Audrey Tanguy a remporté jeudi dans la nuit la TDS, la course de 145 km et 9100 m de dénivelé de l’UTMB, pour la deuxième année consécutive. Sa victoire de l’année dernière était une surprise, celle de cette année est une confirmation : la Française est désormais l’une des meilleures ultra traileuses du monde. Nous l’avons rencontrée juste après sa victoire, au coeur de Chamonix.
21 heures, 35 minutes et 15 secondes, c’est le temps qu’il a fallu à la championne française pour boucler ce parcours inédit de la TDS (la course existe depuis 2009, mais le parcours a été rallongé de 20 km et 2000 m de D+ cette année). Une nouvelle performance impressionnante qui confirme un peu plus sa place parmi le gratin de l’ultra trail mondial. Il y a quelques mois encore, elle avouait son admiration pour ses adversaires directes. Aujourd'hui, c'est elle dont on s’inspire désormais.
Comment as-tu vécu ta course ?
Comme d’habitude avant le départ, j’étais très stressée. La course a été usante du fait du déroulement. Il y a eu une grosse bataille pour la victoire avec Hillary (Allen) - qui finira deuxième à 16 minutes de la Française - et Kathrin (Götz). Dans ces conditions, on va puiser beaucoup plus dans nos réserves à la fois physiques et mentales. Il faut du temps pour s’en remettre.

Comment on se sent-on, 24 heures après un tel effort ?
Physiquement ça va plutôt bien, bien que j’aie très mal dormi après la course. J’ai encore quelques courbatures, mais s’il fallait courir, je pourrais. Par contre, mentalement c’est épuisant et c’est ce qui explique qu’il faut beaucoup beaucoup de temps pour récupérer. L’année dernière, après le Grand Raid de la Réunion - Audrey a fini deuxième ex aequo - j’ai mis des mois pour revenir à 100%, même si deux jours après je n’avais plus de mal aux jambes.
La TDS 2018 t’a révélée sur la scène internationale. Depuis un an tu enchaînes les résultats de très haut niveau. Comment vis-tu ce changement de statut ?
Pour être honnête, je suis toujours fan de Mimmi Kotka (ultra traileuse suédoise) ou de Courtney Dauwalter (actuelle meilleure ultra traileuse du monde qui sera au départ de l’UTMB ce soir).
Je ne réalise pas trop que j’ai changé de dimension. Je me rends bien compte que ce n’est plus comme avant. Je reçois énormément de messages d’encouragement ou de félicitation sur les réseaux sociaux, tout le monde connaît mon nom au bord des chemins. C’est génial de vivre ça, mais je n’ai pas du tout l’impression d’être une star.
Quelles relations entretiens-tu avec tes concurrentes ?
On s’entend toutes super bien ! C’est ce que je trouve génial dans le trail. Évidemment on a plus d’affinités avec certaines personnes, avec Katie Schide notamment, avec qui j’ai déjà fait des courses en duo. Grâce à la TDS, par exemple, j’ai rencontré Hillary, et ça y est on déjà copines. Je suis impatiente de la recroiser sur d’autres courses.
Contrairement aux hommes - François d’Haene, Kilian Jornet, Jim Walmsley- aucune femme ne domine la discipline depuis des années, malgré l'arrivée de Caroline Chaverot, Mimmi Kotka et Courtney Dauwalter aujourd’hui. L'as-tu également remarqué?
Bien sûr, je fais le même constat. Je pense qu’on en fait trop, nous les femmes. Trop d’entraînement, trop de course. François d’Haene gagne énormément depuis presque dix ans, mais il ne court pas énormément finalement. Peut-être que les femmes ont le sentiment qu’elles doivent faire plus, qu’elles ont plus de choses à prouver et in fine vont trop loin. Pour durer, il faut être raisonnable.
Les femmes, que ce soit en trail ou dans d’autres disciplines d’ultra endurance, font des performances incroyables. Comment l'expliques-tu?
Je pense que mentalement on est sûrement un peu plus fortes que les hommes, or c’est une dimension essentielle en ultra. Par ailleurs, on a tendance à partir moins vite sur les courses, à mieux gérer, tout simplement parce qu’on doute plus. À titre personnel, j’ai toujours peur de ne pas arriver au bout de la course, et de ce fait j’essaye de gérer. D’une certaine manière, le doute et la peur sont mes alliés.
Quel est ton programme pour les mois qui viennent ?
Je vais déjà récupérer comme il faut ! Ensuite, j’ai un projet en Corée du Sud. On m’y a invitée sur une course qui a l’air super. Je vais essayer d’y aller dans un état d’esprit différent, sans jouer la gagne. Je pense que ce sera dur, parce que dès que j’ai un dossard, l’esprit de compétition reprend le dessus, mais j’ai juste envie de profiter.
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