Chaque année des centaines de milliers des personnes font le déplacement dans l’Ardèche pour admirer le Pont d’Arc, merveille de la nature, une des formations géologiques les plus emblématiques de France, et se baigner dans l’eau qui coule sous les rochers. Le spectacle est grandiose, mais souvent gâché par la foule l’été. Or avec un peu d’efforts, vous pouvez en profiter autrement, en packraft, embarcation hybride ultra légère, entre kayak et raft, transportable dans un simple sac à dos ou sur votre vélo. Voici comment, nous expliquent en détails Rob Estivill et Olivier Chambault, fondateur de la jeune marque française Mekong. Installés dans la Drôme, ils connaissent la zone comme leur poche et nous ont concocté une superbe boucle de 35 km à vélo, 31 km sur l’eau et 600 m de D+. Un périple insolite à réaliser à la journée cet été. Ou mieux encore, à l’automne.
Quand y aller ?
L’Ardèche est une rivière pluviale, avec plusieurs barrages en amont de Vallon Pont d’Arc qui vont laisser couler un peu d’eau pendant les mois d’été pour permettre aux centaines de canoës de tourner en boucle sous le fameux arche. C’est surtout en automne et en hiver que les pluies tombent sur les monts d’Ardèche et vont faire monter le niveau fluvial. Le cycle annuel, répété pendant des milliers d’années, a découpé les falaises de calcaire et créé un paysage à couper le souffle. C’est aussi hors saison que les vacanciers rentrent chez eux et que le silence retombe sur l’eau. Alors si votre emploi du temps vous le permet, visez plutôt ces période-là, bien plus calmes, en gardant en tête qu’au départ des touristes, il n’y a pas de transports en commun entre le début et la fin des gorges.





Pourquoi en bikeraft ?
Si vous fuyez la foule et que l’absence de transport facile ne vous décourage pas, le packraft sur l’Ardèche est fait pour vous. Embarcation hybride ultra légère, entre kayak et raft, transportable dans un simple sac à dos ou sur un vélo, il fait de plus en plus d’adeptes en France. Des passionnés de glisse, séduits par ces modèles ultra light, mais aussi des randonneurs et des VTTistes désireux de pimenter leur itinérance par des étapes sur lac, bord de mer et bien sûr, sur rivière.
Profitant de l’eau abondante à l’automne ou en hiver, l’idée est donc ici de remonter la route des gorges qui sillonne les balcons au-dessus de la rivière et permet de rejoindre le point départ classique de la descente sur la rivière. Soit une boucle en vélo et packraft, c’est ce qu’on appelle le bikerafting. Une boucle sportive qui permet d’allier l’épanouissement physique à la découverte d’une région. Parfaite hors saison, mais également jouable l'été, malgré l’affluence.





Notre périple, étape par étape
Section vélo : 35 km et 600 m de D+
Le départ se fait depuis le village de Saint-Martin où nous affrontons la première montée de la journée. Sur nos vélos, un packraft (monoplace) chacun, un gilet et la pagaie. Quelques denrées pour affronter l’effort, et une grande envie d’attaquer le défi. Nous prenons quelques minutes pour vérifier l’attelage de nos affaires, qui ne doivent pas bouger lors des coups de pédale. Nous partageons un dernier café, rangeons le thermos et commençons à rouler doucement. Nous avons décidé de réaliser la boucle à la journée, partagée entre 35 km sur le vélo et 31 km sur l’eau. La route commence à monter avec un faible gradient, suffisant pour rappeler qu’il faudra quand même travailler un peu pour admirer la vue depuis les hauts belvédères. Au total environ 600 m de dénivelé positif nous attendent. En moins de 4 km nous arrivons au premier point de vue qui offre un regard plongeant sur l’une des méandres de la rivière.
À la pause suivante, c’est un troupeau de boucs qui vient à notre rencontre. Ils ont dû en voir des cyclistes, mais probablement jamais avec des pagaies attachées sur le cadre ! Leur accueil n’est pas franchement aimable. La relation devient vite tendue, mais nous prenons quelques minutes pour profiter de la vue avant poursuivre la route, en laissant les gardiens à cornes affronter le prochain visiteur. La garrigue nous entoure, seul le gris des falaises calcaires casse la couleur monotone des chênes verts. Sur la partie centrale de notre balade, les montés alternent avec les petites descentes de façon agréable. Nous ne sentons pas le poids des bateaux sur les cadres, et après 28 km, la route commence à perdre rapidement de la hauteur. Nous enchaînons de beaux virages. Nos doigts caressent les freins, histoire de rassurer nos cerveaux à mesure que la descente s’accélère. Grace à cette impulsion nous arrivons au célèbre Pont d’Arc, apparu soudainement après une grande courbe à droite. En quelques minutes, nous sommes passés d’une vision en grand angle des monts d’Ardèche, au paysage de la rivière et son immense arche. Il nous reste seulement quelques kilomètres pour rejoindre la ville de Vallon Pont d’Arc. Nous en profitons pour nous ravitailler avant de rejoindre la rive.



Section packraft : 31 km sur l'eau en 6 heures, rapides faciles et bière à l’arrivée
Après la pause déjeuner, nous passons à la « transformation amphibienne ». C’est l’opération qui pourrait paraitre la plus complexe de toute notre périple. Après avoir rempli d’air les packrafts avec les sacs de gonflage – les packrafts n’ont pas besoin de pompe - il faut y fixer les vélos. Une étape plus ou moins délicate en fonction des cadres ou la présence de porte-bagages. Nous devons donc choisir des configurations distinctes. Avec un peu d’expérience, une fois le placement décidé, l’opération s’avère relativement simple et rapide. Nous conseillons donc vivement de la tester chez vous avant d’arriver au bord de l’eau. Ne reste plus qu’à attacher nos jupes à l’hiloire, et nous voilà partis. La sensation de glisse s’impose, nos jambes cèdent la responsabilité de notre progression à nos bras et la transformation est complète !
La progression est agréable, le calme s’installe. Mais pas pour longtemps, car nous arrivons rapidement au rapide de Charlemagne, juste au-dessus du Pont d’Arc. C’est la première épreuve avec le poids du vélo sur la proue de nos packrafts. Nous rentrons avec trépidation dans la veine de courant qui nous pousse, chaque fois plus rapidement. Mais il n’y a rien à craindre : nos petits packrafts se faufilent entre les rochers et à travers les vagues sans soucis ! Après ce bref instant d’adrénaline c’est avec la satisfaction d’avoir vraiment entamé la descente que nous passons sous l’arche ardéchois.

La suite est un enchainement des grands méandres, ou la rivière nous oblige à faire des allers-retours sur la carte. Les grands murs des gorges commencent à grandir autour de nous. Le paysage devient de plus en plus impressionnant. Le rythme tranquille de la pagaie donne une cadence agréable à notre progression. Ce parcours de l’Ardèche est propice au bikeraft car la rivière est large et les rapides faciles. Avec un bon niveau d’eau le courant n’est pas négligeable et permet d’avancer sans trop se fatiguer.
A la moitié de la descente, nous faisons une pause pour reprendre des forces et, comme tout cycliste ou kayakiste digne de ce nom, en profitons pour découvrir l’une des nombreuses bières locales disponibles à Vallon Pont d’Arc. Elle est délicieuse et nous fait presque regretter de ne pas en avoir pris plusieurs pour en rapporter à la maison ! Nous repartons pour l’effort final et enchainons les petits rapides à mesure que la lumière devient de plus en plus dorée. Les falaises s’illuminent devant nous, indiquant le chemin. Avec la tombée de la nuit, elles vont progressivement disparaître. La tranquillité est palpable. De toute la journée nous n’aurons vu personne sur la rivière !





Conseils de pro
Variante sur 2 jours : Si la boucle complète vous parait trop longue pour la réaliser à la journée, vous pouvez la faire sur deux jours avec une nuitée à Vallon Pont d’Arc. Mais attention, hors saison d’été, beaucoup des campings seront fermés, pensez donc à réserver en avance. Le camping sauvage est strictement interdit dans les gorges. Si vous décidez d’étaler sur deux jours, vous pouvez prolonger la balade en vélo en visitant les beaux villages de Balazuc ou Vogüé. Par contre, même s’il est possible d’embarquer plus haut sur la rivière, il faut faire attention à la succession de déversoirs qu’il faudra contourner entre Ruoms et Vallon Pont d’Arc. Il est donc plus facile (et plus sur) d’embarquer directement à Vallon.




Navigabilité et sécurité : Pour planifier votre descente, rapportez-vous à la jauge de niveau de Vallon Pont d’Arc, visible ici. Les valeurs sont données soit en hauteur en mètres soit en débit en m3/s. Pour une bonne navigabilité, nous conseillons un niveau minimum de 10-15 m3/s. La navigation est règlementée par un arrêté préfectoral qui encadre la navigation selon l’échelle placé sous le pont de Salavas (embarquement). Trois niveaux : Vert, Orange et Rouge sont définis. La navigation est libre pour le niveau vert (en dessous de 40 m3/s environ), mais pour naviguer dans le niveau orange il faut être encadré par un titulaire d’un brevet ou justifier plus de deux ans de pratique (niveau pagaie bleu et au-delà). La réglementation complète est visible ici. Attention, en cas de fortes pluies l’Ardèche est très propice aux crues, pouvant monter de 10 à 800 m3/s en quelques heure, comme en mai de cette année, donc surveillez bien la météo avant d’embarquer.
Les gorges, de par leur nature, sont inaccessibles. En cas de soucis vous avez des sorties limitées, pensez donc à bien vérifier les horaires et vos capacités. Les deux points de sortie les plus simples sont aux bivouacs de Gaud et Gournier, tous les deux sur la rive gauche et situés à 11,5 et 17 km du départ respectivement. Pour rappel, la descente complète fait 30 km. Il n’y aura donc pas de sortie simple sur le dernier tiers. Comptez environ 6 heures de descente, voir plus s’il y a du vent de l’est ou pas beaucoup de courant.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
