Le 6 novembre dernier, la double championne de France de long board, vice-championne d’Europe, 3e mondiale dans sa discipline, connue également pour ses talents de chanteuse sous le nom de Sibu Manaï, a été victime d’un accident de la route à La Réunion. Gravement blessée à la tête, elle est actuellement hospitalisée au CHU de Bellepierre. A ce jour, "la situation est stable" mais "on est dans une phase critique . Les prochains jours vont être cruciaux pour elle ", selon sa manager. Sur l’île, dont elle est originaire, comme dans la communauté du surf et de la musique, l’émotion est intacte, tant le parcours de cette athlète pro aux multiples talents et très impliquée au niveau environnemental marque les esprits.
C’est sur la route du littoral, entre la Grande Chaloupe et La Possession, à La Réunion où elle était actuellement en tournée, que la surfeuse et chanteuse Justine Mauvin a été victime d’un grave accident mercredi 6 novembre. Alors qu’elle roulait, un morceau de métal perdu par une camionnette aurait été projeté en l’air par une autre voiture et aurait traversé le pare-brise de son véhicule. Touchée violemment à la tête, la surfeuse de 31 ans a été hospitalisée en soins intensifs dans un état grave. Hier encore, son pronostic vital était engagé. Mais, confiait aujourd'hui sa manageuse, interviewée par la presse locale : "On est dans une phase critique. A ce jour, la situation est stable, elle est sous assistance médicale. Les médecins sont plus confiants et les prochains jours vont être cruciaux pour elle".
Dire que son état de santé est suivi de près est un euphémisme. La jeune Réunionnaise jouit en effet d'une immense popularité à La Réunion, où elle a grandi, comme sur la scène internationale, suite à un double parcours éblouissant. Dans le surf pro, comme dans la chanson où elle s’est imposée sous le nom de Sibu Manaï. Au point qu’il y a quelques jours, certaines personnes se faisant passer pour un proche ou un médecin, ont tenté de s’introduire dans le service où elle est actuellement hospitalisée. Des paparazzi sans doute. Suite à ces incidents, des mesures policières ont été mises en place pour protéger son intégrité.
Il est vrai que sa personnalité fascine. Sponsorisée par Roxy, la Réunionnaise, installée aujourd’hui dans le sud-ouest de la France, fait partie des meilleures longboardeuses de sa génération. Adepte du ju jitsu brésilien, du taekwondo, du yoga, elle cumule les titres en surf – deux fois championne de France de longboard en 2014 et 2016, troisième place mondiale de la spécialité - mais aussi les casquettes, depuis qu’en 2018 elle a quitté la compétition pour se lancer à fond dans la chanson. Avec succès. En 2015, elle sort deux singles mêlant pop-soul, électro-funk et musique réunionnaise : “Bom Bom” et “By Heart”. De quoi attirer l’attention de Polydor qui lui offre un contrat en 2018, année où l’un de ses titres cartonne,"Waterman".
Deux ans plus tard, 2020, son EP intitulé Vavanguer16, est très remarqué. Il sera suivi d'un deuxième en 2022, Zèl maron, chez Ipanema Music18 et sous son nom de scène, Sibu Manaï, qui signifie « chérir la fleur ». Un surnom qui lui a été donné dans l'archipel des Mentawaï, en Papouasie, où, avec son compagnon de l’époque, le surfeur Damien Castera, elle avait coréalisé un documentaire inspirant : « Kaleleo », prix du public au Surf Film Festival Anglet.
Réalisatrice, une autre corde à son arc que la Réunionnaise avait ajoutée à une carrière de surfeuse aussi évidente et fluide que son style. Car dans la famille Mauvin, on surfe presque avant de savoir marcher, comme elle le racontait en 2017.
« J’ai commencé le surf quand j’étais encore bébé, à la Réunion. Ma mère avait l’habitude de me prendre sur son bodyboard, et on accompagnait mon grand frère, qui lui surfait déjà. Petit à petit, j’ai commencé à partir toute seule avec mon bodyboard, à me mettre debout dessus, et puis j’ai fini par prendre des cours de surf avec des copines. À 13 ans, j’ai participé à ma première compétition. Ce jour-là, il n’y avait pas de vagues. Du coup, tous les longboardeurs étaient de sortie, et le fait de les voir marcher sur leur planche, marcher sur l’eau en quelque sorte… j’ai trouvé ça magnifique ! Du coup, même si jusqu’ici je ne surfais qu’avec des shortboards, j’ai décidé de prendre un longboard, j’ai fait la compétition avec, et… j’ai gagné [rires] ! Depuis ce jour, je n’ai jamais lâché le longboard. (…) Je trouve ça beaucoup plus gracieux, élégant et féminin. Il y a une approche un peu plus spirituelle du sport, aussi. C’est cette glisse sans aucune règle qui me plaît, et qui en fait un moyen d’expression beaucoup plus libre. »
Grace, élégance, spiritualité, liberté, des mots-clefs qui jalonnent son parcours. Dans l’univers du surf comme dans celui de la musique. « Les deux sont indispensables à mon équilibre », confiait-t-elle déjà en 2018 au Parisien. « Quand je surfe une vague, elle est unique, je sais qu'elle ne durera qu'un instant. Quand je chante en concert, c'est pareil, ce que je donne à l'instant présent est magique. »
Sans surprise, car la musique lui aussi évident que le surf : « J’ai appris à jouer du piano quand j’étais toute petite, et mon père m’a plus tard appris à jouer de la guitare. » raconte-t-elle. « Mais j’ai vraiment commencé à faire de la musique lorsque j’ai perdu mon père, durant cette période où j’ai complètement arrêté les compétitions de surf. La musique m’a vraiment aidée à repartir vers l’eau, doucement, et surtout à retrouver une paix intérieure.
En femme engagée, Justine Mauvin cherche également à démocratiser le surf tout en sensibilisant les jeunes à la protection de l'environnement. « Plus je voyage et plus je vois à quel point c'est porteur de sens. Le surf offre un moyen de se connecter à l'eau, un élément qui nous entoure tous », dit-elle. Elle vient d'ailleurs de rejoindre les ambassadeurs de « Nomad Surfing », marque de surf responsable. Collaboration que sur Facebook, elle annonçait en ces termes :
« Parce que les histoires ne s’écrivent jamais seul, c’est avec Nomad surfing que je choisis de façonner l’avenir et d'avancer ensemble sur le chemin commun qui nous inspire. Si vous me suivez depuis mes années de compétition, vous savez sans doute que ce n’est pas le résultat qui m’anime, mais la démarche est le rapport à la pratique du surf, la relation à l’autre. Changer l’industrie du surf, si polluante, est une envie de tous les surfeurs ou soucieux de leur empreinte. Utiliser des matériaux plus noble enlèvera en rien la performance que vous recherchez. Je travaille donc aux côtés des équipes Nomad pour développer des outils techniques et durables. Je suis fière de rejoindre la team et de pouvoir ensemble mener des projets qui rendront notre surf plus inclusif, et le plaisir plus long pour les futures générations. »
Un message qu’elle pourra porter à nouveau bientôt, espère-t-on.
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