C’est un personnage qui fascine. Une légende même. Gary Cantrell, aka Lazarus « Laz » Lake, 68 ans, est l'un des visages les plus célèbres du monde du trail. Non pas pour son palmarès, même si son passé de coureur, freiné par des problèmes de santé, est plus qu'honorable. Mais parce qu’il est le créateur d’une des courses les plus éprouvantes qu’il soit : la redoutable Barkley Marathons, actuellement en train de se dérouler dans le parc d’État de Frozen Head à Wartburg, dans le Tennessee. Mais qui se cache derrière cet organisateur ayant prévu, pour la deuxième fois de sa vie, de relier, au mois d’avril, l’Etat de Washington à l’Ohio, en marchant ? Et pourquoi a-t-il un peu levé le pied cette année ? Notre journaliste l’a rencontré afin d’en savoir plus.
Gary Cantrell ? C'est le cerveau derrière la Barkley, considérée comme la course la plus difficile au monde. Vous le connaissez peut-être sous un autre nom : Lazarus Lake. Laz pour les intimes. Il a l'habitude de cacher les 13 fameux livres que les traileurs doivent trouver pendant l'épreuve. Mais cette année, il n'en a mis qu'un seul. Les autres ont été dissimulés par son bras droit. Laz s'éloigne-t-il peu à peu de l'organisation ? Peut-être. En tout cas, il ne manque pas de projets. Le dernier en date ? Relier, au mois d'avril, l'Etat de Washington à l'Ohio, à pied. En traversant les Etats-Unis d'Est en Ouest. Le genre de voyages qu'il apprécie particulièrement. Et ce, depuis des décennies.
La Barkley, c'est plus de 98% d'échec
Chaque année, peu avant le 1 avril, une quarantaine de coureurs triés sur le volet s’alignent derrière la barrière métallique jaune qui marque l’entrée du parc de Frozen Head, dans le nord du Tennessee. Gary Cantrell se tient là, un paquet de Camel à la main. D’un geste calme, il allume une cigarette et laisse échapper un flux de fumée : c’est le signal pour dire que la course a commencé. Au cours des 60 prochaines heures, les traileurs tenteront de compléter cinq tours sur un parcours de 32 kilomètres à travers le parc montagneux et forestier. Plus de 98% échoueront.
Car à vrai dire, la Barkley ne ressemble à aucun autre ultra au monde. Même si réaliser 160 kilomètres en 60 heures pourraient sembler raisonnable au premier abord, cette épreuve est un véritable défi d’orientation. Il faut savoir que Frozen Head ("tête glacée" en français, un nom qui donne déjà une idée du lieu...) est réputé pour sa topographie escarpée, ses ronces tranchantes, sa pluie froide incessante et son brouillard déroutant. S’ajoute à cela l’austère pénitentier voisin, le Brushy Mountain State Penitentiary, un établissement à sécurité maximale aujourd’hui désert qui abritait autrefois des criminels comme James Earl Ray, assassin de Martin Luther King Jr. Les bâtiments en pierre et les barbelés constituaient alors les principales défenses des gardiens, mais ce sont les montagnes environnantes et l’épaisse végétation qui ont piégé James Earl Ray lorsque lui et six autres détenus ont sauté le mur en 1977. La police les a trouvés deux jours et demi plus tard après leur fuite… à seulement douze kilomètres de leur point de départ.
Beaucoup plus qu'une course d'orientation
La Barkley a commencé presque neuf ans plus tard après cette histoire, en grande partie en réponse à l’évasion manquée de James Earl Ray. À cette époque-là, Gary Cantrell s’est dit qu’il pouvait parcourir 160 kilomètres dans le même temps (contrairement aux douze de l’assassin). Sauf qu’en réalité, il ne le pouvait pas. Et très peu de gens le peuvent.
Mais pour être honnête, Gary Cantrell ne facilite pas les choses. Des sentiers entretenus existent dans le parc du Frozen Head, mais l’organisation de la Barkley s’en sert à peine. Au lieu de cela, les participants doivent se munir d’une carte et d’une boussole pour parcourir l’itinéraire imaginé par Gary Cantrell. Pour corser l'affaire, tout au long du parcours, il cache 13 livres. Les coureurs doivent arracher les pages correspondant à leur numéro de dossard pour prouver qu’ils ont complété l’intégralité de la boucle. Simple. Efficace. Très difficile.
Des histoires qui captivent le grand public
L’histoire du Barkley est une histoire de coups durs et d’échecs si spectaculaires qu’ils semblent presque irréels. En 2006, un informaticien américain, Dan Baglione, s’est perdu pendant 32 heures avant d'arriver à retrouver son chemin. En 2005, la même année où il a établi un record de vitesse sur l'Appalachian Trail, l’Australien Andrew Thompson a fait une chute à mi-chemin de la 5e boucle. Furieux, totalement dépité, il en a oublié pourquoi il était là. Il est revenu à l’entrée du parc et a dit qu’il abandonnait à tout jamais.
En 2017, une demi-heure après que le coureur local John Kelly soit devenu le 15e à venir à bout de la Barkley, le traileur pro canadien Gary Robbins s’est effondré devant la barrière jaune qui marque l’arrivée, à seulement six secondes de la barrière horaire. Mais, il venait de la mauvaise direction, ayant pris un mauvais virage dans les derniers kilomètres. Effondré sur le sol trempé, tremblant, il marmonnait désespérément : « J’ai toutes mes pages ! ».
Des histoires comme celles-ci ont captivé même le public non coureur. Ce qui a donné à la Barkley — et à Gary Cantrell avec elle — une notoriété quelque peu improbable. Jusqu'aux médias généralistes qui se sont mis à écrire sur cette course, dont le New York Times notamment. En 2014, l’événement a même fait l’objet d’un documentaire. Au centre de tout ce show, se trouve Laz, comme les coureurs l’appellent. Légendaire barbu présidant cette fête de la souffrance avec à ses pieds, Big, son pitbull.

Gary Cantrell, ami ou ennemi des coureurs ?
Il est également de notoriété publique que Gary Cantrell ment sur la réelle distance de la course, que les anciens participants de Barkley pensent être plus proche de 200 kilomètres (que des 160 kilomètres). Provocateur, il a également dit à d’innombrables compétitrices qu’il ne pense pas qu’une femme puisse un jour terminer sa course, car, selon ses calculs, les temps des femmes dans l’ultrarunning sont en moyenne 12% plus lents que ceux des hommes. Ajoutez cela 12% au temps le plus rapide de Barkley, soutient-il, et vous n’arrivez pas en dessous de la barrière horaire.
Alors que les coureurs arrivent avec des visages creusés, les vêtements en lambeaux et les pieds en sang, Gary Cantrell les nargue avec des blagues. Si bien que les coureurs ne savent jamais trop s’ils doivent le considérer comme « un ami ou un ennemi » m’ont-ils dit.
Courir, une évidence pour Gary Cantrell
Cantrell et sa femme, Sandra, vivent dans une ferme à Bell Buckle, dans le Tennessee, une petite ville à une heure au sud de Nashville. « Nous étions des hippies dans un monde de comptables », nous a expliqué Sandra, que Gary Cantrell a rencontrée dans le programme de comptabilité à l’université à la fin des années 1970. À cette époque, ce dernier avait des cheveux blonds bouclés rassemblés dans une queue de cheval et était assis au fond de la classe. Chaque fois que Sandra se retournait, il faisait un clin d'oeil, penchait la tête sur le côté et sortait sa langue. Autre point notable : il pratiquait déjà la course à pied.
Car courir fait partie de la vie de Gary Cantrell depuis toujours. Son père a grandi dans une ferme de l’Oklahoma, son voisin le plus proche n'était autre qu'Andy Payne, vainqueur du Bunion Derby de 1928, une course de cross-country reliant Los Angeles à New York. Elevés à Tullahoma, dans le Tennessee, Gary Cantrell et son frère, Doug, se sont très vite passionnés pour les histoires de la célèbre course de Payne.
« J’ai aimé l’entraînement, j’ai aimé l'ambiance et j’ai aimé les gens »
Gary Cantrell a commencé à courir en 1966, l’année où il a commencé à fumer. Il était au collège, et son père venait de se lancer un défi : courir un mile par jour sur la piste d’athlétisme locale. Le jeune Gary l’a tout simplement suivi. « C’était la première fois que je pouvais le battre sur quelque chose », m’a-t-il dit. Quand il est entré au lycée, Gary Cantrell a très vite rejoint les équipes de cross-country et de piste, passant sous la barre des cinq minutes sur un mile au cours de sa dernière année.
« J’ai aimé l’entraînement, j’ai aimé l'ambiance et j’ai aimé les gens », dit-il. Ce qu’il a adoré plus que tout ? La compétition. Après avoir obtenu son diplôme, il déménage à Memphis où il devient membre du club de course local. Chaque samedi, l’association organise une course. « On se retrouvait devant un des bâtiments officiels de Memphis, on choisissait un cap et on cachait un chronomètre dans les buissons », explique Gary Cantrell. « Celui qui revenait le premier sortait le chronomètre et notait tous les temps des autres. » En dehors de ces événements, le coureur a participé à toutes les épreuves qu'il pouvait croiser. Des courses de quartier de 10 kilomètres, des rencontres sur piste, puis des marathons.
Une époque où les 100 miles étaient encore peu communs
Dans une lettre à un ami écrite peu après son premier marathon, en 1975 ou 1976 (il ne se souvient pas de la date exacte), Gary Cantrell écrit s’être réveillé quatre heures avant le début de la course pour « se préparer et [manger] cinq sandwichs au jambon ». Il a terminé la course en 3 heures et 20 minutes. « Je me suis senti tellement fier. J’ai adoré les émotions ressenties, » a-t-il écrit. « Un marathon, wow, incroyable. Vous devriez vraiment essayer au moins une fois dans votre vie. Ca a été un des moments forts de ma vie. »
À l’Université, en 1979, il courait plusieurs marathons par an, s’entraînant entre 120 à 160 kilomètres par semaine en moyenne, avec des semaines à plus de 200 kilomètres lorsqu’il était en pleine préparation de grands événements. A l'entrainement, il enchaînait les sorties de plus de 40 kilomètres.
Mais il faut savoir qu’à cette époque, les ultramarathons étaient rares, et les 100 miles encore plus. La Western States, en Californie, n’avait que deux ans. Et il n’y avait pas de courses d’ultra-distance dans l’Etat du Tennessee. Avec les études et, bientôt, le travail et les enfants, les voyages n’étaient pas une option pour Gary Cantrell. Il s'est donc trouvé des défis plus près de chez lui.
Gary Cantrell, adepte des ultras
Un samedi d’octobre 1980, Gary Cantrell a entrepris de courir plus de 160 kilomètres de l’Alabama au Kentucky. Il portait un short, des chaussures, un t-shirt, un coupe-vent en nylon et de l’argent dans la poche. « Il me fallait courir très vite pour arriver au prochain magasin avant d’avoir trop soif », se souvient-il. Il a parcouru les 100 premiers kilomètres en 12 heures et 14 minutes. Mais une tempête de pluie verglaçante l’a contraint d’abandonner. Et ce, même s’il avait mis, par précaution, du papier journal dans ses vêtements pour s'isoler.
L’automne suivant, Gary Cantrell est revenu avec des amis pour venir à bout de ce projet en un peu plus de deux jours. Se sont ajoutés à cela, d’autres « trips » entre Etats, comme Gary Cantrell les qualifient. Une tradition annuelle pour lui. « Nous avons couru de Knoxville à Nashville une fois ou deux [deux villes du Tennessee, ndlr] » se souvient-il. « Puis nous avons couru de Cumberland Gap [en Virginie, ndlr] à Nashville ». Pour pimenter un peu ces aventures, chaque fois que quelqu’un terminait l’épreuve en moins de 24 heures, Gary s’efforçait de trouver un nouvel itinéraire plus long. Jusqu’à dessiner une ligne de 500 kilomètres traversant le Tennessee en diagonale, du Missouri à la Géorgie. L’événement a eu lieu en juillet, avec une limite de temps de dix jours. Et ce afin que toute personne prête à endurer cette épreuve puisse la terminer. Il n’y avait pas de postes de secours, ni d’étapes arrêtées : les participants mangeaient ce qu'ils trouvaient sur leur chemin et dormaient quand ils le pouvaient, dans les parcs et les parkings. À ce jour, l’événement se déroule toujours dans les mêmes conditions.

Les débuts de la Barkley
Mais ce n’est pas la seule course créée par Gary Cantrell. On se souvient des 24 heures sur piste ou encore d'une course de 200 kilomètres entièrement sur des routes pourries de gravier « qui vous défonçait les pieds ! ». Et plus récemment, il a lancé la Big Backyard Ultra. Un événement où les concurrents font une boucle de 6,5 kilomètres en moins d’une heure. Jusqu’à l’abandon par épuisement. Mais la course la plus difficile et la plus connue que Gary Cantrell ait imaginée est bel et bien la Barkley.
Le week-end de Pâques 1986, Gary Cantrell s'est rendu dans le parc de Frozen Head avec des amis pour tenter un nouveau parcours que lui et son ami Karl Henn venaient de tracer dans les bois. Là où James Earl Ray avait tenté de s’échapper. Au départ, le parcours consistait en plusieurs petites boucles totalisant plus de 60 kilomètres. Personne n’a terminé sous la barrière horaires allouée (36 heures). Mais l’année suivante, toute la bande de coureurs est revenue.
Sandra se souvient de ces premières années comme de grandes réunions de famille, une occasion rare pour la communauté ultra de se réunir. À ce moment-là, les Cantrell avaient trois jeunes enfants. Et chaque mois d’avril, l’intégralité de la famille se rendaient à Frozen Head. Les bébés prenaient l'air et les tout-petits jouaient dans l'herbe pendant que Gary Cantrell et ses pairs allaient courir dans les bois.
« Ils couraient juste pour s’amuser », raconte Sandra. « L'idée, c'était tout simplement de se réunir entre amis et de passer un super week-end.» Et le fait que personne ne puisse terminer la course n’avait rien de dissuasif. C’était la raison d'être de la course !
« C'est facile de concevoir une course que tout le monde peut terminer »
Même au milieu des années 80, alors que l’ultrarunning en était à ses débuts et que parcourir 160 kilomètres était encore considéré comme la frontière de l’endurance humaine, Gary Cantrell a estimé que le sport manquait de véritables défis. À l’époque, et encore plus aujourd’hui, la plupart des courses se situent à la marge de l’accomplissement humain raisonnable, et le fait de finir est simplement une question de volonté. Peu de courses, voire aucune, ne permettent aux coureurs de trouver leurs limites absolues.
« C'est facile de concevoir une course que tout le monde peut terminer », explique Gary Cantrell. « Ce qui est vraiment difficile, c’est de trouver ce point où l’impossibilité est si proche ». La Barkley était, et a toujours été, à la poursuite de cet équilibre. C’était faisable, pensait son fondateur, mais seulement pour les meilleurs coureurs — un véritable test d’endurance, d’intelligence et de force physique et mentale.
Le premier à en venir à bout a été Ed Furtaw, qui a terminé, en 1988, cette épreuve de 80 kilomètres. L’année suivante, Gary Cantrell a doublé la distance officielle et l'a monté à 160 kilomètres, qualifiant la première moitié de course de "partie de plaisir". (Le parcours a depuis changé à de nombreuses reprises. La course de 160 kilomètres comprend maintenant cinq boucles).
« Je ne pensais pas que les gens donneraient une chance à la Barkley »
« Ce qui rend la Barkley si unique au monde, c’est le fait que lorsque quelqu’un réussit, Gary rend la course encore plus difficile », explique Ed Furtaw. « Il veut la garder à la limite des possibilités humaines ». Ainsi, il aura fallu attendre 1995 avant de voir le coureur britannique Mark Williams arriver en titubant jusqu’à la barrière jaune en 59 heures 28 minutes, devenant le premier finisher des 160 kilomètres de la Barkley. Le parcours a également changé, incorporant des montées et des descentes supplémentaires.
Malgré les heures que Gary Cantrell a passées à arpenter le parc, à cartographier de nouvelles parties du parcours, il ne s’attendait pas à ce que tant de gens s’y intéressent. « Je ne pensais pas que les gens donneraient une chance à la Barkley », explique-t-il, « Je ne pensais pas que les gens se diraient : 'Ok, je vais franchir les limites atroces de l’endurance pendant des jours, convaincu que je vais échouer. Et c'est ça qui va être trop génial !' Il avait tort.
Car après quelques années d’existence, Gary Cantrell a dû établir une liste d’attente pour accueillir le millier de personnes qui demandaient à s’inscrire à sa course chaque année.
En 2014, il a créé la Barkley Fall Classic, une mini Barkley (format 50 kilomètres). L’idée ? Donner un avant-goût de la réalité. Et pour limiter la participation à ses événements, il a dû prendre des mesures extrêmes, telles que changer la date de départ sans avertissement, ce qui dissuade de nombreux intéressés. S’ajoute à cela un processus d’inscription tenu secret, qui privilégie la persévérance et le respect de la culture de la course autant qu’un gros CV.
« Chaque coureur qui s’inscrit est une star »
À certains égards, les coureurs d’aujourd’hui ont un avantage sur ceux qui ont tenté la Barkley dans les années 80 et 90. À l’époque, les frontales, les gilets d’hydratation et les gels d’endurance n’existaient pas, encore moins les chaussures et les vêtements techniques légers. Gary Cantrell a donc fait de son mieux pour contrer les avantages de l’équipement moderne. Les participants ne sont donc pas autorisés à utiliser des pacers ou des montres GPS. Et la seule aide sur le parcours se présente sous la forme de quelques litres d’eau cachés. Car si venir à bout de cette course exige de la vitesse et de l’endurance, les coureurs ont également besoin d’avoir de réelles compétences en matière d'orientation. Mais aussi du courage, une grande capacité à résoudre des problèmes et une solide constitution physique et mentale pour conserver tout ça après plus de deux jours complets et des nuits sans sommeil.
« Votre travail en tant que directeur de course est de déterminer comment les coureurs vont pouvoir découvrir leur véritable force intérieure », dit-il. « Tout le monde peut réussir dès lors qu'on découvre de quoi on est vraiment capable. Si on le fait, on se sent gagnant. »
Une mentalité que Gary tient de ses années d’entraînement : « On doit beaucoup aux entraîneur, ce sont des gens précieux. Car le sport , c'est là où vous découvrez le monde tel qui est vraiment. Que vous vous rendez compte que tout le monde ne réussira pas, que vous devez travailler pour obtenir ce que vous voulez et que l’équipe d'en face se bat précisément de l'obtenir aussi ». Alors comme tout bon entraîneur, Gary Cantrell fait en sorte d'offrir aux athlètes des défis apparemment insurmontables. Non pas dans l’espoir de les briser, mais avec la certitude qu’ils deviendront plus forts. « Chaque coureur qui s’inscrit est une star », souligne-t-il. « Peu importe qu’il gagne, termine ou abandonne ».
Une passion intacte pour l’ultra
Cela fait des lustres que Gary Cantrell n’a pas été en mesure de courir à son réel niveau. La faute à un mal de dos qu’il traîne depuis les années 80 (une hernie discale). Sans parler d’un blocage complet de l’artère fémorale de sa jambe gauche subi il y a quelques temps. Ni de la maladie auto-immune dont il souffre (la maladie de Graves, une forme d’hyperthyroïdie). Malgré tout, sa passion pour les longues distances à pied ne s’est pas éteinte.
« Beaucoup de gens ne trouvent pas la Barkley amusante » raconte-t-il. « Des gens m’ont même demandé ce qui avait bien pu me donner l'envie de la créer. Mais moi, je ne peux pas vraiment imaginer que quelqu’un ne veuille pas le faire. Comment pouvez-vous regarder la carte sans vous demander à quoi cela ressemblerait sur le terrain si vous la tentiez ? ».
Avec son incontournable chemise en flanelle, son chapeau, ses lunettes à double pont perchées au-dessus de ses joues de Père Noël, il ressemblait plus à un Huckleberry Finn vieillissant qu’au méchant vieil homme que l’on m’avait décrit.

Gary Cantrell ou Laz ?
Car les deux parties de sa personnalité – le comptable nommé Gary qui se méfie du vol de son identité et le « péquenaud » (son terme) créateur de Barkley nommé Laz — sont bien difficiles à concilier.
Selon Gary Cantrell, Laz n’est qu’un surnom. L’histoire qu’il raconte est qu’il l’a trouvé dans un annuaire téléphonique lors d’un voyage dans les années 80. Dix ans plus tard, il l’utilise pour créer sa première adresse mail, afin d’éviter d’utiliser ses véritables informations. Le surnom est resté.
Certains coureurs pensent que Laz s'est construit un personnage que Gary Cantrell utilise pour se détacher de la brutalité des Barkley Marathons (ou pour y ajouter un peu de folklore). "Et maintenant, les gens s’y accrochent », explique l’Américaine Beverly Anderson Abbs, participante de longue date. De son côté, Laz affirme qu’il ne perd pas beaucoup de temps à s’inquiéter de ce que les autres pensent de lui. Quand je lui ai demandé s’il y avait quelque chose sur lui qu’il aimerait que les gens sachent, il a répondu en riant. « En fin de compte, ce qui est intéressant dans les courses, ce sont les coureurs. Moi, je ne suis pas important ».
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