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jungle en Equateur
  • Aventure

Cinq jours dans la jungle : « Mais qu’est-ce je fous là ?!? »

  • 13 mai 2019
  • 5 minutes

Dominique Granger Dominique Granger Photographe autodidacte, passionnée de l'outdoors et touche à tout, Dominique n’a pas peur des défis. Elle affronte ses peurs en se lançant dans des aventures dont elle ne se serait pas cru capable plus jeune. La photographie outdoors lui permet d'allier son besoin de se dépenser à son besoin de se dépasser.


« Couvrir un stage de survie ? Pourquoi pas », s’était dit Dominique Granger, notre photographe. Une Québecoise de 33 ans qui se définit comme une « trouillarde qui prend sur elle ». Pour preuve, son sport préféré, élevé au rang de semi pro, est le kitesurf. On a vu plus calme. Dominique a donc signé pour 5 jours et 4 nuits dans la jungle équatorienne, au coeur du parc national Yasuni . Sa mission ? Photographier un groupe s’initiant à la survie sur un nouveau parcours, jamais testé jusqu’à présent.« Ce projet m’a embarqué sur des montagnes russes émotionnelles », raconte-t-elle. « De ‘super’ à ‘j’ai des doutes’ en passant par ‘qu’est-ce que je fous dans ce merdier’. Puis, tout simplement, ‘wow’, j’ai vu défiler toutes les nuances de l’enfer vert. Son récit, en images.

À la proue d’une petite pirogue à moteur, sur le fleuve Tiputini, je réalise tout d’un coup : moi, toute petite, remplie de peurs et de doutes, je suis là, au coeur de la jungle, comme photographe. Un mélange d’excitation et d’incertitude, de fierté et de peur m’envahit et fait monter des larmes que je refuse de laisser couler. 


Même si la prise du jour n’est que de 10 cm et est constellée d'arêtes pointues, on se délecte. “Le meilleur, c’est la tête” nous dit Freddy, notre guide. Une douzaine de petits poissons comme ce Tetra (Creagrutus amoenus), que l’on voit plus souvent dans nos aquariums que dans nos assiettes, composent le repas principal de la journée pour 6 personnes. L’apport calorique est minuscule comparé à la dépense journalière, mais bouillis dans des feuilles de palmier, avec une pincée de sel, c’est un repas de roi. 

D’une pierre, deux coups : ma présence avec le groupe est aussi liée à un projet de base de données sur les reptiles piloté par l’organisateur du stage, Damien Lecouvey, qui est aussi herpétologiste. Nous repartirons d’Équateur un peu déçus : cette belle femelle boa arc-en-ciel (Boidae epicrates cenchria) d’environ deux mètres aura malheureusement été notre seule rencontre reptilienne de l’expédition.

La jungle regorge de ressources, quand on sait où regarder... La liane à eau en est un excellent exemple : coupée de la bonne manière, elle libère de l’eau potable, que l’on peut boire à même la liane. En revanche, gare à ne pas se tromper d’espèce : plusieurs sont toxiques, comme le curare. Nous nous fions donc à notre filtre à eau pour remplir les gourdes - une méthode plus directe pour satisfaire nos besoins importants. 

La Parapnoera Clavata, plus communément appelée “Fourmi balle de fusil.” Elle aura marqué notre séjour. De tous les hyménoptères (fourmis, guêpes, abeilles...), c’est l’espèce qui aurait la piqûre la plus douloureuse pour les humains. Parlez-en à Damien, notre guide : il a dû continuer à avancer malgré la douleur et de la fièvre après s’être fait piquer 5 fois sur la jambe. Omniprésentes, elles tombaient fréquemment des arbres sur nos chapeaux et sacs, créant un petit moment de panique. 

La pluie diluvienne incessante met les nerfs des membres de notre groupe à rude épreuve. Le sac se fait de plus en plus lourd, et chaque pas dans la boue représente un effort surhumain. Tout est détrempé, il fait même froid. Prendre 15 minutes sous un tarp pour boire un café n’est pas un luxe. Mais il n’y a vraiment qu’une chose à faire, c’est de lâcher prise pour réduire sa tension intérieure. Seule Pacha Mama, - la mère Terre pour les Indiens -décidera quand ça s’arrêtera.

Don Milton : sans lui et ses compagnons, Indiens Quechuas, nous ne serions pas allés bien loin. Machette à la main, il donne un sens littéral à l’expression “hors des sentiers battus”. En voyant son sac de fortune, fait d’une poche de fils de plastique tissés et de lianes tressées qui font office de bretelles, je prends cette résolution : pas une seule fois je ne me plaindrai, même si mon sac à dos me meurtrit les épaules. 

Le premier rayon de soleil après deux journées de pluie : le moment qui ramène l’espoir, qui réchauffe le corps et l’esprit, qui fait remonter les niveaux de motivation. Enfin, nous allons peut-être sécher. Paulo, au premier plan, savoure ce moment. Derrière lui, les autres participants, Robin, Claire, et Romain (de gauche à droite) continuent leur lutte intérieure contre la fatigue et la faim. 

Peu importe le choix de chaussures, les pieds sont mouillés. Ici en mode selfie plantaire, gros plan sur l’un des plus gros défis et inconforts de la jungle : la boue. Elle salit, elle pue, elle pénètre tout. Sans parler de l’inconfort de passer 5 jours avec les pantalons rentrés dans les chaussettes, pour fermer la porte aux fourmis curieuses. Dessous, mes pieds ont l’air d’avoir 150 ans. 

La fin approche, mais ça semble interminable. Freddy, en jaune, essaye de capter un peu de signal pour organiser notre retour au lodge, puisque nous ne terminerons pas l’itinéraire prévu. Nos guides indiens avaient surestimé nos capacités. Nous marchons trois fois moins vite qu’eux ! Damien a sorti son GPS, un luxe aux antipodes de la méthode locale d’orientation de nos guides : sans carte ni boussole, ils écoutent, regardent, observent, se souviennent puis prennent la bonne direction. La technologie n’apporte parfois qu’un stress supplémentaire.

Moment de bonheur ou de découragement ? Le taciturne Robin profite de l’eau claire de la rivière pour un moment de repos. Tout le groupe s’y retrouve : habillés de la tête aux pieds, nous essayons de nous débarrasser de la boue à l’aide de petits bouts de savon. Être propres et frais, un vrai luxe dans la jungle. De loin, l’improbable touriste entendrait des cris de joie d’enfants qui barbotent.

Les traversées de rivières sont nombreuses. Les guides, eux, passent sur les troncs, légers comme des chats. Pour nous lourdeaux, avec nos sacs énormes, chaque traversée est un défi. Se mouiller ne serait pas la fin du monde à ce stade, mais les branchages entremêlés et autres anguilles électriques n'incitent pas au plongeon. Quant à moi, l’idée de tomber avec un sac rempli de matériel photo fait s’envoler mon niveau de stress.

Enfin, la porte de sortie ! Nous avons terminé notre trek par-delà un nombre incalculable de lomas (collines, l’unité de mesure que se donnent nos guides). La jungle, c’est loin d’être plat : Sur les 5 jours, nous avons marché plus de 55 km, avec plus de 2000 m de D+. L’idée de s’asseoir dans une pirogue est donc un énorme soulagement. Nos guides doivent en bricoler une triple - “sans ça, c’est certain que vous, vous tomberiez à l’eau. » Eux, non.  On les croit sur parole.

De retour au lodge, j’étale le contenu de mon sac par terre., Nous sommes, moi et mon équipement, dans un état lamentable. Un item s’est rajouté pendant la semaine, visible dans le cadran en bas à droite, au-dessus du livre de Mike Horn dont les aventures polaires sur fond d'icebergs immaculés m'ont fait un bien fou tout au long de cette galère. D'un brun sale, pareil à une brique, c'est un gros morceau d’écorce de cannelle trouvé dans la jungle. La deuxième journée, j’ai craqué. Rien n’allait plus, je me cachais pour pleurer, je pensais devoir abandonner. Mais mon morceau de cannelle à la main, je croquais des petits bouts : le réconfort du goût et de l’odeur me ramenait à des souvenirs d’enfance à Montréal. L’aromathérapie, à l’état naturel.


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