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Johanne Defay surf
  • Aventure
  • Water Sports

Mais comment sont notés les surfeurs ? Explications de Johanne Defay

  • 21 septembre 2020
  • 6 minutes

La rédaction Outside.fr Marine Saint-Germain

À l’heure où beaucoup s’interrogent sur le système de notation des compétitions de surf, nous avons rencontré à Paris Johanne Defay, n°1 française, une des meilleures surfeuses pros du monde. En attendant les JO de Tokyo, elle participera à la seule compétition internationale prévue en France cette année, « The French rendez vous of surfing » à Anglet, du 23 au 25 septembre. L’occasion de rentrer dans les coulisses des championnats de surf.

Johanne Defay surf
(Breitling)

Comment se déroule une compétition de surf à ton niveau ? 

Moi je fais partie de la WCT (World championship tour) qui définit le ou la championne du monde. On a dix coupes dans des pays différents et le classement définit le ou la gagnante, et on garde les quatre premiers et premières pour la finale.

En surf, on dépend des conditions naturelles. Nos compétitions sont étendues sur 10 à 12 jours, alors qu’une épreuve en elle-même peut se dérouler sur 5 jours. Tous les matins, les surfeurs vont sur le site de compétition. En fonction des vagues et des prévisions pour les jours suivants, les juges et les surfeurs prennent la décision ensemble de démarrer ou non ; puis de commencer par les filles ou par les garçons ; ils décident également des horaires ou de revenir plus tard, s’il y a du vent par exemple. Tout le monde est très adaptable. 

Une fois la compétition lancée, le chef juge (qui chapote un jury total de cinq membres) vérifie qu’il n’y ait pas de trop grosse marge entre les juges sur une même note, qu’elles soient homogènes. En série, on a un nombre de vagues illimitées. Toutes les vagues sont notées sur 10. On garde les deux meilleures vagues. Et pour chaque vague prise, les cinq juges notent et enlèvent la meilleure et la moins bonne note et font la moyenne des trois notes au milieu.

Les juges ont mis en place des groupes sur WhatsApp où ils peuvent nous envoyer tous les matins les critères qui vont payer dans la journée en fonction des conditions. Par exemple, si on va sur la vague Teahupoo à Tahiti, et qu’on ne fait pas de tube, on ne sera pas bien noté, parce que c’est une vague faite pour ce genre de performance. Ils nous disent ça généralement une demi-heure avant qu’on aille surfer, ça nous donne un fil directeur.

Johanne Defay surf
(World Surf League)

Que penses-tu du système de notation actuel, est-il au point ?

Il y a des fois où tu ne comprends pas les notes. On pratique un sport qui est jugé, on se rapproche beaucoup du patinage artistique par exemple. Je me le suis toujours dit,  car c’est très dur de subir une injustice dans ton sport. Quand t’es professionnel, il y a tellement de choses en jeu. Quand tu sors de l’eau et que tu as l’impression qu’on ne t’a pas bien noté, c’est un sentiment hyper désagréable. 

Après, il faut l’accepter. Aujourd’hui, ce sont des humains qui jugent d’autres humains, il y a forcément une part de subjectivité. Pour l’instant on n’a pas d’autre système, tout se passe par les yeux des juges. À moins qu’un jour on ait des robots pour mesurer exactement la taille de la vague, identifier le moment où la vague était le plus critique, quel mouvement était le plus technique… mais on n’en est pas là.

Et puis il y a d’autres choses qui entrent en compte. Par exemple, le style de surf. Moi je l’ai déjà vécu. Des fois on a l’impression qu’un surfeur est tellement gracieux, ou puissant, ça te fait ressentir quelque chose de spécial, t’es impressionné, du coup forcément les notes suivent. 

Mais il y a quand même des critères pour juger : si t’es dans la partie la plus critique de la vague, quel niveau de risque tu prends, comment tu t’adaptes à la vague, si t’arrives à combiner des manoeuvres avec de la vitesse, de la fluidité et de la puissance. Après, la note reste une globalité de tout ça. 

Aussi, sur le fait qu’il y ait dix étapes, qu’on fait quand même beaucoup de séries, je trouve que cette subjectivité peut parfois être en ta défaveur, mais d’autres fois en ta faveur. Effectivement il y a des moments où t’es pas d’accord parce que t’as l’impression de t’être fait volé des points, ou à l’inverse t’es passé alors que tu ne le pensais pas. Et pour moi, c’est comme ça, il faut l’accepter. 

Pour l’exemple de Justine Dupont : c’est quand même très compliqué de juger de la hauteur d’une vague. Elles sont toutes tellement énormes que dire que quelqu’un a gagné parce que la vague faisait 50 cm de plus, c’est un peu compliqué. Moi, ce que je ressens dans les commentaires qui en ressortent, c’est que même les juges disent « avoir l’impression », mais est-ce qu’ils sont sûrs ? On ne sait pas. Mais à un moment donné, il faut bien donner le prix à quelqu’un. Elle n’a pas eu le record mais avoir le "Ride of the year" est déjà énorme ! Qu’elle ait le record ou pas, c’est déjà incroyable ce qu’elle fait.

Johanne Defay surf
(World Surf League)

Et toi, as-tu déjà eu l’impression d’avoir été mal notée ?

Oui, mais je pense que c’est un peu le quotidien des surfeurs. Tout le monde le ressent. Mine de rien, nous aussi on a un jugement subjectif, alors où est la vérité ? Moi je peux trouver que je méritais plus, mais ce n’est que mon appréciation. Ça ne veut pas dire qu’elle vaut plus que celle d’un juge. C’est pas à moi de me noter, je suis juste là pour surfer. 

Il n’y a pas d’outil scientifique non plus. À la limite il y a les replays. Les juges ont leur propre caméra aussi pour revoir la vague, notamment au ralenti, ce qui est super. Moi ça m’a servi, ce système. Par exemple une fois à Hawaï, j’étais allée voir les juges à la fin de la journée parce que je n’avais pas compris ma dernière vague (et ma notation) alors que j’étais à quelques dixièmes de pouvoir passer à la série suivante. Je suis donc allée les voir pour revoir la vague ensemble, pour essayer de comprendre. À un moment, il faut se remettre en question, mais l’essentiel c’est de comprendre pourquoi tu n’as pas eu la note que tu pensais, et connaître un peu mieux leurs attentes aussi. Ça donne des axes de travail et c’est un échange qui est important. Si tu leur montres que tu as une réflexion sur ton surf, ça peut être bénéfique pour tout le monde ! À la fois pour eux, pour améliorer leurs critères de jugements et pour toi, pour t’adapter à leurs attentes. 

Johanne Defay surf
(Collection personelle de Johanne Defay)

Comment définir un bon spot de compétition ?

Moi je dirais que tous les spots peuvent être bons car il y a beaucoup de vagues différentes. Il y a les vagues qui cassent sur du sable, on appelle ça les beach breaks, comme sur la côte sud-ouest de France. Il y a les point breaks, ce sont les pointes rocheuses où les vagues cassent et roulent plus régulièrement car les rochers ne bougent pas. Il y a les slabs ; ou encore les riffs, quand il y a du corail, comme à la Réunion. La vague y déroule hyper régulièrement, car le sol ne bouge pas. Je pense qu’il est important pour un Tour de surf d’avoir différents spots. Par exemple, moi j’ai grandi sur du riff donc je vais être meilleure dessus. Chacun a sa spécialité. 

Aussi, les vagues déroulent soit en droite, soit en gauche, du coup t’es soit de dos ou de face à la vague, et il y a des gens qui vont être meilleur frontside ou backside. C’est pour ça qu’il est important d’avoir une variété de vagues pour pouvoir évaluer un surfeur. La WSL (World Surf League) essaye de faire en sorte qu’on ait des vagues différentes dans des pays variés. Mais on a constaté quelque chose qu'on essaye de leur expliquer : 80% des vagues viennent de droite. Ce qui veut dire que je surfe 80% du temps face à la vague. Alors que les trois épreuves que j’ai gagnées, j’étais dos à la vague. S’il y avait ne serait-ce que 20 ou 30% de vagues en plus où je pourrais être backside, peut-être que je pourrais vraiment être mieux classée, ou en tout cas plus facilement. 

Mais la WSL reste une ligue privée, il faut qu’elle trouve des financements, on en revient souvent à des questions d’argent. Pour organiser des événements il faut bien trouver des sponsors, des régions qui payent. Des fois, il doit bien y avoir des spots où on nous emmène parce que la région est hyper demandeuse et c’est plus confortable. 

Johanne Defay surf
(Collection personelle de Johanne Defay)

As-tu changé ton entrainement pour les JO ?

Ma préparation inter saison a été ciblée pour les petites vagues, avec beaucoup de tonicité. J’ai beaucoup travaillé les planches ( le choix des planches, ndlr ) car les vagues du Japon sont plutôt petites. Il faut quand même un très bon matériel pour avoir de la vitesse sur les petites vagues. Sinon, on a surtout fait du maintien. On passera à un entrainement spécifique quand on en saura un peu plus sur les JO.

Johanne Defay surf
(World Surf League)

Comment tu les sens, ces jeux ?

C’est compliqué de se projeter, d’autant plus que c’est une première édition pour nous en surf. J’espère qu’ils auront bien lieu, parce qu’attendre encore trois ans ce sera dur moralement. Je m’attendais vraiment pas à pouvoir participer à des Jeux Olympiques pendant ma carrière. C’est vraiment une motivation énorme. Je veux en profiter au maximum et prendre toute l’expérience que je peux. Et le fait d’être la première Française à y participer, quand tu te le dis à haute voix, tu te dis que c’est fou ! 

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