Afin de maximiser ses chances de victoire sur l'UTMB, la star américaine de l'ultrarunning a adopté une toute nouvelle approche : la récupération et le repos. Pour Jim Walmsley, pas de surmenage cette année, surtout après sa troisième victoire consécutive à la Western States 100 le 26 juin dernier. Si sa stratégie fonctionne, il serait le premier américain à remporter l’UTMB.
Impatient de revenir à Chamonix pour tenter de remporter l'Ultra-Trail du Mont-Blanc, Jim Walmsley est de retour avec une approche différente de l’entraînement, qu’il juge plus intelligente. Mais avant de prendre le départ de la plus importante course de l'année, Jim se fait discret.
L'ultrarunner américain de 31 ans est une célébrité. Partout dans le monde. Il adore l'atmosphère qui règne avant chaque course, la convivialité du village, l’esprit d’entraide entre coureurs. Mais compte tenu du nombre de fans, de sollicitations, de demandes de selfies... il fait profil bas. Il reste loin des regards pour se préserver.
Plus de 10 000 coureurs participent à l'une des sept courses organisées cette semaine à Chamonix, dont 2 500 rien que pour l’UTMB, l'épreuve reine - 171 km et 10 000 mètres de D+. Les nombreux participants, l’altitude moyennement élevée, les longues portions techniques et les dix montées et descentes très raides à travers la France, l'Italie et la Suisse, font de l'UTMB le sommet mondial du trail-running.
Jim Walmsley a pris l'avion pour la France il y a environ 10 jours, mais il n'est arrivé à Chamonix que le 24 août. Il est resté l'après-midi de mardi partiellement incognito - caché derrière son masque, casquette et des lunettes de soleil. Prenant soin de ne porter aucune marque distinctive, notamment celles de son sponsor Hoka One One. Il a également arrêté de poster sur Instagram et Strava, pour éviter que l'on ne sache où il se trouve.
« Il n'y a pas d'autre endroit au monde où l'on voit autant de gens se promener avec des sacs d'hydratation, des chaussures running, du spandex, des manchons et toutes sortes d'équipements pour la course », confie Jim qui annonce être en bonne santé à part un petit problème de pied. « Vu la réputation de l’UTMB en France - le public connait tous les athlètes pro - répondre aux sollicitations vous demande beaucoup d'énergie, c'est un piège dans lequel vous pouvez vous perdre. Il faut prendre soin de soi et le gérer. Nous avons nos petites techniques pour garder les pieds sur terre ».
C'est une nouvelle manière d'appréhender l'UTMB. Après avoir remporté sa troisième Western States 100 consécutive le 26 juin à Auburn, en Californie, Jim Walmsley a voulu adopter une approche légèrement plus traditionnelle de l'entraînement au cours des sept semaines précédant l'UTMB. Il est d'abord rentré chez lui à Flagstaff, en Arizona, mais il a aussi passé beaucoup de temps à s'entraîner en haute altitude dans les environs de Silverton, dans le Colorado, comme il l'a fait dans le passé. Cependant, au lieu de se forcer à reprendre de gros volumes d'entraînement tout de suite, il a mis l'accent sur le repos et la récupération, tout en alternant avec de longues sorties dénivelé.
A chaque participation à l'UTMB, Jim Walmsley a tout donné - il a terminé cinquième en 2017 et a dû abandonner au 120e km en 2018 - par deux fois, il sortait d'une course difficile à la Western States 100.
« L'enchaînement des deux courses est court, deux mois, ce qui est assez court pour courir deux ultra de 160 km techniques », admet Jim. « Si vous donnez tout ce que vous avez à Western States, vous n'aurez peut-être plus rien lorsque vous arriverez à l'UTMB. Cette année, j'ai essayé de trouver un meilleur équilibre grâce aux leçons que j'ai apprises. Dans le passé, je reprenais un entraînement de folie entre les deux, mais je pense que j'arrivais fatigué au départ de l’UTMB. »
La nouvelle approche de Jim Walmsley
Cette année, Jim Walmsley explique qu’en termes de volume, il s’est moins entraînés que les années précédentes, mais qu’il a fait plus de sorties et de randonnées en montagne. Il a passé beaucoup de temps à s'entraîner sur un vélo d'appartement au printemps avant Western States - mais d’après lui, cela ne faisait pas partie de son entraînement pré-UTMB.
« J’ai préparé la Western States en tenant compte que l'UTMB serait l’étape suivante, et qu'il faudrait faire de plus longues heures et plus de dénivelé», dit-il. « Cela facilite la transition vers des journées plus longues en montagne par la suite. J’obtiens de bons résultats, donc ça me donne confiance, je fais les choses bien et je suis sur la bonne voie. Si j’ai déjà réussi, alors je peux le refaire. Je n'ai pas besoin de prouver quoi que ce soit pendant mon entraînement, ni de m’épuiser avant la course, pour m’assurer que je serais prêt pour l’UTMB. »
Jim Walmsley, qui portera le dossard n°1 de la course, tentera de devenir le premier coureur américain à remporter l'UTMB, avec d'autres coureurs pro, comme Tim Tollefeson, Jason Schlarb, Tim Freriks et Andrew Miller. Il devra également faire face à une rude concurrence face aux coureurs français François D'Haene et Xavier Thevenard, tous deux triple vainqueurs de l'UTMB, ainsi que de leur compatriote Ludovic Pommeret, autre ancien vainqueur, ou encore face au Norvégien Hallvard Schjølberg et au Russe Dimitry Mityaev, entre autres. (Jim Walmsley a aidé François D'Haene à battre le record de la Hardrock 100 au Colorado les 16 et 17 juillet derniers).
Si quatre coureuses américaines ont remporté la course féminine de l'UTMB à six reprises au total (Krissy Moehl, 2003, 2009 ; Nikki Kimball 2007 ; Rory Bosio 2013, 2014 ; Courtney Dauwalter, 2019), seule une poignée d'hommes américains ont terminé sur le podium.
En 2015, Seth Swanson était en deuxième position à une quinzaine de kilomètres de l'arrivée avant de ralentir légèrement et de terminer quatrième derrière son compatriote David Laney, troisième. Zach Miller a pris la tête de la course en 2016 et en 2017, mais il a perdu sa place pour terminer respectivement en sixième et neuvième position, tandis que Tollefson s'est classé troisième à chaque fois.
En parallèle, Topher Gaylord et Brandon Sybrowsky ont terminé à égalité à la deuxième place en 2003 lors de la première édition de l'UTMB, Mike Wolfe a été deuxième lors de la course écourtée par la pluie de 2010 et Mike Foote a été troisième lors de la course écourtée par la pluie de 2012. En 2013, Timmy Olson a terminé quatrième et Mike Foote cinquième, tandis que Jason Schlarb s'est classé quatrième en 2014.
« Nous faisons toujours de notre mieux pour gagner », dit Jim Walmsley. « J'espère toujours faire un résultat sur un ultra en Europe. J'ai fait quelques bonnes courses déjà, mais sans obtenir exactement les mêmes résultats qu'aux États-Unis. Là-bas, je fais beaucoup de courses avec toutes sortes de résultats et la majorité sont bons, alors j'espère simplement reproduire cela ici. Ce serait spécial. »
Le deuxième UTMB de Jim Walmsley
En 2017, lorsque Jim Walmsley s'est classé cinquième, il était l'un des six hommes américains parmi les 20 premiers coureurs (Tollefson, 3e, Walmsley, 5e, Dylan Bowman, 7e, Miller, 9e, Laney, 14e, Jeff Browning, 20e). Depuis, la 19e place de Schlarb en 2019 est la meilleure performance d'un Américain.
« Jusqu'à ce que quelqu'un change ça et gagne l’UTMB, ce sera toujours le même sujet de conversation en amont de la course », déclare Bowman, qui, en dehors de son excellent résultat à l'UTMB en 2017, a également terminé deuxième de la course TDS de 145 km en 2019. « Nous avons le talent nécessaire et nous nous rapprochons de plus en plus, mais nous avons encore du chemin à parcourir pour rattraper les Américaines, qui ont fait de grandes choses ici tout au long de l'histoire de la course. Mon pari cette année est que Jim Walmsley va enfin nous donner la victoire que nous avons si désespérément convoitée au cours des 15 dernières années. »
Pours ses derniers entraînements, Jim Walmsley a couru avec ses amis dans dans les Alpes, en France et en Italie la semaine dernière. Il a réalisé deux sorties en montagne plus ou moins longues le samedi et le dimanche, puis s'est reposé avec des courses de 12 km essentiellement plates le lundi et le mardi. Il a prévu de faire une randonnée avec un fort dénivelé positif suivie d'une descente douce mercredi, puis une autre course courte et plate jeudi après avoir encouragé sa petite amie, Jess Brazeau, à Orsières, au départ de l'OCC.
Vendredi, il prévoit de faire une petite grasse matinée, de courir 20 minutes, de faire une sieste et de se présenter au départ de l'UTMB à 17 heures, prêt à se lancer.
« C'est excitant, mais ce n'est pas simple. Il ne suffit pas de simplement se présenter pour obtenir des résultats ici. Il faut bien faire ses devoirs et acquérir de l'expérience pour avoir une chance, car la course sera sans pitié. »
« Mon objectif est de faire le tour complet du Mont Blanc et de rester dans la course, mais pour que tout se passe bien, il faut se concentrer sur une chose à la fois. »
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