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Surfeur pro et scientifique renommé, Cliff Kapono veut cartographier un million de récifs coralliens d’ici 2030
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Surfeur pro et scientifique renommé, Cliff Kapono veut cartographier un million de récifs coralliens d’ici 2030

  • 3 juillet 2026
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Chercheur et surfeur professionnel ? À première vue, ces deux univers semblent évoluer à mille lieux l’un de l’autre. Pourtant, Clifford « Cliff » Kapono, natif hawaïen, a construit une trajectoire singulière à l’intersection des deux, et démontre qu’on peut atteindre la même exigence sur une planche qu’en laboratoire. Une philosophie qui l’a poussé, dans le cadre d’un vaste projet baptisé Map2Adapt, à cartographier des récifs coralliens afin de mieux comprendre comment leur structure façonne les vagues de renommée mondiale.

Né sur la côte est de la Big Island de l’archipel de Hawaï, à Hilo précisément, Cliff Kapono a grandi dans un environnement où coexistent onze des treize écosystèmes de la planète. Les avoir à portée de main a, sans aucun doute, influencé sa voie. Car si son corps est attiré par la mer - son père l’initie très tôt au surf - son esprit, lui, se tourne vers la compréhension de ces systèmes vivants. Diplômé en conservation marine de l’université de San Diego, aujourd’hui docteur en biochimie et en sciences marines, professeur à l’Arizona State University et surfeur professionnel évoluant en free surf, Cliff Kapono est aussi l’un des fondateurs du projet MegaLab, laboratoire collaboratif dédié aux sciences de l’environnement. Ses proches rappellent aussi qu'il a un penchant pour la musique et l’écriture. Autant de façons de relier des mondes qui trop souvent s’ignorent, afin de mieux comprendre l’océan et les relations que nous entretenons avec lui. 

Son positionnement n’a pourtant rien eu d’évident. En grandissant, Cliff Kapono n’a pas rencontré de modèle qui incarnait cette double identité de surfeur-scientifique. On lui a souvent répété que ces deux chemins étaient incompatibles, que la recherche demandait une forme de retrait difficilement conciliable avec une carrière de surfeur professionnel. Même dans son entourage, peu comprennaient cette ambition hybride. « Ce n’était pas considéré comme cool d’être un surfeur-scientifique », confie-t-il. J’ai dû persister longtemps pour arriver là où j’en suis maintenant. »

https://youtu.be/7fVbBrYE-tQ?si=nBZL1M0Gvbu76LFm

Aujourd’hui, cet entêtement a porté ses fruits. Reconnu dans le milieu scientifique, avec plusieurs publications à son actif, notamment dans la prestigieuse revue Nature, Cliff Kapono a aussi su s’imposer bien au-delà de ce cercle. Photographes, réalisateurs, chercheurs ou surfeurs professionnels évoquent sa capacité à élever la qualité d’une conversation, quel que soit le sujet. Certains soulignent sa générosité, d’autres sa faculté à fédérer les personnes entre elles. En tout cas, une chose est sûre, il est beaucoup apprécié dans tous les milieux. 

Cartographier les récifs coralliens pour faire face au changement climatique

Quand il n'est pas en train de carver sur les vagues du monde entier, Cliff Kapono, qui est sponsorisé notamment par la marque de sandales Reef, développe des projets au sein du MegaLab (Multiscale Environmental Graphical Analysis Lab), un laboratoire de recherche fondé à Hilo, avec John Burns et Hauani Kane. L’objectif : étudier la santé des récifs à travers des méthodes innovantes de surveillance et d’analyse des impacts chimiques et géophysiques qui affectent ces écosystèmes. « Cliff est plus désintéressé qu’on ne le pense », observe Burns. « Il pourrait très bien utiliser ces financements pour organiser des voyages de surf et ne penser qu’à ça. Mais il a choisi de réinjecter ces ressources dans la science. »

Dans un contexte de réchauffement climatique, alors que les récifs coralliens sont des indicateurs sensibles de la santé des océans, les cartographier permet d’avoir des points de référence pour pour suivre leur évolution dans le temps. « L’océan est la force vitale de la planète », rappelle Burns. « Il produit une grande partie de notre oxygène et de notre nourriture. La santé des récifs et celle de l’océan sont indissociables. » « Les cartes sont les fondations de toute civilisation », explique Kapono. « Elles indiquent où se trouvent nos ressources et nous donnent une direction. En disposant d’une carte et en contribuant à une cartographie plus vaste des récifs coralliens mondiaux, nous serons mieux préparés à nous adapter à un environnement en pleine mutation. », poursuit Kapono. Cet objectif est d'autant plus crucial que l’humanité a aujourd’hui mieux cartographié la surface de Mars que ses propres fonds marins.L'asymétrie en dit long, selon lui, sur notre rapport au vivant et des priorités de la connaissance. Cartographier les récifs et produire une base de données capable d’orienter des actions concrètes de préservation et d’adaptation revient à rééquilibrer ce regard.

À ce jour, plusieurs vagues mythiques, comme Pipeline (Oahu), Jaws (Maui), Teahupo’o ou Cloudbreak (Tahiti), sont devenues de véritables terrains d’étude collectifs. Honolua Bay, nichée au nord-ouest de Maui, est le cinquième spot cartographié par le programme. Cette aire marine protégée abrite l’un des récifs les plus réputés du monde pour la qualité de ses tubes. « Je ne pouvais imaginer une vague plus bouleversante », écrivait William Finnegan dans Barbarian Days: A Surfing Life (Jours barbares : une vie de surf), ouvrage de référence. « J’en voulais encore. Autant que je pouvais en avoir. » 

La cartographie y combine des relevés sonar effectués par Blue Boat, un petit bateau robotisé qui sillonne la baie, avec des images et vidéos sous-marines recueillies par les chercheurs de MegaLab, mais aussi par des surfeurs et des habitants. Des riders de renommée mondiale, comme Billy Kemper ou Katie McConnell, ont ainsi participé aux relevés aux côtés de communautés locales.

L’objectif est ambitieux : cartographier un million de récifs d’ici 2030. Pour y parvenir, Kapono espère former des milliers de contributeurs à travers le monde afin de faire de Map2Adapt un vaste programme de science participative. Surfeurs, plongeurs, habitants locaux ou simples observateurs peuvent y contribuer en capturant des images et en les intégrant à une plateforme dédiée.

Au fil de ces explorations, les données accumulées ont permis de mieux comprendre les liens entre la géométrie des récifs et la formation de vagues de classe mondiale. À Honolua Bay, par exemple, les relevés ont mis en évidence l’influence déterminante de certaines structures sous-marines telles que les creux, les fissures ou les reliefs du récif sur la dynamique des vagues. « Plus nous parviendrons à identifier ces caractéristiques, ainsi que les relations entre elles, plus nous comprendrons pourquoi ces environnements attirent les humains », souligne Kapono.

Pour le chercheur, cette observation du monde naturel reste indissociable de son expérience du surf. « Comprendre les complexités du monde naturel me procure une forme de joie et de satisfaction comparable à celle d’une bonne session», dit-il. « Je veux continuer aussi longtemps que possible à vivre de ces deux activités simultanément. Je ne fais pas de différence entre le surfeur qui fait de la musique, de l’art ou de la poésie et ce que je fais. La science est mon art. » Il refuse d’ailleurs de réduire son travail à une « bonne action » ou à une forme d’engagement moral. « Je fais simplement le travail que je veux faire », affirme-t-il. « Ce qui m’intéresse, c’est la science, le développement de la culture scientifique, les données. Ce sont toutes ces trucs de nerd qui me passionnent. ».

https://youtu.be/5xgj04Cir6c?si=0fBRCk09coyfBJIS

En 2021, Cliff Kapono réaffirme au cours d'un TED Talk son appartenance à la communauté hawaïenne et son attachement à l'océan

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