C’est aujourd’hui, jeudi 8 août, que se tient la finale masculine de l’épreuve de vitesse en escalade. En lice au pied du mur du Bourget, huit grimpeurs parmi les plus rapides au monde. Parmi eux, le Français Bassa Mawem, 39 ans. Un sacré come-back pour un athlète qui avait dû déclarer forfait pour blessure en finale des Jeux de Tokyo, en 2021. A ses côtés, bien sûr, Mickael, son frère cadet de six ans. Sacré champion du monde de bloc cet été, il n’a pas décroché son ticket pour Paris 2024, mais il vit les Jeux autrement cette année, bien conscient que sa présence reste un atout pour Bassa qui dispute ici la dernière compétition de sa carrière. Car dans la fratrie Mawem, depuis toujours on conjugue plus facilement le « nous » que le « je ». Un petit « plus » qui pourrait faire la différence sur cette épreuve extrêmement exigeante, encore toute jeune aux Jeux olympiques, nous explique Mickael dans une interview.

Mickael, dans quel état d'esprit es-tu en par rapport à ces Jeux et tout particulièrement par rapport au déroulé des épreuves d'escalade ?
Je suis à Paris, bien sûr, pour soutenir mon frère, avec toute la famille, car c’est un moment unique. Et moi, même si aujourd’hui je n’ai pas eu ma qualification pour les Jeux olympiques, je suis content d'y participer d'une manière un petit peu différente, aux côtés de mon frère, car ce sont les frères Mawem qui sont aux jeux olympiques et pas que Bassa, et donc, j’en profite tout autant. Mais c’est un peu différent. Je ne suis pas sur le mur mais plutôt devant pour voir ce qu’il s’y passe. Et c’est un bon moment.

Bassa est en finale ce jeudi, sur la vitesse, sa spécialité. Or, il semble que les non grimpeurs, et parfois même les grimpeurs non spécialistes, n’aient pas vraiment conscience des difficultés, des subtilités et du niveau exigé sur cette discipline…
Oui, la vitesse en escalade est un sport est assez compliqué. Et là, c’est super que Bassa ait pu prendre sa qualification et participer à la finale. Ça a une grande importance pour nous, et pour lui, pour cette dernière compétition. Bien sûr, c’est toujours un cap de participer à une finale olympique. D'autant que sur la dernière, il n’a pas pu y être à cause de sa blessure. C’est donc un grand moment pour nous. Après, concernant cette discipline, elle est très compliquée. Elle nous demande vraiment d'être parfaits dans notre escalade. Dans la précision, la coordination, la force, la puissance, il faut avoir de la force dans les doigts, avoir un super départ. C’est quelque chose de très complexe. Alors que la vitesse, en soi, n’est pas très compliquée (à comprendre, ndlr), gagne le premier qui touche le buzzer en haut. Il y a un grimpeur à gauche, un grimpeur à droite. C’est une voie officielle, donc tout le temps pareille, dans tous les pays (15 mètres, 5% d'inclinaison, l’équivalent d'un 6b, ndlr). Les grimpeurs la connaissent par cœur, mais ce n’est pas suffisant pour se dire qu’on ne la rate jamais. C’est un sport ou les millimètres comptent. Que le pied se déplace à 1 mm à gauche ou 1 mm à droite, et ça nous ralentit, voire nous fait chuter. C’est un sport qui nous demande d'être extrêmement précis. Et aussi n’oublions pas que c’est le sport le plus rapide qu’on ait aux jeux olympiques aujourd’hui. Où l’humain bat le plus vite. C’est un sport hors norme, mais on ne s’en rend pas compte car, à la différence d'un 100 m, aujourd’hui tout le monde peut pratiquer un 100 m. Mais l’escalade de vitesse, ce n’est pas donné à tout le monde, il faut déjà savoir monter un mur d''escalade. Et celui-là, il est assez compliqué. Quelqu’un qui débute, n’arrivera pas à le monter. Il faut déjà une certaine expérience.

La vitesse est devenue la discipline de prédilection de Bassa depuis 2010. Comment as-tu vu évoluer cette pratique depuis ? Comment la vois-tu à l’avenir ?
Cette discipline a effectivement énormément évolué durant toutes ces années, le mieux, c’est de regarder les temps ! Les méthodes ont évolué, les profils des grimpeurs ont évolué, les temps aussi, parce qu’il y a de plus en plus de monde qui pratique. Tout ça fait évoluer le sport.
Quand Bassa a commencé, les records était autour de 6:80 et aujourd’hui on est à 4:80. Là aujourd’hui, en 2024, je pense qu’on commence à arriver à une certaine limite. Le record va encore descendre, mais il ne va pas descendre à 50/100 ou plus, en dessous d'où il est. Sauf qu’aujourd’hui, la densité de forts grimpeurs commence à vraiment augmenter. L’année dernière, il y avait déjà des personnes qui descendaient sous les cinq secondes, aujourd’hui il y a plus de 10 internationaux qui sont régulièrement sous les cinq secondes. L'année prochaine, je pense qu’il y en aura 30. Et en 2028, 50 ou 60 qui en seront capables. Voilà, on va arriver comme au 100 m aujourd’hui où ça se joue sur quelques centièmes comme on a pu le voir sur le run de Bassa, et sur le départ, qui est très important.

Dans quel état d'esprit est Bassa en ce moment ? Quel regard as-tu sur son parcours aux Jeux jusqu’à présent ? Et sur les étapes à venir ?
Bassa était bien sûr très stressé vis-à-vis de cette compétition, c’est normal. La phase finale des Jeux olympiques était quelque chose de très compliquée, car ses temps d'aujourd’hui ne lui permettaient pas de se dire qu’il avait une marge. Donc il savait qu’il devait faire ses meilleurs temps en qualif et après aller gagner au duel. Car il savait que le « Lucky loser », la personne qui est repêchée, il n’aurait pas forcément eu sa place, il n’a pas forcément la capacité de descendre aussi bas, et que, dans un duel, tout peut se passer. Il fallait qu’il arrive à être à son maximum, plus qu’à son maximum, et c’est ce qui s’est passé, donc là, il est vraiment libéré d'un poids, et aujourd’hui la phase finale, ce n’est que du duel, donc voilà, c’est une nouvelle compet. Et comme on l’a déjà dit, nous, on a fait ce qu’on souhaitait. Aussi là, il part sur une phase de bonus. Et plus on se rapproche de la fin, moins on est stressé. Surtout quand on a passé cette première phase de qualification qui est très difficile. Là, il a juste à s’occuper de la dernière phase des finales.

Performer ensemble, toi et Bassa, a toujours été un énorme point fort pour vous deux. Ton soutien reste essentiel pour lui pendant ces Jeux. Comment es-tu présent ? Comment vous soutenez-vous ?
Oui les frères Maïwenn, on essaie d'être ensemble sur ce projet. Le Graal, aurait été qu’on y soit tous les deux, mais on peut pas toujours tout avoir. Je reste suis resté présent tous les jours avec lui. Surtout sur ses dernières séances. Après, depuis qu’il est au Village, je ne suis pas avec lui, bien sûr. Mais je suis avec lui au téléphone, presque tous les jours. Deux, trois, quatre fois par jour. Je suis présent pour qu’il ait le moins de poids possible à côté, que ce soit vis-à-vis de ses sponsors, des médias, des journalistes. J’essaie de faire en sorte aussi que la famille soit bien, qu’on ai toutes les places possibles, de m’occuper de tout ça, pour que lui ait juste à faire ce qu’il a envie de faire.
On croise les doigts pour un beau podium pour Bassa, qui compte bien finir sa carrière en beauté. S’il se consacre à l’avenir à d'autres projets, comme il l’a annoncé, quels sont tes propres objectifs suite à ton très beau titre de champion du monde de bloc ?
On croise les doigts pour une médaille, oui mais comme je l’ai dit, on a déjà fait ce qu’on voulait, alors c’est vraiment du bonus ce qui va se passer. Donc moi je ne lui souhaite pas une médaille, mais juste d'être au meilleur de sa forme et de faire ce qu’il peut faire, ce qu’il a en lui, au moment présent, je ne lui souhaite que ça, et peu importe les résultats, il n’y aura pas de regrets s’il arrive à atteindre ça. Pour ma part, on a pas mal de projets en termes de boulot, mais la première étape, c’est d'annoncer la fin de notre carrière après ces Jeux olympiques et de fêter ce moment-là avec les personnes qu’on aime.
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