Le Portugal à vélo… une évidence. Et pourtant, curieusement, rares sont les bikepackers qui s’y aventurent. Heureusement Ricardo Vieira, photographe, designer, couturier et depuis peu fabricant de sacoches de vélo très funky, a entrepris de profiter de l’été indien pour redécouvrir le pays de son grand-père. Une virée plaisir qu’on serait bien tentés de faire nous aussi après avoir découvert les photos qu’il vient de nous envoyer.
Ricardo, nous l’avions découvert fin 2021. A l’époque, d’un simple mail amical il nous racontait que, les temps étant durs pour les photographes, il avait redécouvert la machine à coudre de son grand-père, portugais, et en designer passionné de vélo, il s’était lancé dans la fabrication, à la main, de sacoches pour cyclistes, toute une gamme colorée et pratique baptisée « Velocidade »: « c’est la sensation de liberté donnée par la vitesse, le vent qui fait pleurer les yeux, le bruit de l’air qui souffle près des oreilles, une petite saveur d’adrénaline qui fait se sentir bien », nous expliquait-il. Près de 550 sacoches plus tard, Ricardo n’a rien perdu de son enthousiasme et malgré les commandes trouve le temps de s’échapper de son atelier de Mirepoix, dans l’Ariège, pour aller rouler. Et cette fois, c’est direction le Portugal qu’il a rejoint, en bus, l’Estrada nacional 2, traversant le pays du nord au sud en passant par le centre du pays. Sacrée bonne idée, si l’on en juge par les images qu’il en a rapportées.
A peine rentré de son périple, nous avons réussi à l’attraper pour avoir quelques précisions sur son parcours et quelques trucs pour préparer le nôtre !




L’Estrada nacional 2… c’était quoi ton idée de départ ?
Même si je vis avec mes filles et ma compagne en Ariège, je suis originaire du Portugal. C’est pourquoi j’y vais souvent, j’y ai mes parents et ma famille. Avec ces histoires de Covid, on a passé un an et demi sans y aller. Histoire de prendre le temps d’être au Portugal, j’y suis parti dix jours au sein desquels j’ai passé quatre jours sur le vélo. C’était assez simple. Le plus dur était de trouver ce projet à faire à vélo, un truc simple, fluide et roulant.
Pourquoi ce tracé ?
La EN2, c’est des forêts, des collines, des virages, des virages et encore des virages. Des sections raides, mais aussi des plates, offrant une variété de paysages incroyables tout au long du voyage. J’en connaissais quelques petits bouts, elle est très ancienne. Aujourd’hui, elle fait 738 km du Nord au Sud, en passant par le centre du pays. Je l’avais déjà repérée depuis pas mal de temps. Je me disais qu’en septembre, c’était plus tranquille parce qu’il fait moins chaud mais encore doux. Et qu’il y aurait moins de circulation.


738 km, une première pour toi ?
Au Portugal, oui. Aussi longue, aucun doute. Après j’avais déjà fait du bikepacking. Il m’arrive de faire assez souvent des 300-400 km, en deux jours, surtout en Ariège. Ici, on a des cols, les Pyrénées. Ce projet s’associe au fait que je fais de la bagagerie pour vélo depuis deux ans. C’était aussi l’occasion de revenir au Portugal en prenant le temps sur la route - les petits arrêts dans les cafés, etc. J’avais envie de m’immerger dans cet environnement. C’était comme une petite capsule hors du temps, tout en testant mes sacoches.
Comment t’es-tu organisé ?
Une fois identifiée la trace, j’ai fait des calculs sur les cartes en ligne, sur Strava. L’idée était de caler la meilleure saison de l’année sur le plan de la météo, car souvent, au Portugal, il y a pas mal de vent du nord au mois d’août. Je voulais éviter les périodes de vacances, histoire d’avoir un peu moins de monde sur la route. J’ai commencé le 15 septembre, précisément le jour de la rentrée scolaire.


Qu'as-tu emporté comme matériel ?
J’ai pris la décision de ne pas faire de bivouac pour porter un peu moins de poids. Au Portugal, tu peux te débrouiller. Cette route était très fréquentée dans le passé. Nettement moins depuis qu’ils ont fait les autoroutes. Mais encore aujourd’hui, cette route est quand-même pas mal animée… Tu passes dans le centre, via plein de petits villages, des villes assez importantes avec pas mal de patrimoine. C’était assez simple de dormir dans une pension ou un truc pas cher. Je n’ai rien réservé à l’avance, hormis la première nuit, étant donné que je suis venu en bus parce que je ne voulais pas prendre l’avion. Au total, j’ai dormi trois nuits sur la route. Je regardais l’heure, je cherchais un endroit, et j’appelais pour être sûr que c’était bien ouvert, car j’arrivais souvent tard.
Mon matériel ? Au niveau mécanique, de quoi être autonome. Mon vélo est tubeless, il n’a pas de chambre air. J’ai pris de quoi le réparer, des chambres à air au cas-où. De quoi régler tout problème de chaîne, des dériveurs, et aussi de l’huile, des petites rustines, un multi-tool. A part ça, j’avais une petite doudoune, un pantalon de type collant cycliste assez chaud parce que je comptais rouler la nuit, soit tard, soit très tôt le matin. Un seul cuissart, des tee-shirts et des pulls qui sèchent très vite. Je n’avais pas de rechange, un seul tee-shirt, un seul short, un peu roots, quoi.
Au niveau alimentation, j’essayais d’avoir toujours quelque chose sur le vélo, que j’achetais sur place, du chocolat, des nougats. Après, je m’arrêtais assez souvent pour prendre une tartine, un croissant, des gâteaux. Je me faisais quand-même un petit repas à midi, genre omelette, riz, salade. Enfin, j’avais trois bidons sur le vélo. Mais j’en ai rempli deux. L’accès à l’eau est très facile sur cette route, entre fontaines et cafés.





Durée, longueur, dénivelé, tu nous en dis plus ?
Officiellement, l'Estrada Nacional 2 fait 738,5 km. Avec mon GPS, j’ai roulé 744 km … vu mes détours par les cafés. Quant au déniv, officiellement : 10 000 D+, mais mon GPS affichait 8700 D+. J’ai mis quatre jours pour boucler ce parcours. Au départ, je voulais le faire tout seul, mais comme mon frère adore le vélo, il m’a accompagné. Il a aussi ramené un copain. On était trois sur la route. Il faut que tu t’adaptes au rythme de trois personnes - on ne dormait pas beaucoup. Entre nous, ça aurait pu aller plus vite mais on ne faisait pas de course.
Qu'as-tu particulièrement aimé dans ce périple ?
J’avais envie de le faire parce que je savais que j’allais être confronté à une variété de paysages et d’horizons très différents. Le Nord, c’est assez vallonné, tu as toutes les boutures de vin, du Porto. C’est assez impressionnant, tu le trouves uniquement dans cette région. Deux jours plus tard, tu traverses des grandes plaines, avec des chênes verts, des oliviers. Tu vois hyper loin, avec de grandes lignes droites. J’ai vécu des moments de contemplation hyper forts.
J’ai aussi aimé rouler la nuit. C’était très chouette. Etre sur le vélo au moment du coucher de soleil… tu as toute la transition de lumières qui changent. Pareil pour les levers de soleil. Sinon, quand tu roules la nuit, tu ne vois pas très loin, ça change tellement de la journée, tu es vraiment dans le petit halo de la lumière de ton vélo, concentré. Tu te mets dans un rythme différent, tu entends tout, tu vois des animaux, c’est assez marrant. Et puis, les petites pauses au café, même si c’était pas long, les Portugais sont accueillants et authentiques, c’est tellement chouette. Comme ils te voient arriver à vélo, ils te posent toujours une petite question. D’où tu viens, où tu vas… Ca engage la conversation.




Sur ce parcours, quelles sont les difficultés majeures ?
Il commence à y avoir une certaine culture autour de cette route. C’est très bien signalisé, avec des bornes plus ou moins anciennes. Et mécaniquement parlant, on n’a eu aucun souci, mais si on avait eu une grosse galère, je suis sûr qu’on aurait trouvé une solution, il aurait toujours eu quelqu’un pour nous aider, c’est comme ça au Portugal.
Après, quand tu roules à trois, quand tout le monde n’a pas le même volume d’entraînement, il faut être solidaire, savoir attendre celui qui va plus lentement. Généralement, je roule seul. Parce que j’aime bien trouver cette solitude sur le vélo, ce qui me permet d’y aller à mon rythme. Quand tu roules à plusieurs, il faut donner de sa personne pour les autres, même si tu as envie de partir devant. Dans les moments de dénivelé fort, je prenais un peu d’avance et les attendais, une fois l’effort passé.


Tes conseils à ceux qui seraient tentés de partir sur tes traces ?
J’ai fait du trail pendant des années, mais je trouve que le vélo est super chouette parce que dans le même temps, tu peux faire beaucoup de kilomètres, voir beaucoup de paysages. Tu peux aller beaucoup plus loin qu’à pied. Ça a été un déclencheur pour moi.
Il ne faut pas avoir peur de la distance si tu prends ton temps, que tu y vas à ton rythme, et que tu ne te donnes pas de contraintes trop élevées non plus. Il faut adapter ton entraînement à tes capacités, y aller doucement. Et un jour, tu vas traverser le Portugal, peu importe le temps que tu vas mettre. C’est génial, tu voyages en transportant peu de choses finalement. Tu rencontres plus de gens comme ça. Tu reviens à l’essentiel.
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