Auto-entrepreneurs, salariés ou encore saisonniers… Clémence, Sandrine, Tifeen, Kevin, Yunaë et Jonathan vivent sur les routes, dans leur van. À travers cette série de portraits variés, la rédaction d’Outside a tenté de répondre à une question que tout le monde se pose : quel est leur budget ? Deuxième volet : interview de Sandrine, en van trip avec Christophe.
Initié dans les années 50, avec les premiers Combis Volkswagen, symbole de liberté pour les hippies dix ans plus tard, la van life est, depuis deux ou trois ans, en plein essor, notamment en France où, avec le Covid, un besoin de grands espaces s’est fait ressentir, en raison d’une frustration liée aux nombreux confinements. Véhicule et mode de vie devenus de véritables phénomènes de société, les vans représentent aujourd’hui 44,8% des ventes du marché automobile. Ces habitats mobiles donnent certes la possibilité de s’extraire d’une routine sédentaire, d’un quotidien dans lequel on ne sent pas épanoui, mais est-ce financièrement viable, sorti des représentations idéales d’Instagram ?
En continuant notre voyage, nous sommes partis à la rencontre de Sandrine, naturopathe depuis peu. Après avoir tardivement découvert le goût du voyage, à bord d’un Combi Volkswagen, avec son compagnon Christophe, elle a acheté un Bürstner, Travel Van T590 (ils ont prochainement prévu d'acquérir un autre véhicule, sur une base Iveco), pour aller pendant les vacances et les week-ends faire de la rando, en montagne, notamment. Avec leur travail sédentaire, ils avaient l'impression de ne pas en profiter comme ils le voulaient. C’est pourquoi, ils n’ont pas attendu la retraite pour partir.
Sandrine, pourrais-tu te définir en quelques mots ?
J’ai 53 ans. Avant d’être naturopathe, j’ai fait plusieurs choses. Mon dernier emploi – dans la vente – s’est très mal passé. C’est pourquoi j’ai fait une reconversion. Après deux ans d’études, je suis officiellement praticienne en naturopathie – en plus de simples consultations, je peux faire différents massages. Je suis partie en van en mai 2020 avec mon compagnon Christophe. On devait aller directement à l’étranger mais avec le Covid, ça a été plus compliqué que prévu. Comme on sait que l’on va quand-même travailler tard, on a décidé de ne pas attendre la retraite, de voyager en travaillant, pour profiter de notre temps libre, alors on a tout vendu et on est partis.

Quelle était votre situation professionnelle et financière à votre départ ?
Ayant vendu mon appartement, j’ai suffisamment d’argent pour vivre. J’ai démarré mon activité de naturopathe seulement au mois d’octobre, du coup je n’en vis pas encore totalement même si c’est, bien évidemment, mon objectif. Quand on s’installe comme ça, il faut prévoir environ trois ans pour que ça marche vraiment. De plus, vu que je suis sur les routes, ça risque de prendre plus de temps.
Comment se passe le travail de naturopathe à distance ? Comment rencontres-tu tes clients ?
Avant tout chose, une séance de naturopathie ne remplace pas la médcine, c’est un complément, en fonction des problématiques individuelles. On travaille sur le capital santé de la personne pour qu’elle puisse se défendre contre les maladies et développer un capital d’auto-guérison. C’est très préventif et ça peut régler plein de petits problèmes – digestifs, sommeil, stress. En naturopathie, on travaille de façon globale, on va chercher la cause de la cause de la cause. Par exemple, pour un mal de tête, on souhaite le supprimer et non pas le masquer comme on pourrait le faire un médicament. Le plus gros travail de naturopathie peut se faire à distance – ça peut très bien avoir lieu en visio. En effet, on travaille avec les plantes, l’aromathérapie, l’hydrologie, des techniques respiratoires… des choses simples en fait. Pour trouver des clients, j’ai développé mon réseau sur Instagram. Le reste, ce sont des connaissances. Après, tout ce qui est massage ou réflexologie (techniques de pression visant à dissiper les tensions, ndlr), ça peut se faire facilement un peu partout. Au gré de notre route, je compte aller dans des événements ou chez des gens. C’est quelque chose que je n’ai pas encore mis en place mais j’y songe.



Vu de loin, vous menez une vie rêvée. Est-ce que tu vois les choses de la même façon ?
C’est vrai que vu de l’extérieur, ça fait toujours rêver. Même quand je regarde les autres, ça me fait rêver. Après, on sait que l’on ne montre pas tout. Beaucoup de personnes qui me suivent disent que grâce à nous, ils s’évadent. C’est vrai qu’on aime beaucoup montrer la nature, parce qu’on s’y sent bien, ainsi que notre alimentation – pour mettre en évidence qu’en van, on peut très bien manger sainement, comme dans la vie de tous les jours. C’est juste une question d’organisation et de temps. Après, on sait que ce n’est jamais parfait – on a des problèmes, comme tout le monde. C’est un mode de vie qui nous convient totalement, on est libre, surtout dans cette période, c’est très agréable.

Est-ce que c’est si facile que ça de se dégager des instants pour soi ?
Effectivement, certaines choses prennent plus de temps – remplir l’eau, le GPL pour le chauffage, faire la cuisine. À vrai dire, plus c’est plus petit, moins c’est pratique. Quand on est en vacances, ce n’est pas problématique mais quand on travaille, on compte un peu plus le temps que l’on souhaite garder pour ce que l’on a envie de faire. Je pense qu’il faut bien réfléchir pour avoir un minimum de maintenance à faire. Cependant, ça ne nous empêche pas de sortir. Tout cet été, en travaillant, on a réussi à faire des randos, presque tous les jours – surement aussi car on a un tempérament plutôt dynamique.

Comment se décomposent vos dépenses sur la route ?
Le budget sur les routes est différent d’une vie sédentaire, ça dépend vraiment des gens je pense. Chez nous, c’est l’alimentation qui coûte le plus cher : je mets vraiment un point d’honneur à avoir une alimentation bio, chez les producteurs, ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde. Alors, forcément, on dépense plus à ce niveau-là. Même si, on met de l’argent dans la nourriture, mais pas dans l’achat de vêtements – on se contente de peu. On s’habille en mode randonnée quasiment tous les jours. Côté essence, ce n’est pas énorme. On fait entre un ou deux pleins par mois en fonction des destinations. On ne prend quasiment jamais l’autoroute, ce qui nous permet de découvrir des beaux paysages tout en économisant en essence et péages. Niveau électricité, on est complètement autonomes en panneaux solaires – on est très bien équipés, le réseau internet, c’est vraiment primordial pour travailler. Sinon, on vient d’investir dans un kayak pour aller visiter la Norvège l’année prochaine.



Et pour vos ressources, ça se passe comment ?
En naturopathie, une consultation, c’est 70 €. Vu que je suis installée depuis peu, je ne peux pas vivre entièrement grâce à ça. Sur les routes, c’est toujours un peu plus compliqué d’avoir des clients rapidement. Quand on a un cabinet, en mode sédentaire, on peut s'installer dans un centre avec d’autres thérapeutes, ce qui n’est pas mon cas. Pour le moment, je ne suis pas encore très représentative de l’indépendance financière en tant que naturopathe. Mon conjoint, actuellement salarié, travaille à distance en consulting – ce qui est une réelle chance.

D’après toi, quel budget ne faut-il jamais sacrifier ?
Sans aucun doute : l’alimentation. En tant que naturopathe, même si tout le monde n’est pas comme moi, je trouve ça normal d’accorder une grande place à la nourriture, la base de l’hygiène de vie et de la santé selon moi. D’ailleurs, avec la gestion du stress et l’activité physique, l’alimentation est l’un des piliers de la naturopathie.


Quel conseil donnerais-tu à ceux qui voudraient partir sur les routes ?
Je pense qu’il faut bien se renseigner, tester la vie en van avant de se lancer. Pour l’aménagement, il faut se faire conseiller, par rapport à nos besoins. Avec Christophe, on avait déjà réfléchi avant d’acheter notre van. Malgré ça, au fil des routes, on s’est rendu compte qu’on avait beaucoup d’améliorations à apporter, notamment au niveau de la maintenance.



Pourrais-tu citer, dans l’ordre, les avantages de la van life ?
On a cette liberté d’aller où on veut, de se lever le matin, d’être devant la mer, en montagne, face à un coucher de soleil – on adorait les admirer lors des couvre-feux par exemple. On était sur la côte Atlantique, à 100 m du camion. On est un peu privilégiés car on n’a pas vécu tout ce stress autour du Covid même si nous étions quand-même impactés.



Quid des inconvénients ?
Ça dépend d’où on est avec son van. Au départ, on voulait aller dans des pays chauds l’hiver mais avec le Covid, ça n’a pas été possible. On n’a pas fait le choix de partir à l’étranger cette année, alors on s’est adaptés à la situation sanitaire en France. L’hiver dernier, obligés de subir les aléas de la météo, on a eu des problèmes d’humidité. Quand on n’a pas la liberté d’aller où l'on veut ça peut devenir contraignant, mais ce n’est pas non plus invivable. Quand je vois les personnes qui travaillent dans les villes, on est vraiment privilégiés et tranquilles. C’est vrai qu’on devient très sauvages. Même si on a quand-même une vie sociale, on fait des rencontres, on a des amis.
La van life, ce sera pour toujours ? Ne comptez-vous pas revendre votre van un jour ?
Depuis le début, nous sommes que très rarement allés dans des campings. Alors niveau confort, c’était vraiment le minimum. On est vraiment bien dans notre van, ça ne nous pose pas de problème. On a une grosse envie de continuer et absolument pas de retourner dans notre appartement. Si vraiment, on en avait envie, on pourrait prendre un Airbnb, mais ça ne nous tente pas trop. À vrai dire, même quand on est invité chez des gens, on préfère dormir dans notre camion, c’est notre maison maintenant. On y est très bien. Je pense que quand on commence à prendre cette liberté, ça doit être très difficile de se re-sédentariser. Après, même si on s’est vraiment régalés en France, notre objectif, c’est d’aller à l’étranger.
Aurais-tu des livres/applications à recommander ?
On utilise beaucoup Park4night, ça répertorie beaucoup d’endroits sympas, pour dormir et manger. C’est très utile quand on n’a pas le temps de chercher un spot pour le soir. Côté ravitaillement, on est très friands de France Passion – une application qui répertorie les producteurs accueillant des vans. On a pris un abonnement à l’année à ce service, moyennant 30 €. Niveau livres, on a lu le premier volet de la série « Drive Your Adventure » de We Van. On ne s’en est pas vraiment servi mais ça nous donné envie de partir. Ca nous a inspiré, sans pour autant nous donner un mode d’emploi – selon moi, on est tous différents dans notre façon d’appréhender ce style de vie.

Drive your adventure
Éditions Apogée, 286 pages.
24,00€
Le point budget de Sandrine et Christophe
- Le van : Bürstner Travel Van T590 (70 000 €) + 15 000 € d’aménagements (batterie, panneaux solaires, convertisseur…)
- Le cœur de leurs dépenses : l’alimentation (800 €/mois)
- Leurs ressources : 2 500 €/mois
- Ce qu’il ne faut jamais sacrifier : l’alimentation
Les 3 conseils de Sandrine et Christophe
- Bien s'organiser en amont, pour avoir un minimum de maintenance : quand on est en vacances, ce n’est pas problématique, mais quand on travaille on compte un peu plus le temps que l’on souhaite garder pour ce que l’on a envie de faire
- Eviter les autoroutes : on découvre ainsi de beaux paysages tout en économisant en essence et péages
- Accorder une grande place à la nourriture, la base de l’hygiène de vie et de la santé
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