S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
la nuit tombe sur l'Antarctique
  • Santé

L’Antarctique compte 0 cas de COVID-19. Mais pour combien de temps encore ?

  • 30 juillet 2020
  • 7 minutes

La rédaction Outside.fr Zoe Baillargeon

A l’heure où le continent, entièrement fermé depuis près de trois mois, traverse sa longue nuit, les scientifiques comptent les jours avant la réouverture des frontières prévue pour août. Comment faire pour continuer de préserver la région de l’épidémie ?

Le 6 mai, un vol en provenance de l’Australie a atterri à l'aérodrome de Phoenix, une simple piste d'atterrissage gelée située près de la station McMurdo en Antarctique. Composée de dortoirs vieillissants, de bâtiments administratifs et des entrepôts de Ross Island, elle sert de centre logistique pour le programme antarctique des États-Unis (USAP). À l'horizon, des îles emprisonnées dans la glace.

Dans la pénombre, des ouvriers vêtus de leur épais équipement d'hiver, s'affairaient à charger et à décharger des cargaisons et à ravitailler l'avion, le visage bien protégé par des masques N95. Les équipes au sol et les équipages communiquaient dans le crépitement des radios.

Une fois tout réglé, l'avion est parti pour son vol de retour de sept heures vers l'Australie. Le grondement des moteurs à réaction a progressivement été remplacé par le bruit sourd et sinistre des vents catabatiques balayant la glace. Pour la population de la zone, c'était le dernier vol et le dernier contact humain avec le monde extérieur jusqu'au mois d'août. 

41 bases de recherches isolées du monde

A la mi-juillet, l'Antarctique est le seul continent où l'on ne trouve aucun cas de coronavirus. L'extrême isolement géographique du continent blanc, ses contacts strictement réglementés avec le monde extérieur et son accès aux équipements modernes comme l'internet en font l'endroit idéal pour faire face à une pandémie mondiale. Mais les 41 différentes bases de recherche installées sur le continent sont également extrêmement vulnérables aux conséquences du COVID-19 ailleurs dans le monde. A commencer par l'interruption des expéditions et des transports vitaux qui relient le continent au reste de la planète. 

Carte des stations de recherche fixes de l'Antarctique (Teetaweepo/.wikimedia)

Les premiers bruits de COVID-19 n'ont pas suscité beaucoup d’inquiétude au sein de la communauté antarctique. "Lorsque l'épidémie a commencé, nous plaisantions tous en disant que les habitants de l'Antarctique allaient repeupler le monde", se souvient le Dr Julie Parsonnet, experte en maladies infectieuses et en épidémiologie, qui a travaillé de septembre à février à la station de McMurdo.

L'Antarctique est actuellement en plein hiver, qui dure de fin février à octobre. À partir de la fin avril, le continent entre dans une longue nuit. Le soleil se couche alors sous l'horizon, pour ne plus être être vu jusqu'en août. Aucun navire ne peut y pénétrer, et les avions ne s’y risquent que pour les évacuations médicales d'urgence. Les quelques 1020 "winter-overs" (résidents passant l'hiver sur place, ndlr) actuellement stationnés sur la glace se trouvent dans une situation très étrange. Ils sont dans un cadre extrêmement sécurisé et ne peuvent qu’observer, de loin, un événement sans précédent bouleverser le monde qu'ils ont quitté quelques mois plus auparavant.

La vie "comme dans une bulle"

"C'est un peu irréel", raconte Karin Jansdotter, chef de cuisine à l'Institut polaire norvégien, installé dans la station ultra-éloignée de Troll, dans la zone Est de l'Antarctique. "Nous sommes dans une sorte de bulle, et où tout se passe à l'extérieur, dans le vaste monde".

L’Antarctique étant un continent utilisé uniquement à des fins scientifiques, sans population humaine indigène, les pays qui ont des revendications territoriales ou qui y disposent de bases opérationnelles - notamment les États-Unis, la Norvège, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, mais aussi la France - ont l’avantage de pouvoir contrôler la propagation du virus en restreignant si besoin les accès ; sans compter qu'elle n'ont à surveiller qu’une population très réduite.

Alors que les nations du monde entier ont fait face à l’épidémie de COVID-19 avec plus ou moins de rapidité, le "Council of Managers of National Antarctic Programs" qui représente les programmes de l'Antarctique des différents pays, est passé à l'action dès janvier. La protection de la population de la zone étant sa priorité absolue. Et jusqu'à présent, tout fonctionne comme prévu. En tant que principaux porteurs, les êtres humains représentent la plus grande menace, aussi la première mesure a-t-elle été de ne pas faire entrer de personne infectée et d’imposer des tests et des périodes de quarantaine. L'USAP a ainsi stoppé l'envoi de nouveaux personnels vers le sud à partir du mois de mars. Et la station de Troll a accueilli son dernier vol entrant en février. 

Mais les personnes qui passent l'hiver dans la zone ont besoin de provisions à stocker avant l'hiver. Le réapprovisionnement annuel de McMurdo a été organisé fin janvier ou début février. Compte tenu du degré d’avancement de la pandémie, qui ne faisait alors que débuter hors Chine, les navires qui livrent des tonnes de vivres et de carburant ont pu déposer leurs marchandises sans incident. Mais si la pandémie devait se prolonger encore longtemps, la saison 2021 pourrait être complètement différente.

Que faire si les petites stations sont touchées ?

Eviter de faire entrer le coronavirus sur l'Antarctique est une chose. Comment le gérer s'il parvient à s'y introduire en est une autre. Une pandémie qui se propage sur une petite base au milieu de nulle part sans espoir de sauvetage, c'est un vrai scénario de film d'horreur !

En temps normal, tout le personnel amené à travailler en Antarctique doit répondre à des critères de qualification physique spécifiques et passer des examens médicaux rigoureux pour s'assurer qu'il est physiquement et psychologiquement à même de supporter des mois d'isolement dans un environnement extrême. Dans le sillage de COVID-19, des programmes comme l'USAP ont donc relevé leurs exigences de qualification physique pour répondre aux directives du centre américain de contrôle et de prévention des maladies et de l’OMS. L'utilisation de masques et la distanciation sociale des équipes ont été adoptées, et des tests devraient s’y ajouter dès que possible, selon les officiels.

Les grandes stations comme McMurdo disposent de ressources médicales similaires à celles d'un petit hôpital et on y trouve quelques réanimateurs. Quant à la station de Troll, elle dispose également de matériel d’assistance respiratoire - mais certaines bases plus petites n’ont que la capacité de traiter les premiers soins. Les pathologies plus graves, mettant la vie en danger, doivent être traitées en dehors de la banquise. 

Tout faire pour éviter la contamination

"Évacuer des gens est très coûteux", explique Julie Parsonnet. "Aussi fait-on tout pour que les gens ne tombent pas malades". Or, les conditions de vie hivernale en Antarctique constituent le terrain idéal pour la propagation d’une épidémie virale : des températures glaciales, un air sec, un système immunitaire affaibli, ajoutez enfin une grande promiscuité dans la vie quotidienne comme dans le travail … tout est réuni pour qu’un simple rhume se propage rapidement sur une base entière. L’accent est donc mis sur l'hygiène. Lavage fréquent des mains,  protection de la bouche lorsqu'on éternue ou qu'on tousse, nettoyage et aseptisation des espaces communs, les gestes barrières sont ici intégrés depuis longtemps.

"La grippe est arrivée à McMurdo cette année", raconte Julie Parsonnet, "mais je dois dire que nous avons eu très peu de cas. Nous sommes assez bons pour placer les gens en quarantaine, leur donner ce dont ils ont besoin et les isoler de leur poste de travail jusqu’à ce qu’ils soient guéris », "C'est une communauté très soudée, et si les gens sont malades, ils restent dans leur chambre, leurs colocataires déménagent, et un membre du personnel leur apporte de quoi s’alimenter". 

Autre facteur facilitant le contrôle des épidémies : les stations voient leurs effectifs réduits en hiver. Les stations antarctiques sont plus fréquentées pendant l'été, la plupart des sites accueillent plusieurs centaines, voire un millier de personnes à cette période de l’année. En hiver, les effectifs diminuent. Cette année, McMurdo ne compte qu’environ 160 personnes. Et à Troll, l’équipe est réduite à six. En hiver, les stations antarctiques sont comme de petites villes : tout le monde connaît tout le monde. « En cas d’épidémie, il est sans doute plus facile de la contenir qu’ailleurs », explique la scientifique. « Parce que nous savons où les gens ont travaillé, nous savons où ils vivent, et nous pouvons mieux les isoler. »

Ici aussi, atelier tricot et pain maison

En revanche, gérer la santé mentale des personnes qui passent ici l'hiver est une autre histoire. Le manque de soleil, les températures glaciales, le mauvais temps, la proximité des lieux d'habitation, ajoutés au fait que la majorité du temps est passé à l'intérieur avec le même groupe de personnes pendant des mois, peuvent entraîner ce que l'on appelle le syndrome de l'hivernage, générant dépression, insomnie, irritabilité et même agressivité. En 2018, après un hiver sur la glace, un ingénieur russe a ainsi poignardé un homme dans la poitrine à plusieurs reprises … tout simplement parce qu’il lui aurait dévoilé la fin d’un livre …

Coincés à l'intérieur, isolés avec un petit groupe de personnes, avec peu de possibilités de divertissement et d'amusement : ça vous évoque quelque chose non ? Mais à la différence avec le reste du monde soudainement contraint au confinement, le personnel de l'Antarctique a des mois pour s'armer mentalement face à ces défis. 

Et de nombreux hivernants s'en sortent à peu près de la même manière que nous : en restant connectés numériquement à leurs proches, en s'appuyant sur leurs compagnons de base pour les soutenir, en gardant une routine quotidienne, en faisant de l'exercice, en passant du temps à l'extérieur et en se trouvant des passe-temps, surtout créatifs. Julie Parsonnet a participé à un club de tricot. Quant à Karin Jansdotter, elle s'est essayée aux aliments fermentés et elle a fait beaucoup de pain.

"Beaucoup de créativité s’exprime quand vous êtes contraint à ce type d'isolement ou privé de choses qu’en temps normal vous pourriez faire, ou acheter », explique Julie Parsonnet. "Ici tout le monde est habitué à devoir se contenter de moins. Il ne faut pas grand-chose pour être heureux".

L'arrivée du Covid-19 pourrait ralentir la recherche

L'Antarctique va commencer à rouvrir ses frontières à la fin du mois d'août avec des vols d'hiver vers McMurdo. Connu sous le nom de "winfly", cette période marque le moment où le soleil revient sur le continent et où les avions non urgents peuvent enfin attérrir, apporter des fournitures et transporter de nouveaux scientifiques et techniciens. Après des mois d'absence de contact avec le monde extérieur, le COVID-19 pourrait bien en profiter pour s’introduire sur le continent. 

"L'ouverture de chaque station en fin période hivernale devra être gérée très soigneusement pour éviter d'exposer au virus les équipes existantes et pour garantir que les nouveaux arrivants ne transportent pas le virus ", a annoncé le 27 avril la National Science Foundation. Dans un autre communiqué officiel, publié à la mi-juin, il est précisé que "la plus haute priorité pour la saison à venir est d'assurer le fonctionnement sûr et continu des trois stations USAP et de les réapprovisionner pour la période hivernale qui commence en février 2021... Il est essentiel de maintenir les stations opérationnelles, sinon la recherche future pourrait en être affectée pendant plusieurs années". Surtout si une deuxième vague arrivait.

Au-delà de la gestion de la réouverture des bases, on sait déjà que la prochaine saison estivale 2020-2021 sera probablement confrontée à des pénuries de personnel, à un renforcement des normes de sélection, de test et de qualification physique. Mais aussi sans doute à des retards ou des perturbations au niveau des expéditions ainsi qu’à une réduction des mouvements ou des contacts entre les bases. 

Mais pour l'instant, il semble que le continent soit passé entre les gouttes. Ses 1020 résidents temporaires se réveillent chaque jour en sécurité, contemplent depuis leur fenêtre des paysages austères mais époustouflants - sol volcanique, neige et glace sans fin - et vaquent à leurs occupations. « So far, so good ». Pour l’instant, tout est sous contrôle.

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Of A Lifetime
La rédaction

Film « Of A Lifetime » : the happy family de Le Rue en Antarctique

Vincent Colliard expédition polaire
La rédaction

En solo et sans assistance, le Français Vincent Colliard vient de rejoindre le pôle Sud en un temps record 

Vincent Colliard expediton Antarctique
La rédaction

Sur les traces de Borge Ousland, Vincent Colliard en route pour un nouveau record au pôle Sud

Caroline Côté au Pôle Sud
La rédaction

Caroline Côté, la femme la plus rapide à atteindre le pôle Sud

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications