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Tête nord du Replat, massif des Écrins
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Dans les Alpes, la canicule contraint les guides à revoir leurs courses d’alpinisme

  • 2 juillet 2026
  • 4 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

À la veille d'une troisième vague de chaleur attendue dès la fin de la semaine, quid des conditions en montagne ? À Chamonix comme dans les Écrins, les guides s'inquiètent, certaines courses devront certainement être reconsidérées à la baisse cet été.

« On a grosso modo trois semaines, un mois d'avance sur les conditions », observe Olivier Gréber, président de la Compagnie des guides de Chamonix, la plus ancienne au monde. « Les conditions que l'on rencontre aujourd'hui sont celles que l'on avait plutôt à la fin du mois de juillet l'an dernier. Sachant que l'an dernier déjà, on avait de l'avance. »

Plus que la chaleur ressentie en vallée, c’est l'altitude de l'isotherme zéro degré, c'est-à-dire le niveau au-dessus duquel la température reste négative, qui l’inquiète. « Quand l'isotherme zéro est à 4 000 ou 4 500 mètres et qu'il n'y a pas de regel la nuit, c'est ce qui nous impacte le plus. Ce sont ces épisodes répétés qui nous préoccupent vraiment. » Les prévisions météo pour les prochains trois jours annoncent un isotherme 0 qui grimpent déjà à 4 500 mètres.

Des courses emblématiques rayées de l'été

« Il y a déjà certaines courses où l'on sait qu’elles ne seront plus faisables très longtemps pendant l'été », constate de son côté Boris, secrétaire du Bureau des guides des Écrins et accompagnateur en montagne. À savoir le Dôme et la Barre des Écrins, très prisés des alpinistes, particulièrement sensibles à l'évolution des conditions, auxquelles s’ajoutent, plus largement, la grande majorité des courses qui comportent une partie enneigée ou glaciaire. À Chamonix, c’est la voie normale de la Tour Ronde, course emblématique exposée sud-est sur le Massif du Mont-Blanc, qui est touchée de plein fouet. « On arrivait encore à la pratiquer jusqu'à la mi-août, constate Olivier Gréber. Aujourd'hui, elle ne se fait plus qu'en hiver. » En cause, la disparition progressive du manteau neigeux. « Sous la neige, c'est désormais un tas de pierres. »

Moins de neige, plus de pierres, certes, mais aussi « des crevasses qui s’ouvrent plus tôt et qui rendent les passages plus techniques, voire impossibles, les rimayes qui deviennent plus délicates à franchir, et des sections où la neige laisse place à de la glace vive, ce qui demande plus d'habitude, plus d'aisance en cramponnage », détaillent les deux hommes. « Au niveau sécurité, ça nécessite de s'adapter, de ne plus aller aux mêmes endroits, aux mêmes moments, voire de changer de zone de pratique. »

L'adaptation passe d'abord par le calendrier. Car si « la saison d’été commence désormais en mai ou en juin », les courses glaciaires autrefois pratiquées au cœur de l'été, sont aujourd’hui programmées dès la fin du printemps. Mais elle est aussi géographique. Les professionnels délaissent progressivement certains itinéraires devenus trop instables pour se tourner vers des secteurs moins affectés par le dégel du permafrost, comme le massif des Aiguilles Rouges, par exemple. Enfin, elle se traduit le plus souvent par des changements d'objectifs. « Dans les Écrins, lorsqu’une course glaciaire devient trop risquée, les guides basculent vers des itinéraires rocheux, comme ceux de la Roche Faurio par exemple, ou d’autres courses d’escalade », explique Boris. Mais cette flexibilité a ses limites. Si les guides arrivent majoritairement à proposer des alternatives, cela parfois conduit à des annulations. Et si celles-ci restent rares, elles s’accompagnent toutefois d’une concentration de l’activité sur les itinéraires encore en condition. « Du fait de la réduction du nombre d'itinéraires, l’activité se concentre forcément sur ceux qui restent praticables, observe Olivier Gréber. L'intérêt d'être avec un professionnel est justement d'aller chercher des alternatives, des courses qui sortent un peu des sentiers battus, afin de retrouver une qualité de pratique.»

Mais parfois, faute d'options, l’adaptation implique de changer carrément d’activité. À Chamonix, « le fait d'avoir plusieurs prérogatives (via ferrata, canyoning, escalade) nous permet de continuer à exercer, mais l'activité se réduit quand même. Le métier de guide a toujours été un métier d'adaptation. Ce n’esrt pas quelque chose de nouveau. On a toujours été attentifs à l'évolution des conditions, au jour le jour, parfois à la minute près. » Désormais, c’est surtout la fréquence à laquelle ces ajustements s’imposent qui frappe.

Du côté des clients, la compréhension est généralement au rendez-vous. « Les explications sur la sécurité suffisent le plus souvent à faire accepter un changement d’objectif, raconte Boris. C'est sûr, ils sont déçus, mais ils ne sont pas agressifs. »Même constat au berceau de l’alpinisme. « Les clients sont les premiers à nous parler de cette évolution, souligne le président de la Compagnie. Certains sont venus il y a quelques années, quand ils étaient plus jeunes, et nous disent, "Oh là là, ça a drôlement changé." » 

Des conditions qui se dégradent depuis les années 90

Pour les professionnels de montagne, le changement ne date pas d’hier, constate Olivier, qui exerce depuis plus de 40 ans. « C’est vers la fin des années 90 qu’on a vu une vraie accélération des modifications des conditions », rappelle celui qui est devenu adjoint guide en 1984, guide en 1989 et qui a rejoint la Compagnie chamoniarde en 1991. Là, depuis les débuts des années 2000, l'accélération est absolument flagrante. »

Au-delà des itinéraires, c'est le métier de guide lui-même qui est en train d'évoluer. Olivier Gréber imagine un retour à une réalité qui a longtemps été celle des guides de montagne. « Historiquement, il y a toujours eu des guides qui exerçaient une seconde profession en parallèle, qui étaient aussi menuisiers, charpentiers ou maçons », rappelle-t-il. La situation, déjà perceptible chez les nouvelles générations, pourrait redevenir plus fréquente si les fenêtres de pratique en haute montagne continuent de se réduire. « Beaucoup de jeunes guides ont aujourd'hui un autre cursus, un master en aménagement du territoire, des études d'architecture ou d'autres qualifications », observe le président de la Compagnie.

À plus court terme, tous les regards sont déjà tournés vers la prochaine vague de chaleur annoncée. « Si elle se confirme, c'est inquiétant. On a déjà plusieurs semaines d'avance sur les conditions. Si elles évoluent encore plus vite, il va falloir continuer à s'adapter. »

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