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Reinhold Messner
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Grave erreur que de faire sortir Reinhold Messner du Guiness des records !

  • 2 octobre 2023
  • 5 minutes

La rédaction Outside.fr Jake Stern

Certes les normes et les technologies évoluent dans l’univers de la montagne, mais ça ne doit pas pour autant ternir les exploits historiques d'une légende de l'alpinisme.

Nous sommes en 1985, la tempête menace, mais deux alpinistes, les Italiens Reinhold Messner et Hans Kammerlander, décident de se lancer sur la face nord-ouest de l'Annapurna, à l’assaut du sommet culminant à 8091 mètres. Ils sont les premiers à s’attaquer à cette montagne, et de surcroit à le faire en style alpin et sans oxygène supplémentaire. En atteignant le sommet, Messner franchit une autre étape importante : il devient le premier alpiniste à atteindre le sommet des 14 montagnes de plus de 8 000 mètres. Il lui aura fallu 16 ans pour toutes les gravir.

38 ans plus tard, Messner se voit dépouillé de ce titre historique. Le 26 septembre dernier, le Livre Guinness des records a annoncé qu'il ne reconnaissait plus Messner comme le premier à avoir gravi les 14 montagnes de plus de 8 000 mètres. La société a en effet suivi l'avis d'un expert, l'Allemand Eberhard Jurgalski, qui a utilisé des données GPS et des photographies pour en conclure que de nombreux alpinistes, dont Messner, n'ont pas atteint les points les plus élevés de certains de ces sommets. Eberhard Jurgalski s’est imposé comme le principal chroniqueur des 8 000 depuis qu'il a commencé à travailler sur ce sujet en 1981, mais il n'a jamais gravi lui-même l'un de ces sommets. En 2022, sa liste révisée a écarté un certain nombre d'ascensions, dont celle de Messner, ce qui a provoqué une onde de choc dans la communauté des alpinistes. Selon l’expert, qui s’appuie sur des preuves photographiques, Messner n'a pas atteint le véritable sommet de l'Annapurna, car, explique-t-il, l'arête sommitale de l'Annapurna est longue et, certaines années, il est difficile d'identifier le point culminant, en raison de la façon dont la neige s'accumule sur la roche.

Comment a réagi Messner ?

Comme à son habitude, avec le laconisme qu’on lui connait. "L'arête menant au sommet est longue de trois kilomètres, Jurgalski a simplement confondu le sommet est avec le sommet principal... [Jurgalski est] quelqu'un qui cherche à attirer l'attention sans avoir la moindre compétence", a-t-il déclaré à La Repubblica. Messner a clot le débat en expliquant qu'il grimpait pour l'expérience et que "son alpinisme ne connaissait pas de records".

Que penser de ces sanctions soudaines et hyper médiatisées ? Pas grand-chose en fait, si l'on en croit nombre d' alpinistes de renom. Certes l'Américain Ed Viesturs serait désormais le nouveau détenteur du record, réalisé en 2005, selon le Guinness Book. Mais ce dernier maintient lui même que les exploits de Messner sont toujours valables ! "Je crois sincèrement que Reinhold Messner a été la première personne à gravir les 14 sommets de 8 000 m et qu'il devrait être reconnu comme tel. Il a ouvert la voie, non seulement en termes de style, mais aussi physiquement et psychologiquement, en grimpant sans oxygène supplémentaire. D'autres alpinistes, comme moi, ont pu suivre ses traces grâce à son inspiration", a déclaré l’Américain.

Ces derniers jours, d'autres alpinistes ont aussi exprimé leur soutien à Messner. Graham Zimmerman, président de l'American Alpine Club, a déclaré : "Rendez à Messner ce qu'il mérite - pour moi, cela revient à dire qu'en escalade, il est essentiel de dire la vérité". "Si le Guinness veut changer les règles du jeu, ça le regarde, mais au final, ça ne fait que créer des tensions inutiles", a-t-il ajouté. Quant à Freddie Wilkinson, alpiniste et guide qui a beaucoup écrit sur les sommets de 8 000 mètres, il s’est contenté de dire que : "personnellement, je ne reconnais pas au Guinness World Records la moindre autorité en matière d'ascension en style alpin".

Le Guiness se trompe et glorifie le résultat plutôt que le processus

En tant que grimpeur expérimenté dans ce type d’ascensions aux États-Unis (mais pas dans l'Himalaya) et en tant qu’adepte de longue date de cette pratique, je suis d'accord avec Zimmerman et Wilkinson. J'attache beaucoup plus d'importance à une tentative de bonne foi de trouver le sommet d'un pic donné qu'aux coordonnées GPS qui le prouvent. Et je trouve qu'une ouverture audacieuse faites dans les règles de l’art est bien plus convaincante qu'un record de vitesse bâclé réalisé à grands coups de cordes fixes, guides et hélicoptères. 

Retirer le record de Messner ne sert qu'à glorifier le résultats plutôt que le processus. Ce faisant, on encourage la chasse aux records au détriment des ascensions réalisées dans les règles de l'art. Zimmerman et Wilkinson m'ont d’ailleurs confié qu'ils étaient bien plus intéressés par ces performances que par les records de vitesse guidés en haute montagne. "Il y a des escalades incroyables au Pakistan, au Népal et en Inde qui n'impliquent ni hélicoptères ni lignes fixes - c'est de l'alpinisme tout court", déclare Zimmerman. Wilkinson est plus direct. Il n’a aucun intérêt ni respect pour les défis qui depuis quelques années consistent à enchaîner des 8 000 mètres dans le but d'inscrire son nom sur une plaque. "Dans l'Himalaya, de tels records de vitesse ne dépendent au final que de la qualité de votre pilote d'hélicoptère et il ne fait qu'exploser votre bilan carbone à des hauteurs stratosphériques", explique-t-il.

De nombreux alpinistes américains sont fascinés par ce style d'ascension « minimaliste ». Ca tient peut-être à notre histoire forgée par un individualisme sauvage, mais pour moi, c’est le vrai alpinisme et le summum du style. Le style alpin, inauguré sur les sommets de haute altitude par des hommes comme Messner, est l'antithèse des embouteillages qui se produisent chaque année sur l’ Everest et tant d'autres sommets de 8 000 m. C’est un style rapide et léger, où l'on ne se sent pas "coincé". Un style qui ne fait pas appel à une armée de Sherpas et qui profite des conditions météorologiques favorables pour tenter des sommets à l'arraché. Ce style d'escalade peut être risqué, car le fait de porter un équipement léger et minimal peut nuire à la capacité des grimpeurs à survivre à des défis imprévus.

L'ascension du Gasherbrum I, aussi appelé Hidden Peak (8080 m) par Messner en 1975 avec Peter Habeler a été la première ascension réussie d'un sommet de plus de 8000 mètres en style alpin. Les grimpeurs des années 70 et 80 utilisaient les meilleurs outils du moment pour déterminer les points culminants. "En escalade, notre éthique consiste à dire la vérité sur nos exploits", explique Zimmerman, qui a fait l'ascension du K2, du Broad Peak et de nombreux sommets de 7 000 mètres au Pakistan.

"Les normes de vérification des ascensions sont plus strictes. J'espère que c'est une bonne chose : nous pouvons mieux 'mesurer l'aventure' et aussi rester honnêtes », poursuit Wilkinson. Mais l’alpiniste reconnait qu'il se passe beaucoup de "choses bizarres" sur ces hauts sommets. La tolérance au risque des alpinistes qui grimpent en solo dans le brouillard sera différente de celle des alpinistes qui s'imaginent au sommet, assis dans une tente au camp de base.

Messner et Kammerlander ont atteint l'arête sommitale de l'Annapurna comme personne avant eux ne l’avait fait. C’est parce qu’ils ont pris les bonnes décisions au bon moment qu’ils ont pu non seulement y parvenir mais en redescendre dans les vents violents et les bourrasques de neige qui ont brutalement plongé la face dans des conditions hivernales. Et les deux compagnons de cordée ont rentrés chez eux sains et saufs.

Si le record n'a pas d'importance pour Messner, le Guinness en a beaucoup au Népal, où les guides sherpas et les agences font la promotion des records reconnus auprès de leurs clients. "Est-ce que ça m'importe que Reinhold Messner ne détienne plus un record accordé par une marque de bière ? Pas vraiment", laisse tomber Zimmerman. "Est-ce que je pense que les locaux devraient tirer parti de ces 'diplômes' ? Absolument."

Les 8 000 mètres compte encore beaucoup de défis à relever. Il y a encore des voies à ouvrir et des records à battre. Mais les records de vitesse battus chaque année par des alpinistes transportés par hélicoptère n'ont rien à voir avec celui qui a fait de Messner une légende. De la même façon qu'il y a une énorme différence entre les records de vitesse établis par Nirmal Purja ou Kristin Harila, rendus possibles grâce à une logistique parfaite, et des records tels que le FKT de l'année dernière sur la Slovak Direct au Denali. Record de vitesse qui est le fruit d'une maîtrise totale de l'escalade.

Ce qu'il faut peut-être, c'est tirer le meilleur des nouveaux technologies dont nous disposons aujourd’hui. Ces outils nous offrent la possibilité de mieux évaluer les informations, cela devrait nous permettre aussi de valider de nouveaux records. Mais remettre en cause les exploits de l’un des pionniers de l’alpinisme en style alpin dans la plus grande chaîne de montagnes du monde, c'est foncer direct dans un bourbier. Alors mieux vaut laisser tranquille les records historiques et s'intéresser aux nouveaux qui ne manqueront pas d'arriver.

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