Il y a un an, le jeune photographe français Joffrey Maluski parcourait 200 km entre la source de l’Adour et Anglet sur un canoë constitué de 1000 bouteilles de plastique. Avant ce projet un peu fou, il était parti 3 mois en Islande accompagné de deux amis, Katia et Léo-Paul, pour parcourir le pays à vélo de long en large. Une expédition de 3627 km et 24 140 D+ dont il est revenu avec un film de 11 minutes tout juste mis en ligne et une série de conseils qu'il partage avec nous.

1. Comment construire son itinéraire ?
L'Islande est un pays au climat rigoureux et au relief tourmenté. On n'y part pas à l'aventure à la légère, rappelle Joffrey Maluski. Aussi faut-il avant tout bien préparer son itinéraire. La route 1 fait le tour de l’île et est jalonnée de villes et villages. Les Hautes-Terres, au centre, comportent quantité de cours d'eau de courant au milieu des volcans et des glaciers. Une zone peu hospitalière donc, où l'on se retrouve en autonomie. La traversée nord-sud est plutôt bien documentée, il est notamment possible de trouver des renseignements sur l'Iceland Divide via le site bikepacking.com. La page recense l’itinéraire, les cabanes et points d'eau, et donne divers conseils pour que le voyage se passe au mieux (doit-on filtrer son eau par exemple). C’est un itinéraire très emprunté chaque année. Joffrey Maluski et ses compagnons l'ont parcouru en une dizaine de jours pour 468 km, conformément à leurs prévisions.
En ce qui concerne la traversée est-ouest, c’est une autre paire de manche. Les informations sont beaucoup plus rares et la piste pas très empruntée. "Peu de monde prend cet itinéraire" explique Joffrey Maluski. Chris Burkard, photographe de surf et aventurier passionné par l’Islande, serait le premier à l’avoir parcourue et a partagé son expérience. On jettera donc un oeil sur sa video, son blog strava, et sur son itinéraire). En complément, on se référera à la carte détaillée mise à disposition par International Photographer. Étanche et indéchirable, elle indique les principaux points d’intérêt, pistes et chemins de randonnée. Google maps et Komoot, un planificateur d’itinéraire, ont également été d’une grande aide à l'équipe de Maluski. Selon lui, la principale difficulté de cet axe réside dans les nombreuses rivières à traverser, aussi faudra-t-il compter entre 15 et 17 jours pour repartir sur ses traces si cette option vous tente.

2. Comment planifier sa journée ?
La meilleure saison pour partir en Islande s’étend de juin à août. Mais en juin, il fait encore froid et certaines pistes ne sont pas encore ouvertes pour cause de neige ou de travaux d’entretien. Un problème surtout pour les 4x4, mais il est possible de passer à vélo. Attention, la saison est courte, "dès septembre, le temps est déjà plus humide, et il commence à faire bien plus froid, ça change très vite" rappelle le photographe. Joffrey Maluski prévoyait de rouler entre 40 km et 50 km par jour. Mais ses journées seront au final très inégales en termes de distance parcourue, variant de 40 km à 100 km. Car, précise le photographe, "il faut s’adapter à la météo, tout en gardant en tête le trajet restant pour gérer les stocks de nourriture au mieux". Son itinéraire était préparé la veille, et les pauses prévues à l’avance. "On peut très vite perdre du temps quand on s’arrête, alors qu'il faut continuer à pédaler, même si c’est dur et compliqué" indique le photographe. Enfin, dans les Hautes-Terres, son départ a parfois dû être calé aux aurores afin de pouvoir traverser les rivières au meilleur moment. En revanche, sur la route 1, qui fait le tour de l'île, il a pu partir plus tard, aux alentours de 9h-10h.

3. Quel équipement prévoir ?
Une fois parti sur les sentiers, renouveler son équipement peut être difficile, villes et magasins étant plus que rares en Islande. Il est donc important de ne rien laisser au hasard en dressant une liste d’équipements essentiels avant de partir. L'objectif étant de garder un maximum de confort pour tenir sur la durée, tout en étant le plus léger possible. Pour cette expédition, les vélos faisaient entre 50 et 55 kg, chargés en eau et nourriture. D'après son expérience, le poids idéal se situerait plutôt entre 40 et 45kg.
La liste de matériel de Joffrey :
- Vélo : Genesis Vagabond
Groupe : Shimano SLX 10-51 / 36
Strap : Fixplus
Sacoches : Apidura Expedition
Selle : Brooks B17
Pneus : Schwalbe Hans Dampf 2.35
Planificateur : Komoot
Montre gps : Suunto Baro 9
Casque : Smith Forefront 2
Lunettes : Smith Ruckus Photochromic
Chaussures : Scarpa Ribelle Tech
Lampe : Sinewave cycles / Supernova E3
Frontale : @ledlenserfrance H7R
Duvet : Helsport Rago -2°
Matelas : Thermarest X-therm
Tente : Helsport Ringstind 1
Réchaud : MSR Whisperlite
Popote : MSR titan
Nourriture : Plats lyophilisé Mx3, Clif Bar
Camera : Canon R6, RF24-70 F2.8, RF70-200 F4. GoPro + Insta 360
Drone : Dji Air 2s
Sac à dos : Fstop
Trépied : Sirui 5c traveler
Batterie externe : Zendure powertank 27 000 mah
Vêtements:
- Deux paires de chaussette techniques de randonnée
- Un collant en laine merinos
- Un pantalon de randonnée
- Deux haut en sous-couches en laine merinos
- Un t-shirt
- Une polaire
- Une doudoune technique en plumes
- Un gore-tex
- Gants black diamond guide

4. Quel type de vélo choisir ?
Joffrey Maluski conseille un vélo de voyage en acier tout rigide, «style gravel, même si ça ne veut plus dire grand-chose ». Selon lui, il faut un des suspensions au moins à l’avant pour ce genre de traversée. Il y a « énormément de cailloux et de vaguelettes sur les pistes. On est secoué toute la journée », dit-il. Certaines parties recouvertes de sable nécessitent des pneus larges, que l'équipe a pris en 2,35, mais surtout très résistants pour évoluer sur un sol volcanique abrasif. Chambres à air de rechange et rustines étaient prévues, mais pas de pneu de secours, pour ne pas s’encombrer d’un kilo supplémentaire.

5. Comment s’assurer un minimum de confort ?
La qualité du sommeil est très importante car le périple s’inscrit dans la durée. Une bonne nuit aide à redémarrer chaque matin. Il faut donc avoir une tente et un matelas de qualité. Mais surtout rester au sec. Des vêtements techniques qui sèchent vite sont donc recommandés. Dans la partie nord de l’Islande il fait assez beau, l'humidité est moins un problème que dans le sud, mais en règle générale, en Islande, il ne faut pas avoir peur de la pluie ! Un bon Gore-Tex ou Kway ne suffisent pas toujours. "Les campings sur la route 1 permettent tout de même de sécher un peu", explique Joffrey, sans compter qu'en roulant, grâce au vent, qui peut souffler fort sur l'île, avec un peu de chance on peut aussi se remettre au sec. Pour les chaussures, c’est nettement plus délicat, compte tenu des nombreux cours d'eau à franchir. Le groupe avait donc deux paires, dont des chaussons en néoprene pour traverser les rivières en portant le vélo. Dans la majorité des cas, il les passaient en pédalant, mais « quand on se loupe, on finit les pieds mouillés ! » se souvient l'aventurier.
Joffrey Maluski dormait dans une tente Helsport qui est une de ses préférées, car très solide et pensée pour l’expédition. Pour un meilleur rapport qualité prix, il conseille la Msr Hubba Hubba. Utilisée par ses amis, elle a bien résisté au vent et à la pluie. Enfin le choix du matelas est tout aussi important que celui du duvet. Pour ce terrain, un matelas avec une bonne isolation est nécessaire. Pour éviter qu'il ne se perce au contact des cailloux, il est conseillé de glisser une couverture doublée au sol.

6. Comment traverser une rivière avec un vélo ?
En Islande, les rivières, alimentées par la fonte des glaciers, se remplissent au cours de la journée, variant d'un sol sec à plus d'un mètre de profondeur. Il vaut donc mieux partir au lever du soleil, aux alentours de 4h - 5h du matin pour les traverser le plus tôt possible. Pour en évaluer la profondeur, Joffrey Maluski suggère de lancer un gros caillou. Si le lit s'avère infranchissable, il ne faut pas hésiter à faire un détour pour trouver un passage plus accessible. En dernier recours, lorsque le débit est trop important, il est parfois nécessaire de porter le vélo et de traverser à pied. Le mot d’ordre est surtout de rester calme. Joffrey Maluski se souvient du passage particulièrement difficile de l'un des cours d'eau de l'axe est-ouest, juste avant d'arriver sur la piste F35. Pour le franchir, l'équipe s'est organisée ; Un premier équipier a traversé seul et à pied, puis les vélos ont suivi, attachés à une corde. « C’est dans ces moments-là que filmer est le plus intéressant, mais c’est aussi précisément quand on a le moins envie de sortir la caméra ! » plaisante Joffrey Maluski. Sur cette partie difficile, le groupe n'a fait que 30 km en deux jours, mais a traversé entre 30 et 40 cours d'eau.

7. Comment joindre les secours ?
L’île dispose d'une bonne couverture réseau presque partout, les secours sont donc généralement joignables, hormis dans certaines zones des Hautes-Terres. Il est donc recommandé de télécharger toutes les cartes indispensables à l'avance. Les urgences, police et pompiers, sont joignables sur un numéro unique, le 112. En complément, une application est mise en place pour recevoir les potentielles alertes et renseigner son itinéraire avant le départ. Une précaution qui pourrait vous faciliter les recherches des sauveteurs et, qui sait, vous sauver la vie.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
