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Patchwork photos de guides de hautes montagne ancien et jeune
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200 ans de la Compagnie des guides de Chamonix : rencontre avec le plus ancien et le plus jeune de ses membres

  • 5 juillet 2021
  • 6 minutes

La rédaction Outside.fr Marine Saint-Germain

À 96 ans, Fernand Pareau a passé 60 ans à la Compagnie des guides de Chamonix - et n’a pris sa retraite qu’à 90 ans. Loïc Thivierge, 27 ans, le cadet de la Compagnie, sera diplômé à la fin de l’été. Près de trois générations les séparent, et pourtant, ils partagent la même vision de ce métier. Ou plutôt, de cette vocation.

Quelle famille chamoniarde ne compte pas au moins un guide dans son arbre généalogique ? Cette année, la Compagnie des guides de Chamonix fêtera ses 200 ans d’existence lors de la fête des guides, le 15 août. Et pour la majorité de ses membres, ce métier s’est imposé comme une évidence. Un mode de vie, transmis de génération en génération, que nous racontent le doyen des guides Fernand Pareau, 96 ans, et Loïc Thivierge, 27 ans, cadet de la Compagnie de Chamonix, tous deux originaires du massif.

70 ans séparent leur entrée dans la Compagnie. Fernand Pareau a commencé son stage d’aspirant guide et porteur en 1953, avant d’obtenir son titre de guide en 1956. À la retraite depuis 6 ans, il a continué d’exercer jusqu’à ses 90 ans, sans jamais se lasser de ses sorties en montagne. Loïc Thivierge, lui, a passé son examen d’entrée en 2018, et devrait terminer sa formation à l’ENSA à 27 ans, cet été - lors de la fête annuelle des guides, le 15 août. Une passion apparue plus tardivement que son aîné, mais à laquelle il n’a pas pu échapper. 

  • Fernand Pareau plus vieux guide de France
  • Fernand Pareau guide eperon sud des cosmiques 1967
(Collection Fernand Pareau)

« Quand on était jeunes, on grimpait tout le temps à Argentière", se souvient Fernand Pareau. " À l’époque, dans ce village, il y avait des guides dans toutes les maisons. Mes trois beaux-frères étaient déjà guides, on parlait tout le temps dans la montagne, on se retrouvait tous pour raconter les courses. Mais ce n’est pas parce que j’étais entouré de guide que faire ce métier était obligatoire pour moi. Je l’ai fait par choix, pour la joie de transmettre mon amour de la montagne aux autres."

  • Fernand Pareau plus vieux guide de France
  • Fernand Pareau guide 1996 Nepal
(Collection Fernand Pareau)

« Guide, c’est le choix de la liberté » 

Loïc Thivierge n’était pas prédisposé à être guide. Même avec un père exerçant ce métier, et une mère accompagnatrice en montagne, le jeune Loïc choisit de suivre des études d’ingénieur à Lyon après l’obtention de son baccalauréat. « Mais je n’ai pas mené mes études à terme. Après la licence, j’ai tout arrêté, je sentais qu’il me manquait quelque chose, alors je suis rentré à la montagne. C’est à cette période-là que j’ai réellement commencé à bien pratiquer. J’avais fait un peu d’escalade plus tôt avec mon père, mais ça ne m’attirait pas plus que ça au début. Puis, je me suis intéressé de plus en plus aux topographies, à explorer des voies le week-end, et je me suis retrouvé à faire ma liste de courses pour me présenter à l’examen de guide », explique-t-il.

Un choix aussi instinctif que réfléchi, que le cadet n’a pas pris à la légère. « Ma famille ne m’a pas forcé à être guide car c’est un métier dur. J’ai bien vu les traces du temps laissées sur le corps de mon père, qui à 69 ans est en fin de carrière, mais toujours en activité. À quel point porter des sacs lourds peut user. Être à contre courant des autres, ne pas pouvoir être aussi disponible qu’on le voudrait pour sa vie de famille ». Des contraintes qui, pour ces deux passionnés, s'effacent devant la sensation de liberté et la joie de transmettre sa passion.

  • Fernand et nicole Pareau au sommet du Cotopaxi
  • Fernand Pareau plus vieux guide de France
(Collection Fernand Pareau)

« Finalement, être guide, ça vous apporte plus que ça ne vous enlève des bouts de vie », décrit Loïc Thivierge. « Les guides forment une grande famille. Même au-delà des membres de la Compagnie. J’ai pu nouer des amitiés avec la plupart des personnes que j’ai emmenées. On continue de se voir, ils viennent me rendre visite chez moi. Je me souviens d’un client en particulier, avec qui on se donnait rendez-vous au refuge du Goûter : il aimait tellement le mont-Blanc qu’on l’a gravi dix fois, par des voies différentes ! », complète Fernand Pareau, qui compte 150 ascensions du Toit de l’Europe à son actif. 

« Petite ou grande course, j’aime voir les gens heureux »

Si pour l’instant, les plus grandes fiertés de Loïc Thivierge concernent des ascensions symboliques pour un début de carrière - comme les Aiguilles de Chamonix (3 842 m), ou encore la « Walker »(1800 m D+) dans les Grandes Jorasses - Fernand Pareau aborde une vision plus humaniste de la question. « Le plus grand accomplissement de ma carrière a surtout été de rendre les gens heureux de les emmener en montagne. Ma devise, c’est « Petite ou grande course, j’aime voir les gens heureux ». Après, d’un point de vue plus professionnel, j’ai deux exemples en tête. L'un était d'accompagner des personnes plutôt âgées, dont un homme de 70 ans, avec sa petite fille, jusqu’au Aiguilles du Diable (entre 4000 et 4100 m), alors que j’avais 65 ans. » 

Sommet-de-l'aiguille-du-moine
(Collection Loïc Thivierge)

Sa seconde anecdote, elle, illustre plutôt le dévouement et l’amour pour la montagne qui définissent les guides. « J’avais 60 ans. Je descendais du mont-Blanc, avec trois clients, et un aspirant guide avec moi. En passant sous les Grands Mulets, sur le glacier, il fallait sauter une crevasse. Mon client s’est mal réceptionné et s’est enfoncé un crampon dans la cheville. On a examiné la blessure, on a pu lui enlever le crampon, mais il restait encore 1 heure de marche sur le glacier - alors qu’il ne pouvait plus du tout marcher. Alors, avec l’aspirant guide, on l’a porté sur notre dos pendant 2 heures, on est arrivés au téléphérique vers 18 heures. On est descendus à Chamonix, mais moi j’avais donné rendez-vous à d’autres clients au refuge Albert 1er (soit 15 kilomètres de distance, ndlr). Je suis monté à pied et ne suis arrivé qu’à minuit. À 2 heures du matin, j’étais reparti sur route avec mes clients pour une nouvelle course. Je peux vous dire que j’en avait plein les jambes ! » 

  • Les-courtes-Face-Nord-est-2017
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(Collection Loïc Thivierge)

Les évolutions du métier de guide 

Loïc et Fernand n’ont pas le même recul, forcément, mais ils perçoivent tous deux des évolutions au sein du métier. Ce qui inquiète le plus le doyen est la question du réchauffement climatique : « Ça a tellement changé ! À cause de la fonte des glaces, beaucoup de courses ne peuvent plus être faites aujourd’hui ». Sans compter les nouvelles demandes des clients, qui s’écartent des objectifs d’il y a 50 ans : « À mon époque, on nous demandait surtout des courses jusqu’aux sommets. Maintenant, avec les murs d’escalade partout, les clients sont moins demandeurs d’aller aux sommets, ce qu’il veulent, c’est grimper », décrit Fernand Pareau.

  • escalade-en-fissure-Val-d'Orco-italie
  • grimpe-en-grece
(Collection Loïc Thivierge)

Pour Loïc Thivierge aussi, les pratiques en montagne ont changé. « Tout est de plus en plus aseptisé en montagne. La meilleure évolution serait d’aller vers une montagne plus sauvage. Il faut garder en tête que partout, même dans les massifs très fréquentés, on arrive encore à trouver de beaux coins tranquilles, où il n’y a (presque) personne. L’idéal serait d’aller dans cette direction : emmener les gens vers ce type de sommets, et ne pas vanter seulement les grands classiques. Personnellement, j’aimerais bien proposer des courses sur la pointe Isabelle (2687 m à 3761 m), qui est très peu faite. Il n’y a pas que le massif du Mont Blanc. Chez nos voisins suisses, il y a plein de sommets à 3000 ou 4000, donc, il y a de quoi faire », explique-t-il.

  • Mt-B-du-Tacul-voie-Modica-Noury-2019
  • Aig.-du-Midi-voie-Rebuffat
(Collection Loïc Thivierge)

Mais pour les deux guides, les valeurs de base du métier restent les mêmes : être patient, avoir de l'empathie, être un excellent connaisseur de la montagne, rester prudent même avec des années de pratique. Et bien sûr, aimer transmettre : des guides vers les clients, et des anciens vers les nouveaux. Une transmission qui est sur la bonne voie. 


Pour en savoir plus sur la riche histoire des 200 ans de la Compagnie des guides de Chamonix, deux ouvrages publiés cette année rendent hommage à cet anniversaire :

« Compagnie des guides de Chamonix, 200 ans d’histoire » de David Ravanel (Ex président de le la Compagnie des Guides de Chamonix, issu de six générations de guide) et Joëlle Dartigue-Paccalet (responsable de la communication de Chamonix), paru le 19 mai 2021 aux éditions Glénat. Livre officiel des 200 ans de la Compagnie, ce beau livre de 250 pages est illustré de documents inédits et structuré autour de huit thèmes – savoir, découvrir, vaincre, admirer, secourir, partager, transmettre et protéger. Il retrace à travers plus de soixante anecdotes passionnantes l’histoire hors du commun d’une structure et de fortes personnalités qui ont gravi les montagnes et cassé les codes pour aller où leur regard s’est un jour arrêté. 

« Le roman des guides », de Gilles Chappaz, paru le 22 avril 2021 aux éditions Paulsen Guérin. Un objet de collection, destiné aux plus passionnés de l’histoire des guides, racontée en 30 dates clés par Gilles Chappaz, lui-même issu d’une famille de guides, journaliste spécialiste de la montagne (rédacteur en chef de Montagnes Magazine, Vertical et Ski Français, chef d’édition à Montagne FR3, consultant à France Télévisions, directeur des rédactions chez Glénat, rédacteur en chef-adjoint à l’Équipe Magazine), mais aussi réalisateurs de documentaires et auteur d’ouvrages sur le ski et la montagne.

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