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Justin Bright Longboard
  • Voyage

Du Mexique à l’Alaska en longboard : comment l’épopée de Justin Bright relance le « skate touring » 

  • 24 novembre 2025
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Un skateboard peut rivaliser avec un vélo sur de longues distances. Pour preuve, voici un an déjà qu’un skateur de 40 ans, l’Américain Justin Bright, suit la Continental Divide, ligne de partage des eaux qui traverse l’Amérique du Nord du Mexique à l’Alaska. Plus de 6 700 km en longboard pour documenter la faune et défendre les corridors écologiques. L’aventure de ce skateur-naturaliste s’inscrit dans une histoire plus vaste : celle du skate touring, ou voyage longue distance en longboard. Née bien avant lui, de la Nouvelle-Zélande à l’Australie, cette pratique rassemble les adeptes d'un voyage lent, engagé et souvent introspectif.

Autant que possible, il pousse. Pendant des heures. Mais, quand le terrain devient impraticable, Justin Bright, 40 ans, marche, son longboard accroché à son sac. Il contourne des zones protégées comme Yellowstone, où le skate est interdit, grimpe des cols à plus de 3 400 m, affronte la chaleur du désert du Nouveau-Mexique, avance parfois seul pendant plusieurs jours. Depuis fin 2024, l’Américain suit la Continental Divide, ligne de partage des eaux qui traverse l’Amérique du Nord du Mexique à l’Alaska. Un itinéraire de plus de 6 700 kilomètres où il alterne bitume et pistes.

À chaque étape, il continue à documenter la faune, à interroger les habitants, à raconter l’Ouest américain. Son voyage parle à un public large, bien au-delà du skate longue distance, car il incarne une écologie en mouvement. Le rider rappelle en effet que les corridors écologiques sont vitaux, son rythme lent révélant la fragmentation des habitats de manière tangible.

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Une publication partagée par Justin Bright (@just1nbr1ght)

Un skateur-naturaliste qui ne cherche ni la gloire ni les records

Les chiffres de son périple de sa traversée en imposent, bien sûr, mais quand Justin Bright pousse son longboard sur des milliers de kilomètres, il ne cherche ni la gloire, ni les records. Il veut raconter une histoire. Celle des paysages qu’il traverse et des animaux qu’il observe. L’aboutissement d'un cheminement personnel.

Mélange d’athlète d’endurance, de naturaliste, de journaliste et d’aventurier, le skater a grandi à St. Petersburg, en Floride, l’un des comtés les plus urbanisés du pays. Un territoire où les gratte-ciels, les routes et les zones résidentielles grignotent année après année les derniers espaces sauvages. Enfant, il découvre pourtant une autre Floride, celle des îles-barrières, des oiseaux migrateurs, des mangroves silencieuses. Une double réalité qui l’a frappé tôt. Il voit la nature s’effacer au rythme des constructions, et comprend qu’un jour il faudra parler pour elle. Études de journalisme à l’Université de Floride, reportages photo sur la faune menacée, enquêtes sur la pollution : sa vocation se précise. Jusqu’au jour où il décide de réunir ses deux identités : le skateur et le naturaliste.

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Son mantra : « bouffe la poussière, savoure la vie ».

En 2022, il se lance dans un projet invraisemblable : traverser la Floride en skateboard, sans assistance, du Panhandle à Key West. 1 000 miles – 1 600 km – de chaleur, de pluie, de nuits sous la tente, de rencontres, de bitume cassé et de routes interminables. Et un mantra qui naît sur les chemins poussiéreux et qu’il affiche dans sa présentation Instagram : « Eat Dirt, Taste Life » : « bouffe la poussière, savoure la vie ». Pour le fun, mais pas que. Son but : mettre en lumière le Florida Wildlife Corridor, ce réseau d’espaces naturels interconnectés indispensables au déplacement des panthères de Floride, ours noirs, cerfs, oiseaux migrateurs et de centaines d’autres espèces. Sans sponsor majeur, il contacte l’organisation Conservation Florida à peine deux semaines avant le départ. Le projet séduit immédiatement : Justin part seul, mais son message l’accompagne.

Il roule 50 à 80 km par jour, à une vitesse de 10 à 14 km/h environ, juste de quoi avancer tout en découvrant le paysage. Il recense 140 espèces d’oiseaux et récolte au passage 11 000 dollars pour la conservation. Mais le chiffre importe moins que l’impact : la presse locale suit son parcours, ses vidéos circulent, ses analyses sur la fragmentation des habitats deviennent une référence dans la région. Le skateur parle peu mais juste. Ses journaux de bord et enregistrements audio font mouche.

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Une publication partagée par Justin Bright (@just1nbr1ght)

Avant Bright, d’autres skateurs ont ouvert la route

Si l’épopée actuelle de Justin Bright fascine, elle ne sort pas de nulle part. Le voyage longue distance en skateboard n’est pas un phénomène récent. Bien avant que l’Américain ne se lance à travers la Floride ou sur la Continental Divide, une poignée de riders, essentiellement anglo-saxons, avaient déjà décidé de transformer une simple planche en véritable moyen d’exploration. Leur contribution n’est pas seulement sportive : elle a posé les fondations d’une culture du voyage lent, engagé et souvent introspectif.

La culture skate touring, encore peu développée en France ( la culture longboard y est historiquement moins orientée endurance ) est née de trois pionniers : le Néo-Zélandais Rob Thomson, le Britannique Dave Cornthwaite et le Canadien Paul Kent. Chacun à sa manière, Thomson pour le voyage extrême, Cornthwaite pour l’aventure médiatique et Kent pour la performance d’endurance.

Rob Thomson est même une légende : entre 2006 et 2008, il parcourt 12 159 kilomètres en skateboard à travers l’Europe, l’Asie centrale et la Chine, décrochant au passage un record Guinness. Sa philosophie : avancer lentement mais longtemps. Son périple, documenté sous le nom 14 Degrees, a montré qu’un skateboard pouvait rivaliser avec un vélo sur des distances continentales, une idée révolutionnaire à l’époque. Thomson n’a pas seulement battu un record : il a créé un imaginaire. Celui d’un aventurier minimaliste, avançant à la force du push, des montagnes kirghizes aux plaines de l’Ouest chinois.

Un autre aussi a marqué l’histoire : en 2006, l’aventurier britannique Dave Cornthwaite traverse l’Australie en skateboard sur plus de 5 800 km, entre Perth et Brisbane. Une ligne droite à travers l’un des environnements les plus inhospitaliers du monde. Cornthwaite n’est pas un skateur pur – c’est un explorateur multidisciplines – mais sa traversée australienne a eu un impact énorme dans la presse internationale. Elle a montré qu’un longboard pouvait affronter la chaleur, les vents latéraux, l’isolement absolu. Et surtout : elle a donné au skate touring une visibilité mondiale.

Moins médiatisé, mais tout aussi important : Paul Kent, skateur canadien, est l’un des grands noms du long-distance pushing. Coorganisateur de courses d’endurance comme l’Ultraskate et figure centrale de la communauté nord-américaine, Kent a repoussé les limites physiologiques du longboard. Il représente la dimension sportive du skate touring : gestion de l’effort, optimisation du matériel, endurance pure. Sa contribution a façonné une scène aujourd’hui riche, faite de compétitions de 24 heures, de courses de 200 kilomètres et de records sur route.

Ce qui distingue Justin Bright de ces pionniers, ce n’est pas la distance ni la difficulté, car il est en ligne directe avec eux sur ces deux aspects. Ce qui le rend unique, c’est son intention. Là où Thomson cherchait l’expérience absolue, Cornthwaite un défi personnel et Kent la performance, Bright ajoute une dimension nouvelle et peut-être un nouveau pilier de la discipline : l’écologie. Il entend conjuguer aventure et science, s'imposant ainsi comme une sorte d'« éco-skateur » longue distance.

Skate touring : guide express pour se lancer

La board idéale
Pour voyager loin, on choisit un longboard stable et confortable :

- deck drop-through ou top-mount 36’’–42’’
- trucks reverse kingpin
- roues larges 75–80 mm (78a–82a)
- roulements étanches

Voyager léger
En skate touring, tout kilo compte. Règle d’or : prendre deux fois moins que ce qu’on prévoit.

- Sac 30–40 L (5–9 kg maxi)
- Bivy ou tente ultra-light
- Filtre à eau 
- Frontale  
- Clé en T (Skate Tool)

Ménager son corps
Rouler 6 à 10 heures par jour exige de s’économiser. Comme le dit Paul Kent : “90% du long-distance pushing est mental.”

- alterner ses appuis (regular / goofy / switch)
- pauses toutes les 45 minutes
- étirements rapides matin/soir
- changer de chaussettes souvent

Où rouler ?
Les terrains qui fonctionnent le mieux :

- routes secondaires lisses
- voies vertes / véloroutes
- pistes gravel compactes
- À éviter : pavés, trafic lourd, chaleur extrême.

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