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les inondations de La Bérarde 2024
  • Société

« Abandonner La Bérarde est inenvisageable ! » : le maire de Saint-Christophe-en-Oisans se bat pour reconstruire et redonner vie à la vallée

  • 25 novembre 2024
  • 6 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

« Il n’y a pas de raison qu’une vallée comme la nôtre ne puisse plus vivre » insiste Jean-Louis Arthaud, maire de Saint-Christophe-en-Oisans, commune à laquelle est rattaché le hameau de La Bérarde. Car si les travaux engagés depuis le début de l’été ont été mis pause mi-novembre, en raison de l’arrivée de la neige, les élus et les acteurs locaux gardent le cap vers la prochaine échéance touristique, l’été 2025. Leurs perspectives futures, qui concernent également le retour des habitants dans le hameau, ainsi que les résultats des études scientifiques, ayant eu pour mission de calculer la probabilité qu’un événement de cette ampleur survienne de nouveau, seront présentés dans le cadre d’une réunion publique, le 16 décembre. Date à laquelle l’avenir de La Bérarde devrait être fixé.

Cinq mois après la crue torrentielle du Vénéon, survenue du 20 au 21 juin, l’émotion est encore palpable à La Bérarde. D’autant plus quand on aborde le sujet de la reconstruction du hameau, haut lieu de l’alpinisme. Car au vu de son état, et des risques auxquels il est potentiellement encore soumis, il est légitime de se questionner sur son avenir. Que faire ? Engager d’énormes budgets pour remettre cet emblème debout ? L’abandonner en se disant qu’un tel épisode risque de se reproduire ? Ou réfléchir à d’autres alternatives ? Pour Jean-Louis Arthaud, maire de Saint-Christophe-en-Oisans, commune à laquelle est rattaché le hameau dévasté, une seule option est possible : reconstruire La Bérarde. Envers et contre tout. Un combat que cet élu n’est pas près de lâcher, insiste-t-il dans cette interview durant laquelle il est revenu sur l’état actuel des travaux, mais aussi sur son désir de voir La Bérarde renaître, aussi bien pour les touristes que pour les habitants.

Que s’est-il passé à La Bérarde depuis la crue torrentielle du 21 juin ? 

Nous avons fait des travaux de mise en protection du hameau, notamment avec le maintien du lit du torrent, via la mise en place d’enrochements de part et d’autre des deux rives de façon à ce que l’eau n’aille pas impacter les maisons encore debout. Nous avons ensuite créé un deuxième chenal de secours sur l'ancien lit du torrent afin de se prévenir d'une éventuelle crue. […] Puis, nous avons travaillé sur le Vénéon entre le hameau de La Bérarde et le camping de façon à le remaintenir dans son lit. Puisque des débordements avaient fortement impacté cet endroit-là en juin. Ces travaux sont terminés début de semaine dernière [le 19 novembre, ndlr].

Nous avons également réalisé, en parallèle, des travaux de nettoiement des rues, enfin de ce qu'il en reste. De façon à ce que les habitants puissent accéder à minima à leurs habitations. Nous avons également nettoyé le tour des habitations. L’idée étant de les dégager au maximum, de façon à ce qu'elles ne soient pas trop ensevelies, que l'air puisse circuler autour pour assainir tout ça, notamment pendant la période hivernale.

Et en termes de coûts, ça représente combien ? 

Entre 600 000 et 700 000 euros. Je n'ai pas fait le total, mais on doit être plus proche des 700 000 euros. 

Avec l’arrivée de la neige, le chantier est terminé pour quelques mois. Que va-t-il se passer ensuite ? 

Nous travaillons actuellement avec le service de la préfecture pour organiser une deuxième réunion publique, qui aura lieu le 16 décembre. L’idée étant, avant tout, d'informer la population. L’État va également nous délivrer, début décembre, des études pour décrire l’événement, pour nous permettre de comprendre ce qu’il s’est passé. Et puis, j'ose espérer, pour nous donner une idée des mesures à prendre, de façon à ce que, si l'événement devait se reproduire, on puisse en atténuer les conséquences. Nous sommes également en attente d'un scénario qui va nous permettre de redévelopper, redynamiser le village. Voilà nos attentes. Et bien évidemment, on espère reprendre les travaux au printemps.

La Bérarde va-t-elle à nouveau accueillir du public pour la saison estivale de 2025 ? 

On va simplement mettre en place un transit dans le hameau ou en dehors du hameau. Puisqu'aujourd'hui, il n'y a plus de moyens d'accès à La Bérarde. Toutes les infrastructures ont disparu. Tout cela sera reconstruit au printemps, pour pouvoir faire traverser les visiteurs qui vont au-delà du village, vers les refuges. C'est la priorité des priorités. […] La remise en route du hameau de La Bérarde, pour le moment, n'est pas d'actualité. Puisqu’il faut reprendre tous les réseaux d'eau, d'assainissement, d'électricité, etc. Donc aujourd'hui, on n'en est pas là. 

Le retour des habitants, c’est tout de même un objectif pour vous ?

Bien évidemment. Mais en ce qui concerne 2025, il est certain que l’on n'arrivera pas à refaire tous les réseaux. Parce que ce genre de travaux va prendre du temps. 

Au regard de ce qui s'est passé le 21 juin, La Bérarde n’est pas sans risque. Comment fait-on pour continuer d'accueillir du public malgré cela ? 

Vivre à La Bérarde, ce n'est pas plus risqué qu'ailleurs. La connaissance des risques, nous l'avons. Pour preuve, des plans qui ont été mis en place pour des évacuations ou autres. Il faut composer avec le risque, justement. Et c'est ce que nous demandons aux services de l'État : de définir le risque, la hauteur du risque, et de pouvoir adapter les mesures, soit d'évacuation, soit de protection de la population.

Ne pourrait-on pas recentrer l’activité touristique à Saint-Christophe-en-Oisans, village situé à une dizaine de kilomètres de La Bérarde, et créer un parking où les amateurs de montagne se rassembleraient avant de partir randonner, grimper ou s’adonner à l’alpinisme ; à l’image du site d’Ailefroide, lui aussi situé dans les Écrins ?

C’est inenvisageable. Notre vallée se termine à La Bérarde. Et il y a des hameaux entre Saint-Christophe et La Bérarde. Il est hors de question de couper la vie de ces hameaux. Et il est encore plus hors de question de dire qu'à La Bérarde, il n'y aura plus rien. Ça, on s'y refuse. On se bat depuis le départ [le 21 juin, ndlr]. On sait très bien qu'il y aura des aménagements qui ne seront pas sans contraintes. Ce que l’on accepte.

Il suffit qu'elles soient définies clairement. Mais dire qu'il n'y aura plus d'habitation à La Bérarde, c'est inenvisageable. On va justement se battre pour ça. Parce qu'il n'y a pas de raison qu'une vallée comme la nôtre ne puisse pas vivre. Il y en a bien ailleurs qui vivent avec les mêmes risques que nous. Il suffit que l'État, et je l'ai dit X fois, anticipe ces risques-là, nous donne des directives très claires sur les moyens à mettre en œuvre pour s’en prémunir. On est prêt à étudier toutes ces possibilités. Mais alors celle de dire qu'on n'a plus de vie dans la vallée, ça, on peut oublier directement.

Mais est-il financièrement possible de reconstruire ?

Ça va demander de l'argent. Et c'est bien pour ça que notre commune a passé cinq mois à travailler pour proposer des scénarios de réaménagement. Il faut que l'État, ainsi que les différents services qui travaillent sur ce dossier, se prononcent. Qu’ils nous disent ce qui est clairement faisable ou pas faisable. Et à ce moment-là, on verra les crédits qu'il faut mettre en œuvre. Mais vous savez, on a des exemples sous les yeux. Nous habitons dans une région où il y a des stations de ski. Et quand il y a le moindre problème en station, on n'hésite pas à mettre des millions et des millions d'euros. Alors certes, les retombées économiques ne sont pas les mêmes. Mais je ne vois pas pourquoi des vallées de montagne n'auraient pas le droit de vivre. Et pour ça, on se battra. Je peux vous garantir que l’on ne va pas laisser tomber ce dossier.

Donc c'est sûr qu'il y aura certainement des discussions. Mais on n'est pas du tout prêts à admettre la fermeture des vallées sous prétexte que ça coûte cher. Parce que ce qui va arriver, c'est qu'à force de fermer des vallées, à force de fermer les villages, on va assister à une désertification de ces lieux. […] Et un jour ou l'autre, ce qu’il nous est arrivé, à La Bérarde, ça arrivera sur des agglomérations comme Grenoble. Voilà ce que je défends depuis longtemps. Je l'ai signalé X fois en préfecture. Et je pense qu'un jour ou l'autre, on sera entendu. Mais vous savez, c'est dur. […] On a bien vu les grandes déclarations politiques où « C'est malheureux, c'est énorme ce qui vous arrive ». Mais ça s'arrête là. Très peu de nos grands politiques ont donné suite à ces discours. 

Quel est votre ressenti vis-à-vis de la situation ? 

On a fait des propositions, qui portent sur un aménagement hydraulique, de façon à éviter d'avoir un événement comme on a eu au mois de juin. Mais aussi sur le réaménagement avec des zones à reconstruire, de manière à ce qu’elles ne soient pas impactées par ces problématiques torrentielles. Tout cela a été mûrement réfléchi, on ne demande pas n'importe quoi. On sait très bien qu'il y a des ouvrages à faire, que ça va avoir un coût. Maintenant, la balle est dans le camp des services instructeurs. Et nous sommes prêts à travailler avec eux, bien évidemment. Mais on ne consent pas du tout à l’idée qu'il n'y ait plus de vie sur la vallée. C'est carrément impossible à entendre. […]

J’aimerais également rajouter que je comprends très bien le raisonnement des associations de protection de la nature [qui questionnent la reconstruction de La Bérarde, ndlr]. Mais ils ne sont pas à notre place. Et moi, je ne vais pas discuter de leur position quand il s'agit de prendre une décision sur tel ou tel projet. Je ne vais pas me mettre au milieu. Donc qu’ils nous laissent vivre, qu’ils nous laissent travailler. Nous sommes tout à fait conscients de ce qui nous attend et de ce qu'on doit faire et ne pas faire. On est au cœur du Parc national des Écrins. Nous travaillons avec le Parc, en bonne entente [Jean-Louis Arthaud est d’ailleurs vice-président du conseil d'administration du Parc national des Ecrins, ndlr]. Mais après, chacun son domaine. Et qu'on ne vienne pas trop se mettre au milieu pour nous dicter ce qu'on doit faire. Parce que ça, ce n'est pas entendable. Et là, on montrera les dents s'il faut. 

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