S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Kipchoge et Kosgei
  • Équipement
  • Running

Marathon : jusqu’où iront les chaussures « magiques » ?

  • 15 octobre 2019
  • 4 minutes

Alex Hutchinson Alex Hutchinson Physicien et coureur de fond de l’équipe nationale du Canada, récompensé pour son travail de journaliste, Alex écrit pour la rubrique science d'Outside.

Ce week-end, deux performances historiques ont été établies sur la distance reine en course à pied : le marathon. Eliud Kipchoge a brisé la barrière des deux heures. Et Brigid Kosgei a explosé le record du monde féminin à Chicago. Au-delà de leur talent, les deux Kenyans ont un point commun : des chaussures "magiques" qui ont largement participé à leurs exploits. Mais jusqu'où ira le progrès technologique en la matière, s'interroge notre journaliste scientifique, spécialiste de la biomécanique ?

Quant on revient sur la performance d'Eliud Kipchoge à Vienne ce week-end, ce qui est le plus surprenant ... c'est à quel point elle ne l'est pas, justement. Il y a quelques années encore, courir 1h59'40" sur marathon n’était même pas imaginable. Mais aujourd’hui, le paradigme a changé. Et la vraie surprise du week-end est venue le lendemain, à Chicago, sur l’un des six “major”, les plus grands marathons du monde. La Kenyane Brigid Kosgei y a explosé le record du monde de Paula Radcliffe, établi il y a 16 ans, en réalisant le temps de 2h14’04”, soit 1’21” de mieux que la marque précédente. Certains scientifiques considèrent que ce record était plus difficile à battre, intrinsèquement, que la barrière des deux heures pour les hommes.

Il y a deux ans, alors que Kipchoge se préparait pour le projet “Breaking2” - première tentative de descendre sous les deux heures, les fans et les experts étaient presque unanimes sur le fait que ses chances de réussite étaient quasi nulles. Cette année, les sondages révélaient au contraire qu'environ deux tiers des gens pensaient qu'il allait réussir. Le temps d’Eliud Kipchoge lors de “Breaking2”, 2h00’25”, avait démontré qu’il n’était pas loin du but. Les quelques améliorations, dans sa préparation, son ravitaillement et ses chaussures, ont rendu tout à fait réalisable ce défi qu’on pensait impossible.

Principal facteur de l'amélioration des performances : les chaussures

Pour ceux qui s'intéressent à la science de la course à pied, la grande question après “Breaking2” était de savoir dans quelle mesure chacun des ajustements permettrait d’améliorer la performance du Kenyan. Je pensais que les deux facteurs les plus importants seraient l’optimisation de ses "pacers" (ou meneurs d’allure) dans leur positionnement, ainsi que l’amélioration de la chaussure Vaporfly de Nike, son équipementier, qui comportait une plaque en fibre de carbone incurvée et une couche épaisse de mousse ultra légère et élastique. D'autres facteurs, comme l'absence de virages serrés, pouvaient aussi contribuer à gagner quelques secondes, mais ils n'étaient pas décisifs.

Quand Kipchoge a couru 2h01’39” au marathon de Berlin l’année dernière, il a couru seul pendant la majeure partie de la deuxième moitié de la course, ce qui laissait penser que l’optimisation de la gestion de ses “pacers” n’était pas le point crucial. D’ailleurs, pendant sa tentative à Vienne, ce week-end, on l’a vu régulièrement dériver sur le côté, sans la protection des coureurs qui étaient devant lui et qui devaient le protéger du vent. Il semble donc évident que le facteur essentiel de sa performance tient aux chaussures qu’il avait au pied. D'ailleurs, les cinq meilleurs temps de l’histoire sur marathon ont tous été réalisés ces 13 derniers mois ... et tous les coureurs avaient une version des Vaporfly de Nike aux pieds, comme l'a fait remarquer l'athlète américain Jonathan Gault.

Reste que si la Vaporfly était si géniale, pourquoi le record féminin n'était-il pas tombé ? Le record de Radcliffe de 2h15’25” a été établi en 2003, bien avant l'apparition de cette chaussure. Jusqu’à ce week-end, la seule femme qui s’en est approchée, Mary Keitany, portait des chaussures Adidas. Aussi, voir Kosgei courir le marathon en 2h14’04” à Chicago, était certainement une surprise, mais au fond, cela semblait logique. C’est une nouvelle preuve de l’impact dans la performance de ces chaussures incorporant une plaque en carbone.

Une évolution sans fin

Ce week-end, Kipchoge portait une nouvelle évolution de la chaussure de Nike, sensiblement différente des deux précédents modèles : plus épaisse, avec des coussinets étranges sous l’avant du pied. Il s'agirait de l' “Alphafly” et si l’on s’en tient aux brevets déposés par Nike, elle aurait tout un tas de nouvelles caractéristiques.

https://www.instagram.com/p/B3gJNZsImzX/

Je ne veux pas trop m’avancer sur les nouvelles technologies utilisées sur cette chaussure avant d’avoir tous les éléments, mais franchement, cette opacité n’est pas normale. L'année dernière, l'IAAF (Association internationale des fédérations d'athlétisme) a changé sa réglementation en réponse à la controverse sur la Vaporfly et le bénéfice qu’elle ferait gagner : "Toutes les chaussures utilisées doivent être raisonnablement accessibles à tous, dans l'esprit de l'universalité de l'athlétisme.” A près de 300€ la paire, on pouvait déjà s’interroger sur “l’accessibilité à tous” du précédent modèle. L’IAAF ajoutait : “Les chaussures ne doivent pas être fabriquées de façon à donner aux athlètes une aide ou un avantage injuste." La deuxième partie de cette règle reste aussi vague et inutile qu'auparavant, car le terme "injuste" n'est pas défini et n'a donc aucun sens.

Quant à Kosgei, on ne sait pas vraiment s’il elle a utilisé la même chaussure que Kipchoge - auquel cas les règles, aussi floues soient-elles, n’ont pas été respectées - ou si elle avait le modèle Next% qu’utilisaient aussi les pacers du Kenyan à Vienne. Quoi qu’il en soit, on peut déjà affirmer qu’elle utilisera aux JO de Tokyo, l’année prochaine, le dernier modèle disponible. Et, à ce stade, j'avoue que la complexification sans fin des chaussures commence à me fatiguer.

Depuis que la première version de la Vaporfly a été dévoilée, je m'interroge. Instinctivement, je pensais que ces chaussures devraient être interdites, car trop éloignées de l’esprit initial de la compétition. Mais d’un autre côté, je me suis demandé en quoi cette avancée était différente de toutes les précédentes qui elles aussi ont permis d'améliorer les performances, loin de celles des pionniers qui couraient le marathon en trois heures ...

https://www.instagram.com/p/B3kRs4EJy0M/

Pour conclure, le moment que j’ai préféré ce week-end, à Vienne, était de loin l’après-course. Kipchoge est un gars incroyablement charismatique. Impossible de ne pas l'aimer, et malgré toutes les réserves, on se souviendra de sa performance pendant des décennies. Il a mis le marathon à la une des journaux du monde entier comme personne ne l’avait fait auparavant. C'est la seule personne au monde pour laquelle je me lèverai à 2 heures du matin pour regarder ses courses, et je continuerai de le faire tant qu'il continuera à nous étonner. Mais maintenant qu'il a réussi à franchir la barrière des deux heures, j’espère que ses chaussures arrêteront d’évoluer. Mieux encore, j’espère que l’IAAF établira des règles claires et sans ambiguïté pour s’en assurer.

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Fauja Singh
La rédaction

Fauja Singh, le « plus vieux marathonien du monde », meurt à 114 ans dans un accident de la route

cerveau marathon
Dr. Daya Grant

Et oui, courir un marathon rétrécit le cerveau

Marathon de Paris Départ 2024
La rédaction

Live : Suivez en direct le marathon de Paris 2025

Marathon de Paris
La rédaction

Live : Comment suivre en direct le Marathon de Paris 2024

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications