Il n’y a pas de plus grande aventure dans les Alpes que la Via Alpina. Courant sur huit pays en 2650 kilomètres et 150 000 mètres de dénivelé positif, elle mène de l’Adriatique à la Méditerranée en passant par d’innombrables sommets. Un excellent prétexte pour découvrir à pied le patrimoine naturel et culturel des Alpes. Et bien que ce sentier existe depuis le début 2000, et que le site officiel ait été refait à neuf cette semaine, il faut vraiment chercher pour trouver toutes les infos nécessaires avant de se lancer. C’est ce que nous avons fait. Alors voici tout ce qu’il vous faut pour boucler cet itinéraire emblématique. D'une traite ou par étape.
Ai-je le niveau pour faire la Via Alpina ?
La Via Alpina est un itinéraire de randonnée alpine. Elle reste toujours sur des sentiers et ne franchit jamais les limites de l’alpinisme. Attention toutefois, certains tronçons nécessitent d’avoir le pied sûr, surtout dans des conditions humides ou sur d’anciens névés. Vous trouverez parfois des passages équipés de chaînes, câbles, échelles ou cordes fixes. L’engagement n’est en général pas très important. Mais l’appréciation du vide est très subjective et certaines zones peuvent être impressionnantes.
Dans quel sens la faire ?
Si vous souhaitez faire la traversée en une fois, deux options s’offrent à vous : Trieste ou Monaco. Et pour celles et ceux qui désirent partir tôt dans la saison, Trieste est une meilleure option. De là, il vous faudra entre une semaine et dix jours pour atteindre le Triglav. De quoi laisser plus de temps à la neige de fondre. Tandis qu’avec un départ côté Monaco, vous risquez de très rapidement rencontrer des zones de haute montagne (et donc enneigées), côté italien comme côté français, dans le Mercantour.
L’autre avantage du départ à Trieste ? L’itinéraire va progressivement vers la montagne, ce qui vous laisse le temps de vous mettre en forme. Or, côté Monaco, on entre directement dans le vif du sujet.
Quand partir ?
Dans les Alpes, la saison de rando s’étend généralement de juin à octobre, bien que certaines zones soient accessibles toute l’année. À savoir qu’au-dessus de 2000 mètres d’altitude, et parfois en dessous, certains névés peuvent persister pendant l’été (jusqu’à début juillet, en particulier sur les versants nord et les zones rocheuses). Ce qui rend les traversées beaucoup plus difficiles.
Combien de temps me faut-il pour réaliser la Via Alpina en intégralité ?
Tout dépend de votre rythme. À raison d’environ 26 kilomètres par jour (et 1500 mètres de dénivelé positif), il vous faudra 100 jours (sans jour de repos). L’idéal est tout de même de se donner un peu de marge pour pouvoir souffler quand c’est nécessaire, s’abriter quand le temps est trop mauvais, visiter les lieux traversés, profiter des paysages, échanger avec les locaux, etc.
Comment rejoindre le départ ?
Trieste est desservie par le train. Certes, ça prend du temps (entre 12 et 15 heures de train depuis Paris), mais vous n’aurez pas à vous soucier du retour en voiture après votre longue randonnée.
Comment me repérer sur le parcours ?
Il n’y pas de topo officiel de la Via Alpina. Le mieux pour se repérer sur le parcours est de :
- Suivre la trace GPX du parcours. Attention toutefois à économiser la batterie de votre téléphone ou montre connectée.
- Avoir des cartes papier. Mais comme elles ne couvrent qu’une zone très limitée, cela risque de vous coûter très cher et ce sera lourd... De plus, une fois la zone passée, la carte ne vous sert plus à rien et vous pourriez avoir une furieuse envie de vous en débarrasser…
Comment calculer ses étapes ?
La question est cruciale quand on s’engage sur une telle distance. Deux options s’offrent à vous : suivre les étapes officielles (à retrouver sur le site officiel de la Via Alpina) ou fonctionner plus librement, selon la météo, les possibilités de bivouac, la forme et l’envie du moment. À savoir que les dix premiers jours d’une longue traversée sont souvent les plus durs, le temps que le corps s’adapte au rythme de l’itinérance.
Comment se ravitailler ?
La possibilité de se ravitailler varie également en fonction de l’heure et de la saison. En Italie, la plupart des commerces sont fermés entre 12h30 et 16h. Tandis que dans les Alpes du sud françaises, que vous rejoindrez généralement courant septembre, les épiceries et supérettes ferment ou réduisent drastiquement leurs horaires.
En ce qui concerne l’eau, vous trouverez de nombreuses sources et ruisseaux le long des sentiers de la Via Alpina, ainsi que des fontaines dans de nombreux villages de montagne. On rappelle au passage qu’il n’est pas recommandé de boire l’eau des sources et des ruisseaux situés dans ou au-dessous des zones de pâturage (troupeaux de bovins et d’animaux sauvages). Vous pouvez, dans ce cas, envisager d’utiliser des systèmes de purification de l’eau disponibles dans le commerce. À noter que dans les régions calcaires, il y a très peu de sources d’eau, surtout au début et à la fin de l’été. Renseignez-vous sur place, auprès des locaux.
Puis-je bivouaquer ?
Bivouaquer est un excellent moyen de vivre pleinement l’expérience de la Via Alpina. Mais cela peut aussi avoir un impact négatif sur l’environnement. Par ailleurs, de nombreuses zones dans les Alpes (utilisées pour la sylviculture ou le pâturage par exemple) peuvent appartenir à des propriétaires publics ou privés. Les règles relatives au bivouac varient donc considérablement d’un pays à l’autre, mais aussi d’une région à l’autre. À savoir que dans la plupart des parcs nationaux et des zones strictement protégées, il est interdit ou réglementé de passer la nuit dehors (dans les provinces autrichiennes du Tyrol, de la Carinthie et dans plusieurs municipalités de diverses régions des Alpes, dont la Suisse). En cas de non-respect de la réglementation, vous risquez une amende.
Si les refuges sont ouverts, vous pouvez demander aux hôtes l’autorisation de camper à proximité et éventuellement d’utiliser les installations sanitaires pour une somme modique.
Quelques rappels pour faire un bivouac responsable :
- Éviter les zones sensibles favorisées par la faune, telles que les zones de transition entre la forêt et les prairies, les bosquets, les zones avec de nombreuses traces d’animaux, les buissons, les zones humides, etc.
- Installer votre campement à au moins 100 mètres des cours d’eau afin d’éviter toute contamination.
- Utiliser les réchauds de camping avec précaution. Ne jamais laisser un feu sans surveillance jusqu’à ce qu’il soit complètement éteint.
- Ne pas faire de bruit, surtout au crépuscule, lorsque la faune est la plus active.
- Installer des toilettes naturelles à au moins 50 mètres des points d’eau ; enterrer les excréments et le papier hygiénique biodégradable ou recouvrez-les de pierres, etc.
- Se laver et faire la vaisselle en utilisant uniquement des produits biodégradables.
- Laisser l’endroit dans l’état où on l’a trouvé en arrivant. Emporter tous ses déchets (y compris les matières compostables, qui mettent des années à se décomposer à haute altitude) et les jeter dans les poubelles prévues à cet effet dans la vallée.
Quid de l’équipement ?
On n’aborde pas un long trek, d’une semaine ou plusieurs mois, comme une marche à la journée. En résumé : il va falloir rapidement se débarrasser des objets « au cas où ». Sans arriver aux extrêmes hors de prix d’un sac complet ultra-light à moins de 8 kilos avec eau et nourriture, arriver en dessous des 15 kilos sera déjà un énorme « plus » pour ne pas subir le poids du sac.
Voici la liste du minimum requis pour partir l’esprit tranquille et apprécier le voyage :
- Les vêtements : une chemise (ou un tee-shirt) de randonnée, un short, deux paires de sous-vêtements (un sur soi, l’autre dans le sac), idem pour les paires de chaussettes, un couvre-chef au choix (un Buff pour réguler la température et lutter contre le soleil ou une casquette pour une plus grosse protection contre les éléments, un bonnet éventuellement pour les nuits fraîches), une première couche thermique (collants, haut manche longues), une polaire ou une doudoune de rando et une veste de pluie.
- Les chaussures : de rando ou de trail, selon votre préférence.
- Le matos de bivouac : une tente (ou un simple tarp, à tendre avec vos bâtons de marche, pour un encombrement minimal), un matelas, une popote en titane, un réchaud, une cuillère-fourchette, un couteau, un briquet.
- Autres indispensables : un sac imperméable pour recouvrir votre sac (ou un sac poubelle résistant), des bâtons de marche, une lampe frontale, une batterie de recharge, un kit hygiène (brosse à dents, mini tube de dentifrice, crème solaire, savon biodégradable, papier toilette biodégradable, pansements, médicaments – anti-inflammatoire et paracétamol/aspirine), kit de réparation (rustines pour matelas, fil, aiguille, scotch, corde légère), filtre à eau, mini serviette microfibre
- Si vous partez en dehors des périodes conseillés, du matériel spécifique comme des crampons ou piolet peuvent être nécessaire.
Quel est le budget moyen pour partir sur la Via Alpina ?
Cette réponse est très variable en fonction des profils de randonneurs.
- Pour 10 € par jour : quasiment exclusivement du bivouac, moins d’une nuit en refuge par mois et d’un restaurant par semaine. Votre seule dépense, c’est votre réapprovisionnement et les éventuelles casses matérielles.
- Pour 25 € par jour : une nuit en refuge par semaine, plusieurs repas du midi ou du soir dans les refuges et quelques petits plaisirs pendant vos trois mois de marche.
- Plus de 40 € par jour : des nuits régulières en demi-pension, des courses de qualité, de la nourriture lyophilisée ou d’autres plaisirs plus couteux.
La communauté autour de la Via Alpina est très réduite – les Alpes étant très fréquentées, vous rencontrerez de nombreux randonneurs à la journée. Vous pouvez tout de même rejoindre le groupe Facebook dédié, un bon moyen de savoir qui d’autre est sur le chemin.
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