Certains la voient comme un mythe impitoyable. D’autres, un brin plus poètes, la considèrent comme un long voyage intérieur. Une chose est certaine : la Diagonale des Fous (175 km ; 10150 D+) ne laisse aucun coureur indifférent. Car entre son cadre dépaysant, sa ferveur populaire hors-normes, son parcours unique, à sa technicité mondialement réputée qui fait aussi bien frémir les élites que les amateurs, et son climat tropical, ce trail réunionnais a de quoi marquer les esprits. Et surtout interroger : cette épreuve est-elle plus dur que d'autres 100 miles, de type UTMB, Western States ou Hardrock ?
La Diagonale des Fous ? « C’est course la plus difficile de ma vie » témoignait hier sur Instagram Katie Schide, victorieuse à La Réunion en 2023. Et pourtant, l’Américaine a l’habitude d’avaler les ultras ! Même son de cloche du côté de son compagnon dont elle va faire l’assistance en octobre, le Français Germain Grangier, 2e l’an passé, engagé sur l’épreuve cette année, qui affirmait s’être senti « si petit face à la rudesse des sentiers cette île » en 2022. « Le Grand Raid, il faut le faire pour le comprendre. Je n’ai pour l’instant rien fait de comparable en termes de dureté » poursuit-il.
Et ce n’est pas le vainqueur de la dernière édition, Aurélien Dunand-Pallaz qui va les contredire. « Le terme technique n'est absolument pas adapté pour ces portions [les chemins Ratinaud et Kala, situés sur la fin du parcours, ndlr]. C'est l'enfer ! » relatait-il peu après son exploit. À écouter ces élites au palmarès bien rempli, la Diag’ ressemblait fort au 100 miles le plus difficile au monde. Mais qu’est-ce qui rend cette épreuve aussi exigeante ? Et peut-on vraiment la considérer comme l’ultra le plus extrême de sa catégorie ? Décryptage.

Diagonale des Fous vs UTMB : quel est le 100 miles le plus difficile ?
Ce sont des 100 miles qui ont lieu en France, en Métropole pour l’UTMB, à La Réunion pour la Diagonale des Fous. Et à moins d’un mois d’intervalle. Comparer ces deux épreuves va donc naturellement de soi. D'autant que ces courses sont de véritables passages obligés pour les coureurs élites. Alors qui du Grand Raid ou du sommet mondial du trail est l’épreuve la plus exigeante ? La réponse n’est pas forcément limpide. On vous explique.
Parlons chiffres d’abord. La Diagonale des Fous, c’est :
- 175 kilomètres
- 10150 mètres de dénivelé positif
- 23h02 de course pour le plus rapide
- 66 heures maximum pour terminer la course
- 26% d’abandons sur 3000 coureurs (en 2023)
Des données plus ou moins identiques du côté de l’UTMB (avec tout de même quelques différences notables) :
- 176 kilomètres
- 9900 mètres de dénivelé positif
- 19h37 de course pour le plus rapide
- 46h30 heures maximum pour terminer la course
- 35% d’abandon sur 2300 coureurs (en 2023)
À première vue, ces chiffres semblent indiquer une difficulté comparable. Notamment au regard du nombre de kilomètres quasiment identique. Idem pour le dénivelé positif. Mais d’autres éléments doivent être pris en compte. Car si l’UTMB est couru en trois heures de moins que la Diagonale des Fous par les élites, il enregistre généralement un taux d’abandon plus élevé (de 35%, contre 26% pour le Grand Raid). Ce qui suggère une difficulté accrue. Mais à quoi est-ce dû ? À des barrières horaires plus serrées (près de 20 heures de différence tout de même !) ? Cela signifie-t-il pour autant que l’on offre, à La Réunion, davantage de souplesse afin de rendre la tâche plus aisée aux amateurs, en quête du même Graal, aka le statut de finisheur ? Ou bien que la difficulté de l’épreuve réside ailleurs ?
L’un des parcours les plus techniques du monde
« La Diag, c’est technique, très cassant. Tout ce que j’adore ! » nous confiait Aurélien Dunand-Pallaz peu avant son départ pour l’édition 2023 du Grand Raid (qui avait par la suite remporté l’épreuve, à moins de 20 minutes du record de l’épreuve). « La Diagonale, c’est particulier » poursuivait-il. « Tout le monde dit qu’il faut partir doucement parce que le début de course est rapide, par rapport à la suite qui est très technique, très cassante. Je pense qu’il faut être encore plus prudent à La Réunion [que sur d'autres ultras, ndlr]».
Car sur la Diagonale des Fous, les 50 premiers kilomètres, qui suivent principalement des routes pavées et des chemins de terre, ressemblent presque à une promenade de santé (comparé à ce qui attend les traileurs par la suite). Ensuite, « le rythme change drastiquement lorsque nous atteignons les premiers vrais sentiers » détaillait Katie Schide peu après sa victoire l’an passé. « À ce moment-là, il était temps de passer en mode ‘power hiking’ parmi les tas de pierres pointues et glissantes. […] En arrivant à Deux Bras, à la sortie du cirque de Mafate, je me suis dit ‘ok, j'ai réussi, le plus dur est fait’. Je me suis totalement trompée ! Les 7 heures qui ont suivi m'ont paru une éternité. Les sentiers étaient encore plus exigeants – je voulais juste en finir. En bref, c'était vraiment très difficile. […] J'aimerais pouvoir dire que j'ai terminé avec courage et ténacité, mais en réalité, j'ai plutôt eu l’impression de m’être traînée jusqu'à la ligne d’arrivée ».
À lire l’ultra-traileuse américaine, qui a l’habitude d’accumuler les ultras les plus difficiles au monde, de la Western States (160 km ; 5000 D+) à l’UTMB (176 km ; 9900 D+) en passant par le Grand Raid bien-sûr, on comprend pourquoi la Diagonale des Fous a la réputation d’être l’un des parcours les plus techniques de la planète. Descentes très raides, chemins à peine praticables, sans oublier les quelques escaliers à la stabilité très relative et les montées particulièrement exigeantes (comme les célèbres pavés du Chemin des Anglais)… le décor est planté. De quoi drastiquement ralentir les athlètes, aussi bien élites qu’amateurs. D’autant que pour pimenter le tout, l’organisation a décidé d’interdire l’utilisation des bâtons.
Un rapport marche/course bien plus important
Cette technicité hors-normes n’est toutefois pas suffisante à elle seule pour conclure que la Diag’ est plus exigeante que l’UTMB, ou que tout autre 100 miles. D’autres paramètres sont à prendre à compte, à commencer par la nature du terrain réunionnais. Or, c’est pourtant indéniable, sur l'île volcanique les sentiers sont bien plus difficiles, exception faite des 20 premiers kilomètres. D’autant que certains passages, dans le cirque de Mafate, sont assez périlleux. Ce qui n’est pas le cas des autres 100 miles, tels que l’UTMB ou encore la Western States, généralement considérés comme relativement « roulants », puisque les longues ascensions et les descentes très physiques de ces derniers sont généralement entrecoupées de passages où les relances sont possibles (et très conseillées si l’on vise un classement ou un temps précis).
Cette différence de terrain entre la Diagonale des Fous et les autres ultras allonge par conséquent le temps de course. Les meilleurs à La Réunion mettant près de trois heures de plus qu’à l’UTMB, pour la même distance et le même dénivelé. S’ajoutent à cela des barrières horaires rallongées de près de 20 heures (voir les chiffres cités en début d’article). Résultat ? Un rapport marche/course bien plus important, même pour les meilleurs. Et qui dit temps de marche plus important imposé par la réalité du terrain dit effort moins intense (bien que plus long et plus impactant musculairement parlant, au vu de la technicité des sentiers).
L’exigence du climat réunionnais : entre très fortes variations de températures et humidité
Un dernier paramètre est également impactant, et non des moindres : les conditions météorologiques. Et à La Réunion, et sur la Diagonale des Fous tout particulièrement, elles sont extrêmes ! D’abord parce que les changements de température sont drastiques. Les athlètes peuvent prendre le départ sous une chaleur et une humidité écrasantes avant d’affronter, quelques heures plus tard, le froid et les vents violents en altitude. Puis de voir le mercure à nouveau s’emballer dans le cirque de Mafate, quelques dizaines de kilomètres plus loin.
Des variations allant généralement de 0°C à 30°C, qui demandent aux coureurs une constante adaptation. Ajoutez à cela l’humidité propre au climat réunionnais. Un paramètre encore trop sous-estimé par les traileurs qui voient leur température corporelle ainsi que leur fréquence cardiaque augmenter. De quoi épuiser les organismes, déjà bien entamés par les 175 kilomètres de course, les 10 150 mètres de dénivelé positif et l’exigence des sentiers.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
