent, et c’est tout l’intérêt de son dernier film « Le cercle des neiges » (La sociedad de la nieve). S’appuyant sur l’œuvre éponyme de l'écrivain uruguayen Pablo Verci (un proche de nombre des victimes), le réalisateur s’est attaché à donner un nom, une identité et une histoire à chacun des membres de cette communauté unie par un pacte de soutien mutuel. Car, explique l’écrivain, producteur associé du film, les survivants l'ont été «grâce au fait qu'il y a eu des morts».



Loin de tomber dans le sensationnalisme auquel se prêtait cette histoire de survie, le réalisateur a saisi toute l’humanité qui a soudé, et sauvé, ces hommes. L’aboutissement de cent heures d’entretiens avec eux et leurs proches, mais aussi de repérages sur le site du crash. Tourné dans les Andes et surtout dans la Sierra Nevada espagnole, Antonio Bayona a bénéficié de gros moyens pour ce tournage exceptionnel. On reconnait là la marque de Netflix, producteur et diffuseur de ce film disponible sur la plateforme à compter de demain, jeudi 4 janvier. Mais, contre toute attente, il a pris soin aussi de choisir des acteurs uruguyens et chiliens peu connus, ce qui donne une grande authenticité au film.

Un casting validé par les survivants eux-mêmes qui ont tous salué la justesse et l’exactitude de ce récit, tourné en espagnol, dans l’ordre chronologique des événements et dans des conditions parfois extrêmes. "Antonio Bayona a réalisé un film extraordinaire », raconte Gustavo Zerbino. Étudiant en médecine de 19 ans et joueur de rugby, il était chargé de soigner les blessés et de préserver la mémoire des défunts en collectant leurs effets personnels afin de les remettre à leurs familles. « Ce film est très différent des autres, car ici on voit que nous étions un groupe d'amis", poursuit-il. D’après lui, c'est la "dimension humaine" qui caractérise le mieux cette oeuvre : "On voit bien la façon dont nous nous regardions, comment on se prenait dans les bras, on se touchait. (…). Les corps, s'ils se touchent et se frottent les uns aux autres restent en vie. Or on était une équipe de rugby, nous n'avions pas peur du contact".
Reste, explique Roberto Canessa, rugbyman et étudiant en médecine qui joua un rôle clef pendant le drame, que "Le Cercle des neiges " offre « une version très légère de ce qui s’est passé dans les montagnes ». « Nous avons vécu des moments bien pires. Si je présentais un film sur ce que nous avons vécu, les gens […] quitteraient la salle », a-t-il confié à la presse. Ce « pire » est certain, mais il n’était pas nécessaire pour comprendre ce que les survivants ont vécu. On ne peut qu’en remercier Antonio Bayona. On saluera en particulier sa gestion du dénouement, une grande leçon de sobriété dont plus d’un réalisateur hollywoodien pourrait s’inspirer.



Les festivals de cinéma les plus prestigieux ne s’y sont pas trompés. En quelques semaines « Le Cercle des neiges » a déjà récolté une moisson de prix, de Venise à San Sebastian, récompensant le scénario comme l'image. Mais aussi la bande son, primée à Hollywood en novembre dernier ; Michael Giacchino ayant su manier les séquences intenses comme les silences les plus profonds. Tout un art.
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