Peu de surfeurs osent se mesurer aux vagues géantes de Nazaré au Portugal. C’est pourtant ce qu’à fait fin novembre l’Australien Matt Formston, 44 ans, aveugle depuis l’âge de cinq ans suite à une dystrophie maculaire, maladie de la rétine qui le prive de toute sa vision centrale et ne lui laisse que 3 % de vision périphérique dans l’œil droit, et 1 % à gauche. L’athlète, au demeurant triple champion du monde de parasurf et ex cycliste de haut niveau, considère que Nazaré est le plus grand accomplissement de sa carrière. Une performance rendue possible par un entrainement intensif et une équipe exceptionnelle.
« J’ai toujours rêvé d’être surfeur pro », raconte volontiers Matt Formston. Surfeur depuis trente ans, l’Australien a accompli son rêve. Et dans les grandes largeurs ! Non content d’avoir remporté les championnats du monde paralympiques de surf de l'International Surfing Association en 2017, 2018 et 2020, l’Australien s’est attaqué fin novembre aux vagues les plus redoutées de la planète. Un aboutissement pour un surfeur qui a probablement surfé toutes les grosses houles chez lui, en Australie, au cours des cinq ou dix dernières années. Reste que rien n’égale Nazareth. « Je suppose que j'ai passé toute ma vie à m'y préparer, mais surtout ces 12 derniers mois », explique-t-il au site Magicseaweed . « En travaillant avec Dylan Longbottom [célèbre surfeur de grandes vagues et shaper] et les autres gars de mon coin nous voulions voir jusqu'où nous pouvions aller, mais nous n'avions pas Nazaré comme spot spécifique. Nous n'avions pas de très grosses houles en Australie, et il y a trois mois, Dylan a dit : "Et si on allait à Nazaré ? Nous aurons la meilleure équipe de sécurité du monde et je pense que tu peux le faire". Et Matt l’a fait, non sans s’être soigneusement préparé, comme il en a l’habitude.

Ex cycliste de haut niveau, Matt Formston a vécu la rigueur d’un entrainement qui, dans une autre vie, l’a conduit à atteindre le plus haut niveau en tandem. Ancien paralympien, il est champion du monde, détenteur du record du monde et médaillé d'or de la Coupe du monde dans cette discipline. Aussi, pour ce passionné de surf, doué pour tous les sports depuis l’enfance, se donner à fond pour se mettre en conditions d’affronter Nazare a presque été une partie de plaisir au niveau physique. Au niveau mental en revanche, c’est dans une autre dimension qu’il a joué, explique-t-il. « En cyclisme, il y a un moment où tu peux te dire : "C'est trop dur" et descendre du vélo. Alors qu'à Nazaré, une fois que tu lâches la corde, tu ne peux plus dire "Je ne veux plus le faire". Tu es engagé. Tu dois finir le job. Alors pour moi, compte tenu du risque en jeu, Nazaré, c’est l'apogée de ma carrière ".

Pour s’y préparer donc, Matt a particulièrement travaillé sa capacité respiratoire et surtout, il a renforcé son dispositif de sécurité. Outre l'équipe standard composée du de Lucas "Chumbo" Chianca et de Dylan Longbottom, Matt pouvait compter sur une deuxième équipe composée de Ivo Cação et de Vini dos Santos, au cas où il perdrait connaissance.

"La première chose que nous avons dû déterminer était le moment où je lâcherais la corde", explique-t-il à Magicseaweed. « Jusqu’à présent, chaque fois que j’ai fait du tow-in surf, mes spotters me criaient : "Maintenant !" Mais on ne peut et on ne veut surtout pas faire d'erreur à Nazaré. On a alors eu l'idée du sifflet. « Quand on siffle, tu dois t'engager et y aller. Parce que si tu n'y vas pas et que tu te retrouves à cet endroit, tu vas te prendre un sacré coup sur la tête, or c'est l'endroit le plus dangereux où tu puisses être", m’a rappelé Dylan qui sait de quoi il parle, il a failli y perdre la vie lui-même, explique Matt. « Une fois qu'on a mis au point le système de sifflet, Lucas me sifflait, j'entendais le sifflet, je lâchais prise et je tenais la ligne qu'il m'avait fixée sur la vague. Puis il chevauchait l'épaule de la vague et sifflait deux fois quand il était temps de faire mon bottom turn et de commencer à tirer mon kickout. (…) « Si les choses avaient mal tourné, Matt aurait donc pu compter sur au moins deux autres scooters de sécurité et sur le repère sonore d’une corne de brume pour les localiser. Mais tout s’est bien passé. « Sachant que j'avais avec moi parmi les meilleurs gars du monde, cela ressemblait à une mission des forces spéciales ! ", conclut-il en riant.

"C'était une expérience extraordinaire, un moment vraiment spécial que même les millionnaires ne peuvent pas se payer !" commente le surfeur. « En ce moment, je vis 'my best life ' (les plus beaux moments de ma vie), l’entend-on dire dans une courte vidéo diffusée sur Facebook.
La mesure exacte de la vague surfée par Matt n’est pas encore connue et on ne sait pas s’il a battu le record officieux du surfeur aveugle brésilien Derek Rabelo à Nazare en 2017 (4,5 mètres). Mais l’équipe de l’Australien estime qu’elle pourrait atteindre les 12 à 15 mètres. Une session exceptionnelle que le réalisateur Dan Fenech a captée et qui devrait être un des moments forts de « The blind sea », documentaire qu’il consacre à l’athlète dont la sortie est prévue pour 2023. En attendant, Matt, compétiteur dans l’âme, vise les spots légendaires de Jaws à Hawaï et de Shipstern Bluff en Australie et attend avec impatience les Jeux paralympiques de Los Angeles 2028, où le parasurf est susceptible de figurer pour la première fois au programme. Le big waves surfer compte bien y tester à nouveau ses limites.
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