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Johanna Farber Salt lake City
  • Société

Arrêtons de « sexualiser » les athlètes feminines dans les médias

  • 21 avril 2022
  • 4 minutes

Sasha DiGiulian Sasha DiGiulian Grimpeuse professionnelle. Championne du monde. Diplômée de l'université de Columbia. Activiste.

« Nous devons avoir la liberté de choisir comment nous voulons afficher notre corps » annonce la championne du monde américaine, Sasha DiGiulian. La grimpeuse professionnelle, prône pour une médiatisation des sportives avec respect, laissant de côté l’apparence physique au profit des performances.

Septembre 2021. La fédération internationale d'escalade (IFSC), en charge de l’organisation des compétitions, présente des excuses, pour la deuxième fois de la saison à Johanna Farber, une grimpeuse autrichienne de 23 ans. En effet, quelques jours plus tôt, lors des championnats du monde à Moscou, le live YouTube de l'IFSC avait diffusé un plan rapproché et prolongé de ses fesses. Un incident faisant suite à un événement similaire ayant eu lieu lors de la Coupe du monde à Innsbruck, en Autriche, le 26 juin.

« La vidéo est irrespectueuse, et ce qui suit est encore pire. Tout le monde a commenté cet événement, ce qui n'est pas le cas de mes performances en escalade », m'a confié Johanna Farber qui a reçu des commentaires sur les réseaux sociaux lui suggérant de porter, si elle était contrariée par cette couverture médiatique, des vêtements plus sobres et veiller à ce qu’elle poste sur Instagram n'« attire » pas l'attention sur son corps.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Johanna Färber - New Account (@_yohoney__)

Des messages provenaient d'inconnus ayant lu l'histoire au fur et à mesure qu'elle se déroulait dans le New York Post, CNN et le Daily Mail. « J'ai l'impression que tous les commentaires que j'ai reçus portaient sur ce que les femmes devraient ne pas faire », a déclaré la grimpeuse.

Avant qu'Instagram ne suspende son compte, certainement dû aux signalements des utilisateurs sur ses photos selon elle, l’Autrichienne a qualifié la situation d'irrespectueuse et de bouleversante. « Je suis une athlète et je suis ici pour montrer mes performances », a-t-elle écrit dans un post. « Pour être honnête, je suis tellement gênée de savoir que des milliers de personnes ont vu ces images. Nous devons arrêter de sexualiser les femmes dans le sport et commencer à apprécier leurs performances ».

Malheureusement, ce genre d'incident, reflétant la sexualisation des athlètes féminines dans le sport, n'est pas isolé.

Les athlètes féminines de haut-niveau sont continuellement jugées en fonction de leur beauté physique et de leur vie amoureuse

Commencer le sport dès le plus jeune âge favorise, chez les jeunes filles, l'estime de soi, la réussite scolaire et la probabilité d'obtenir un diplôme d'études secondaires affirme une étude de la Women's Sports Foundation, une fondation qui finance la recherche, la libération de la parole sur le sujet et des événements visant à autonomiser les femmes par un meilleur accès et une plus grande égalité dans le sport. Pourtant, au lieu de se focaliser sur leur performance, les athlètes féminines de haut-niveau sont continuellement jugées en fonction de leur beauté physique et de leur vie amoureuse.

J'en ai d’ailleurs personnellement fait l'expérience. Grimpeuse professionnelle, et championne du monde, j’ai réalisé plus de 30 premières ascensions dignes d'intérêt. Or, dans des interviews et sur les réseaux sociaux, il m’arrive souvent de répondre à des questions concernant mon poids, ce que je porte et le fait que j'aime le rose. « Es-tu célibataire ? » et « Avec qui partages-tu ta vie ? » sont des questions désormais courantes. Etonnant, surtout que je vois rarement des hommes interrogés sur leur vie amoureuse, alors que moi-même et mes amies athlètes recevons régulièrement ce genre de questions.

Par exemple, la Canadienne Arianne Jones, spécialiste de la luge et médaillée d'or olympique, avait été décrite, lors d’une étape de Coupe du monde, par un speaker comme la « mignonne du circuit ». « Son annonce s'est concentrée sur mon apparence physique plutôt que sur mes performances », se souvient-elle. « En revanche, le commentaire concernant les hommes, était d'un autre genre : 'Il a terminé à la sixième place la semaine dernière. C'est un concurrent de taille aujourd'hui' ».

Le plus grand problème actuel dans le sport féminin est celui de la visibilité : à la fois le manque de reconnaissance et la façon dont les femmes sont représentées, rappelle Hilary Knight, joueuse de hockey professionnelle et membre de la Women's Sports Foundation. Prenons l’exemple des photos d’athlètes : un homme sera souvent en pleine action, en train de pratiquer son sport tandis que chez une femme, le côté sensuel sera davantage mis en avant.

À ce propos, une étude de la Cambridge University Press a évalué le langage utilisé pour décrire les athlètes masculins et féminins dans les médias sportifs, y compris les articles et les commentaires lors des retransmissions. Résultat : les chercheurs ont constaté un réel décalage entre la manière dont les hommes et les femmes sont dépeints. Notons que les mots les plus courants pour décrire les athlètes féminines, sont « âgée », « plus vieille », « enceinte », « mariée » ou « célibataire » contrairement à ceux décrivant les athlètes masculins - « le plus rapide », « fort », « grand » et « génial ». De plus, l'étude a également révélé une attention disproportionnée accordée à l'apparence, aux vêtements et à la vie personnelle des femmes.

Nous devons avoir la liberté de choisir quand, si et comment nous voulons afficher notre corps

Sans aucun doute, souligner les performances les athlètes féminines dans les médias ne peut que contribuer à inspirer les jeunes sportives. « Souvent, pour voir un changement positif, il faut se lancer », a déclaré Hilary Knight. « Ces jeunes filles ont besoin de voir des professionnelles à l'oeuvre ».

Ainsi, les athlètes commencent elles-mêmes à ouvrir le débat. Par exemple, lors des Jeux olympiques d'été de Tokyo, en 2021, des femmes ont ouvertement dénoncé le sexisme dont elles font preuve comme l’équipe féminine norvégienne de beachvolley qui s'est battue pour obtenir des maillots moins suggestifs que les bikinis obligatoires, devant payer une amende de 175 dollars par joueuse pour avoir refusé de les porter. De plus, l’équipe allemande de gymnastique a opté pour des maillots de corps complets plutôt que pour les maillots traditionnels, afin d'affirmer que seul leur talent devait être jugé, et non leur apparence.

En tant que femmes, nous devons avoir la liberté de choisir quand, si et comment nous voulons afficher notre corps. Si une femme souhaite montrer son corps si difficilement acquis lors de séances de photos en maillot de bain, en couverture de magazine ou dans des campagnes de marketing, c'est son choix. C’est notamment ce que j’ai fait lorsque j'ai participé à la publicité Agent Provocateur 2020, où il était question d'autonomisation et de l'idée que la force faisait partie intégrante de la féminité. Comment les femmes décident d'afficher leur corps n'est pas le problème, mais la façon dont elles sont mises en avant, et ce sans leur consentement.

« Sur les réseaux sociaux, je peux choisir ce que je publie. Par exemple, j'aime poster des photos en bikini. J'ai l'impression que cela me donne confiance. J'aime aussi voir d'autres femmes fières de leur corps. Mais dans le cadre professionnel - en compétition, quand je fais mon travail - je ne veux pas de ça », a déclaré Johanna Farber. « C'est un point que les gens ne comprennent pas. Or, c’est quelque chose de totalement différent ».

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