Surfant sur la tendance de la micro maison, des sans-abris ont créé un village autogéré. Ouvert sur l’extérieur, il rencontre un succès retentissant. De quoi donner des idées en France.
Quoi de plus cool qu’une « tiny house » ? Pour la plupart d’entre nous cette maison très design, à mi-chemin entre la cabane et la roulotte, est un fantasme, à vivre le temps d’un week-end en montagne ou bord de mer. Mais pour les SDF d’Austin, au Texas, c’est beaucoup plus que ça : un refuge vital, seule alternative à la rue.
Il a fallu plus de dix ans à l’Américain Alen Graham, fondateur et directeur du « Community First Village » d’Austin pour faire aboutir ce qui est aujourd’hui un village de 200 personnes. Des SDF ou handicapés, vivant autrefois dans des conditions ultra précaires, les laissés-pour-compte de l’Amérique. Là, en l’espace de douze ans, ils ont retrouvé un « home », un foyer, et sont aujourd’hui installés dans l’une des 130 tiny houses individuelles disséminées sur un site de dix hectares dans la banlieue d’Austin, aux côtés d’une centaine de vans et trailers. Louées entre 225 $ (190 €) et 380 $ (324€) par mois, toutes charges comprises, elles sont une chance inespérée pour tous ceux qui hier encore dormaient dans la rue ou dans des logements insalubres et hors de prix. Le succès du village est tel, que 310 petites maisons individuelles, toutes différentes, des plus design aux plus kitch, sont aujourd’hui en cours de construction par les résidents eux-mêmes.





"Pour les pauvres, par les pauvres"
On est loin ici en effet des parcs à trailers ou mobile homes très courants aux États-Unis, symboles du déclassement social, dernière étape avant la rue pour beaucoup. « Community First Village », littéralement la « Communauté d’abord», est un "concept unique conçu pour les pauvres par les pauvres, l’idée est de redonner un sens à leur vie", explique son fondateur. Peu enclin à la langue de bois, il ne parle pas de « personnes démunies » ou en « situation de précarité », mais bien de "pauvres". « La plupart des programmes destinés aux pauvres », dit-il, " sont conçus d’en haut, par des gens diplômés de grandes universités, bien installés dans leur bureau et totalement déconnectés de la réalité des utilisateurs finaux. Or, la base du marketing", poursuit-il, "c’est de demander aux consommateurs : 'que désirez-vous ? Quels sont vos besoins quotidiens', non ? C’est ce que nous faisons ici.
Ainsi chaque maison, aussi petite soit-elle, est individuelle. Pas de dortoir commun ni de collocation. Chacun est responsable de son foyer. Les cinq cuisines extérieures très équipées sont communes, mais les salles de bains du bloc sanitaire sont individuelles. Il s’agit d’encourager les échanges autour de la préparation des repas, moments de partage évitant le repli sur soi, mais aussi de retrouver un sens de l’intimité, souvent perdu au cours des années d’errance entre la rue et les foyers pour SDF. Aussi avons-nous également un amphithéâtre où sont organisés des spectacles, des séances de cinéma et des offices religieux. Des temps forts de la vie d’une communauté très active.
Nous encourageons les microentreprises. Depuis l’artisanat et l’art jusqu’à la prestation de services, réparation d’auto, forge, atelier de menuiserie, ou restauration. Nous comptons aussi une ferme bio et un peu d’élevage. Le jardin, c’est pour la production, mais aussi pour permettre de gagner en autonomie tout en travaillant en équipe. Sans compter que cela donne une autre image du homeless.
De la tiny house aux Airstreams
C’est comme la tiny house, un concept très populaire en ce moment, nous l’avons adopté parce qu’il répond aux besoins des SDF, et il permet de susciter l'intérêt du public pour notre projet - source de revenus - tout en attirant de nombreux bénévoles."
« Dernièrement nous avons même ouvert une auberge et un bed & breakfast en airstreams », explique Bethany Hebbard, salariée en charge de ce service. "N’y voyez pas de voyeurisme », précise-t-elle dans le film de 16 minutes consacré au village. "Non, l’idée n’est pas d’aller observer des SDF, mais de partager un moment de la vie de la communauté. Aussi réserve-t-on ici pour deux nuits minimum pour que les visiteurs puissent passer une soirée avec les habitants du village, ne serait-ce que pour partager un BBQ ou voir un film avec eux. D’ailleurs dans le prix est inclue la visite du site guidée par l’un des résidents, ainsi que la participation à une activité : jardinage, soin des animaux, initiation à la sérigraphie, construction de tiny house ou boulangerie. Cela nous aide à financer le village et à le maintenir ouvert sur le monde extérieur. C’est essentiel pour ces personnes longtemps exclues de la société », insiste-t-elle.
« Mon job, c’est d’accueillir les visiteurs », explique Bonnie Durkee, ex SDF. Le visage très marqué, cette femme sans âge explique avec fierté combien sa communauté est soudée. "Ici y’a eu beaucoup de casse", dit-elle. "Mais le village et ses résidents, c’est comme les os du corps, ils ont été fracturés, mais ils en sont sortis plus solides et plus forts».
Un discours que ne démentira pas le fondateur du Community First Village : « Nous espérons créer ici un nouveau mouvement et passer de la transaction marchande à l’échange, la discussion et le partage. Nous nous adressons aux homeless mais aussi à tout le monde. L’idée est de réévaluer comment nous vivons, comment nous consommons et de réfléchir à pourquoi la consommation ne nous apporte pas le bonheur », conclut-il.
Pour en savoir plus sur « Community First Village » d’Austin, c’est ici.
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